Slumdog millionaire
le 16/01/2009 - par Josée Il y a 4 commentaires. Réagissez vous aussi !Véritable fable à la Dickens, plus sauce Bollywood et le piquant des jeux télévisés
Date de sortie : 14 Janvier 2009
Réalisé par Danny Boyle
Avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto
Film américain, britannique. Genre : Comédie, Romance
Durée : 2h.
Vrai de vrai, la télévision fait non seulement partie de la vie, mais elle peut vous sauver la vie! Enfin, disons qu'elle peut aussi vous la faire perdre, si l'on en croit le récent et terrible film Live! avec Eva Mendes: une sorte de jeu télévisé qui fait grimper la cote puisque des gens sont prêts à affronter la mort en se suicidant en direct.
Slumdog millionaire. Voilà un titre qui, à l'entrée du jeu, ne se laisse pas si facilement décoder. Alors à tout hasard, on pourrait comprendre qu'il est question d'argent, mais qu'est-ce qu'un millionnaire slumdog? Il pourrait s'agir d'une sorte de prince des caniveaux, puisque slum signifie taudis, bidonville... ou du moins, on aime en rêver, puisqu'ainsi, cela semble plus à notre portée... Danny Boyle a de l'énergie à revendre et il ne craint pas d'appeler un chat un chat en faisant face à la réalité: il nous en fait profiter, quoique sa réalité à lui se teinte de couleurs psychédéliques. Bien connu pour ses films racontant la folie et le désordre causés dans l'esprit humain par l'argent et la drogue, il nous a entraînés ces dernières années dans les aventures de personnages totalement déjantés, perdus dans la vie sans but comme si on les y avait jetés avec un parachute: l'argent devient leur bouée de sauvetage, mais ne les sauve pas vraiment, bien au contraire... On le constate dans le film Trainspotting (avec l'inoubliable performance d'Ewan McGregor), qui avec ses petits copains d'Edimburg, tous au chômage, se lance dans l'héroïne pour en devenir totalement accro. Impossible d'oublier Une vie moins ordinaire, avec ce même acteur, interprétant un jeune homme paumé naïf et Cameron Diaz, la fille d'un riche industriel dans le rôle d'un couple improbable à tout casser. Et qu'a choisi le malheureux jeune drogué à la fin de Trainspotting? D'après ce qu'il dit en tout cas... Au lieu de la drogue et de l'argent, il a choisi de revenir vers un système de valeurs qui privilégie « la vie ». Et c'est justement la morale de cette histoire...
Slumdog millionaire reste un film britannique, et ça se voit, mais le réalisateur a fait l'effort de déplacer l'action en Inde (avec en prime la musique entraînante de Bollywood), pour traduire toutes les contradictions de ce pays en pleine mutation: c'est là que vit Jamal Malik, 18 ans, interprété par Dev Patel, de la série Skins, dont c'est le premier rôle au cinéma. Il est intéressant de savoir que ce film, dont le scénario semble tout droit sorti d'une baguette magique, vient, de façon plus rationnelle, de l'esprit d'un écrivain indien, Vikas Swarup, qui s'est rendu très populaire en Inde avec (un titre beaucoup plus explicite) Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire.
Ainsi, il est question de la « vie », du moins une sorte de vie, celle que Jamal Malik doit affronter. Et pourtant, on voit bien qu'il n'a pas demandé ce chemin de calvaire. Comme dans Les tribulations d'un Chinois en Chine, tous les malheurs lui tombent sur la tête les uns après les autres. Dire qu'il est malchanceux serait un euphémisme, en fait, on dirait que la peste le poursuit. Déjà à l'époque de sa tendre enfance, alors qu'il accomplissait les 400 coups avec son frère en se faisant pourchasser par la police, il est témoin du meurtre de sa mère lors d'une attaque contre les musulmans. Orphelin, il se débrouille pour survivre dans les bidonvilles de Mumbai (Bombai), et dort dans la rue sous la pluie avec son frère: c'est alors qu'il fait la connaissance d'une autre orpheline dont il tombe amoureux pour le reste de sa vie. Les trois amis deviennent comme les trois mousquetaires, mais se font embarquer par le car d'un orphelinat dirigé par un homme méchant et pervers, comme on peut s'y attendre. Jamal échappe de justesse à une mutilation, sauvé par son frère, mais il est séparé de la jeune fille qu‘il n‘oublie jamais et cherche toute sa vie.
De fil en aiguille, il réussit à survivre, grâce à des larcins, et petits boulots. Il fait preuve d'une inventivité remarquable: à un certain moment, il devient un faux guide accompagnateur des touristes au Taj Mahal et vole les chaussures de ceux qui sont entrés dans ce lieu saint. Des dissensions commencent à naître entre les deux frères, Jamal semble être le bon et son frère le mauvais, avec des penchants destructeurs: armé d'un révolver, il lui sauve tout de même la vie. Les personnages, à cet âge, sont tenus par des vrais jeunes des rues (la forte impression de vraisemblance n'est pas factice) qui interprètent le texte en Hindi. Cela n'est pas sans rappeler le livre et le film La cité de la joie, se déroulant dans le quartier le plus misérable de Calcutta, là où les amitiés les plus fortes naissent envers et contre tout.
