Che - 1ère partie: L'Argentin

le 16/01/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Révolution menée magistralement par le Che, interprété avec brio par le Benicio…

Che - 1ère partie: L'Argentin

 

Biographie politique révolutionnaire, de Steven Soderbergh
Avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera...
Date de sortie: le 7 janvier 2009
Film français, américain, espagnol.
Genre : Guerre. Durée : 2h 7min.

Encore une fois en moins d'un an, et peut-être une fois de trop, il faut suivre un film en deux volets (4h30 au total et à Cannes, les deux parties ont été présentées l'une après l'autre, ça change tout) pour savoir toute l'histoire, à plusieurs semaines d'intervalle: le procédé a déjà été utilisé lors du regrettable Mesrine en deux parties, un succès très rentable malgré tout. Une astuce commerciale peu honnête qui oblige le spectateur à se déplacer deux fois pour savoir les tenants et aboutissants de l'intrigue: déjà, cela risque d'en lasser certains. Par cette approche conceptuelle, le film devient trop artificiel pour pouvoir refléter la vraie vie: la première partie raconte l'histoire d'une victoire et la deuxième, d'une défaite, tout en nous privant de la complexité de l'Histoire où tout n'est jamais tout noir ou tout blanc, et en n'offrant pas de véritable vision intimiste des personnages.

Pour ce qui est de la division en deux parties opposées, le plus parfait exemple de succès (mais d'échec commercial) dans ce domaine reste le film de Robert Enrico: La révolution française, Les Années Lumière et Les Années Terribles (1989). Toutefois, une passion soulevait ce film en apportant ce vent de légèreté; les personnages, que l'on apprenait à connaître sous toutes les coutures, devenaient familiers et on pouvait les suivre en tremblant pour eux, jusqu'à l'échafaud même. Cela n'est pas le cas pour le film de Soderbergh qui s'est attardé sur la guérilla, en rajoutant plus de scènes de guerre inutiles que l'on peut en trouver dans Le seigneur des anneaux - Les deux tours. Pourtant, ce dernier film présente des lourdeurs très sombres que l'on croirait impossibles à dépasser.

Le film est lourd et pèse, non pas son pesant d'or mais son pesant d'argent: on dirait que le réalisateur a souhaité plaire aux producteurs, puisque chacun connaît déjà le succès de la marque « Che » et tous les produits dérivés que l'on retrouve partout en France et nulle part en Argentine. Il pèse aussi son pesant de plomb parce que l'on s'est trop attardé sur la description de la guerre, on dirait que c'est tout ce qu'il y a à voir: un révolutionnaire marche beaucoup et on le suit dans ses périples, il a mal aux pieds et ses semelles deviennent lourdes comme du plomb. Enfin, ses rares moments de gloire deviennent ceux qui suivent la libération d'une ville où il apparaît comme un héros loufoque, ce qui n'est pas sans rappeler les caricatures d'Hergé avec le général Tapioca, il y a finalement peu de personnalité dans ces militaires un peu rustres. Lourd, ce film l'est aussi par ses citations, par-dessus les images lourdes de sens et de violence: citer du Tolstoï n'est peut-être pas la façon la plus appropriée de présenter la guérilla, cela risque plutôt de compliquer la donne: le spectateur ne sait plus à quoi il doit porter attention, l'action qui se déroule ou les explications sur la philosophie de la guerre. Bien qu'instructives, elles auraient mieux trouvé leur place sur un fond noir à la fin du film, pour expliquer que « l'élément X qui permet de gagner une guerre, c'est la force qui motive les troupes, quand elles savent pourquoi elles luttent », c'est le vecteur qui décuple leur énergie et les fait triompher malgré leurs handicaps - tout ce qui rendait leur mission pareille à un suicide. C'est vrai que le Che savait galvaniser ses troupes et on admire son travail sur le terrain - cette révolution n'aurait pas pu être menée sans lui. La lutte est pénible, c'est un lourd pas à pas et aucune décharge d'adrénaline ou de crescendo spectaculaire ne vient rythmer le combat - filmer à la lumière naturelle, oui, mais sans effet dramatique? Cela finit par tuer l'intérêt.

 

Che - 1ère partie: L'Argentin ne verse pas dans le pur divertissement puisqu'il a pour mission de restituer avec fidélité (et du moins sur ce point, il tient ses promesses) la vie d'Ernesto « Che » Guevara, le révolutionnaire Argentin, que l'on a pu connaître grâce au film Carnets de voyage, sorti en 2003. Définitivement, même sans avoir vu la dernière partie du film de Soderberg, on peut constater que ce Carnets de voyage nous donnait une meilleure occasion de connaître le véritable Che, avant qu'il ne devienne un chef guerrier. Déjà à deux ans, Ernesto est malade et souffre de sa première crise d'asthme: c'est d'ailleurs une des premières images misérable et admirable à la fois qu'on aura de lui dans le film Che - 1ère partie et une des seules choses personnelles que l'on peut savoir: il fait de l'asthme, est Argentin, et d'un caractère difficile. Rien de plus. Dans le touchant et vivant Carnets de voyage, il apparaît plus sympathique et facile d'approche.

Il est jugé inapte au service militaire à cause de sa maladie (détail intéressant pour qui suivra le reste de sa vie), et c'est alors qu'étudiant en médecine, il parcourt l'Amérique du Sud avec son ami Alberto Granado à bord d'une vieille moto appelée « La Puissante », qui les laisse vite tomber et les oblige à travailler. C'est à ce moment (en 1950) que le Che comprend vraiment la pauvreté des gens et qu'il commence à se sentir proche de la population d'Amérique Latine, il décide que c'est son destin de poursuivre sa vie auprès de ces gens. Il est pourtant peu intéressé par la politique à ce moment: c'est la rencontre avec une certaine Tita qui le fera changer d'avis: elle est membre de la jeunesse communiste d'Argentine. Devenu docteur, il accomplit un deuxième voyage et au Guatemala, il se lie d'amitié avec un groupe de révolutionnaires cubain, c'est à ce moment que Nico Lopez le surnomme « Che ».

C'est en 1955 dans un modeste appartement de Mexico qu'il rencontre Fidel Castro, le leader de la révolution cubaine. Après avoir discuté 10 heures avec lui, il fait partie de son groupe et partage ses idées sur la lutte que les révolutionnaires doivent mener contre Batista. Le film s'intéresse donc à cette partie de sa vie. C'est là qu'intervient malgré tout l'interprétation magistrale de Benicio Del Toro, un acteur encore plus versatile que Brad Pitt, à un point qu'il en devient même parfois méconnaissable. Las Vegas parano, Traffic, 21 grammes, donnent la juste mesure de son talent avec des rôles divers où on le remarque. Sans aucun doute la principale motivation pour aller voir ce film et le contempler en tant que Che barbu, d'un physique massif et avec toujours le cigare de la Havane aux lèvres. Il n'a donc pas volé sa récompense, le Prix d'interprétation masculine made in Cannes 2008. Notons qu'on y voit Unax Ugalde comme personnage secondaire combattant, celui qu'on a vu dans les excellents Rosario (2006) et Capitaine Alatriste (2008).

Le Che est interviewé de début à la fin du film en alternance: l'acteur y est tout aussi convaincant mais les interruptions sont agaçantes, on parle d'une guerre qui se déroule, pas de philosophie de vie: il faut choisir. Oui, le Che avait 30 ans à cette époque, mais a-t-on besoin de l'apprendre à ce moment? Cette interview semble être là pour faire la promotion du Che, son personnage extérieur, sans le révéler vraiment. Par exemple, à un moment-clé de l'histoire arrive une jeune fille recrue: leur relation n'est vue que sous l'aspect politique, elle est chargée d'aller collecter les impôts et sert de guide au Che. Cela ne dit rien sur l'histoire d'amour entre elle et le Che, qui ont eu 4 enfants ensemble. Quand on le voit à l'ONU, on dirait qu'il est un autre et qu'on ne le connaît plus, il débite sa tirade et affronte le public mais comme un acteur qui a tout répété, les sourires, les sarcasmes, etc.

Il est à noter qu'un film intitulé Che!, de Richard Fleischer, sur la vie d'Ernesto Guevara, existait déjà puisqu'il est sorti en 1969: très mal jugé par la critique, on l'a classé parmi les 50 plus mauvais films de tous les temps. Che - 1ère partie: L'Argentin ne pouvait donc que faire mieux par comparaison, même si cela est surtout dû au talent de l'acteur principal.

Le film saura-t-il se rattraper dans Che - 2e partie: Guérilla, qui sort le 28 janvier 2009? On a vu des miracles, et puis, si Cannes l'a dit, on est bien forcé de l'admettre...


Note : cinema/3etoiles5.jpg


0 commentaire(s)
Ecrire un commentaire
 

En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.

SONDAGE

Connectez-vous pour voir le sondage !

Edito

 Simples cinéphiles ou véritables mordus du cinéma, vous voulez écrire un article sur un film ou nous aider à faire vivre la rubrique et rejoindre notre équipe de rédacteurs:

Envoyez nous vos idées et vos articles (en francais et/ou anglais) et vous serez publié !!

Bonne lecture et bon film !!

 

cinema/esseclive-patte.gif

 Simple moviegoers or real cinema geek, you want to write an article about a film, come and join our team of editors:
Send us your ideas and your article (in English, French or both) and you will be published!!

Enjoy your time here!


vers Edito

Rechercher une séance



vers Rechercher une séance