Le sujet de ce film, c'est la participation de Jamal, devenu jeune adulte et serveur de thé dans une entreprise de téléphonie, à la version indienne du jeu télévisé Qui veut gagner des millions? Personne ne peut comprendre comment il a pu s'y inscrire et de quelle façon il en arrive à la dernière question, qui lui permettra de gagner 20 millions de roupies. Ses origines sociales le discréditent partout: même l'animateur du jeu se moque de lui et lui rappelle sans cesse qu'il n'est qu'un petit serveur, et pour eux, il est impossible qu'un gamin des bidonvilles puisse se rendre jusque-là pour devenir millionnaire... La police l'arrête et l'interroge durement en se moquant encore plus: il y a quatre possibilités:
a) il a triché, ce que la police croit
b) il a tout simplement eu de la chance
c) c'est un génie avec un Q.I. exceptionnel
d) c'était écrit, c'est le destin
Pour se justifier, Jamal doit raconter toute sa vie: il semble que tout était prédestiné puisque les expériences de sa vie, les unes après les autres, lui ont appris précisément les bonnes réponses qui le rendront riche! Drôle de coïncidence, peut-on dire, mais en même temps, voilà une façon de renverser le point de vue que l'on a de l'Inde. On s'imagine que le chaos y règne et tout de même, après avoir vu ce film, on en arrive à rêver que la vie peut renfermer une sorte de magie, permettant de voir l'autre côté de la médaille: il y a bien un ordre et une forme d‘équilibre quelque part... En somme, celui-là aura gagné son petit bout de paradis sur terre, par compensation pour le reste... Pourtant, jamais ce personnage n'a semblé misérable, il a fait face dignement à tous les aléas de son existence difficile, et cela ne peut que renforcer notre admiration et notre conviction qu'il mérite de gagner des millions...
Le défaut que l'on peut trouver à ce film (outre les scènes déplaisantes de mort absurde de la mère et du frère par bêtise humaine un peu clichée) c'est encore et toujours d'offrir une fin prévisible, ce qui gâche un peu le plaisir, quoique... Il est impossible de deviner avec précision de quelle façon cela se passera, on sait bien évidemment qui va gagner, mais pourquoi et comment: cela réussit à tenir le spectateur en suspens. Pour ceux qui ont déjà deviné la bonne réponse entre a, b, c, ou d, il est toujours bon de se rappeler les livres de Dickens et l'ascension magistrale d'un Oliver Twist, qui, parti de rien, a atteint des sommets respectables. Et n'oublions pas que de toute façon, l'amour triomphe de tout et le courage des mousquetaires reste la meilleure arme des plus démunis... Tout est possible à celui qui croit... en la télévision! Il ne vous reste plus qu'à faire le choix d) et vous diriger vers le cinéma, puisque c'était votre destin!
Note du film : 
4 commentaire(s)
Je ne fais que donner mon avis mais à mes yeux ce film est consternant. Pour commencer, la BO est nulle. La musique indienne est riche, c'est bien dommage de n'en avoir gardé que cela. Ensuite, je trouve le scénario bancal. Plein de choses sont éludées, y compris des choses essentielles. Mais là où le film atteint des sommets de nullité, c'est par son étalage de bons sentiments et de clichés sur l'Inde. Danny Boyle a tenté de résumer l'Inde en deux heures (cf les allusions aux violences Hindou-musulmanes, traitées en deux minutes ou encore la pauvreté vs. la richesse traitées de façon vraiment cliché). Si on ajoute à cela, les dialogues cucus des scènes d'amour ou l'improbabilité des questions de "qui veut gagner des millions" et des histoires racontées par le gamin, il ne reste pas grand chose au film. Il faut enfin mentionner les dialogues pleins de bons sentiments (un peu à l'américaine) et les gags dont seulement la moitié sont drôles. La scène de la visite du Taj Mahal est notamment vraiment ratée (comment sont-ils entrés là ? etc...). Ce film est une insulte à l'Inde, toute personne qui y a été me comprendra. Il se résume à une série de clichés ennuyeux et bien pensants et en ce qui concerne les acteurs, ils sont potables mais sans plus. Bref, j'espère vraiment qu'il ne gagnera rien aux Oscars. A éviter à tout prix.
par Rémi, le 2009-01-27 12:08:00
C'est toi qui est consternant. Tu prétend bien connaître l'Inde mais tu n'as rien compris à la culture indienne. Le cinéma en Inde est un moyen d'évasion et de rêve. Chaque film de Boollywood a sa part de scène cucul et d'histoires d'amour improbables.
Alors non le scénario de ce film n'est pas réaliste - et il ne prétend pas l'être - (d'ailleurs c'est tiré d'un livre) - mais il a le mérite d'avoir cet espèce d'enthousiasme et d'émerveillement qu'ont souvent les Indiens et - bien que certaines scènes soit assez caricaturales - il montre une Inde magnifique.
Pour le Taj Mahal, c'est une mosquée et c'est donc ouvert à tous les vendredis. C'est pour cette raison que les gamins peuvent rentrer.
par ..., le 2009-01-29 14:57:00
Je n'ai pas rien compris à la culture indienne. Je sais que les films indiens sont comme ça. Mais ce n'est PAS un film indien. Et concernant l'enthousiasme et l'émerveillement dont tu parles, personnellement je ne l'ai pas du tout ressenti. Il n'y avait pas besoin de mettre des pseudo-méchants dans le film pour que le spectateur resente une émotion ou de la compassion. La vie des gamins des rues est assez difficile comme ça, il n'y avait pas besoin de mettre cette espèce de gang cliché qui fait travailler les enfants et leur brûle les yeux. Au secours !
par Rémi, le 2009-02-05 21:12:00
ce film m'a marquer je n'arrete plus de le revoir , il est tellement exeptionnelle !!!
par laurene meyer, le 2012-04-25 12:12:00
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