Les noces rebelles

le 28/01/2009 - par Josée Il y a 2 commentaires. Réagissez vous aussi !

Le bonheur est une illusion, que l’on vit comme une passion, même si on veut le retenir, il finit toujours par nous fuir…

Les noces rebelles Date de sortie :  21 Janvier 2009 
Film britannique, américain. Réalisé par Sam Mendes
Avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon   Plus...
Genre : Drame. Durée : 2h 5min.
Titre original :
Revolutionary Road

 

Rencontre de choc pour ce film qui sort des sentiers battus. Ne vous attendez pas à revoir l'histoire d'amour de Titanic : Sam Mendes nous confronte à une réalité beaucoup plus dure... Certains apprécieront, d'autres sortiront de la salle tout décontenancés par cette remise en question. L'important, c'est de ne pas entrer pour voir ce film en pensant qu'on sait déjà tout de l'histoire et de comment elle va se terminer, puisqu'il s'agit encore d'une histoire d'amour comme on en a vu mille fois, comme en parlent le cinéma et la littérature moderne.

 

Qu'est-ce qu'une histoire d'amour ? En somme, c'est ce que semble nous demander ce film, qui se met à la disséquer au travers d'une cruelle lumière qui fait ressortir toutes les rides et imperfections... D'après ce qu'on peut en voir, pour certains, il s'agit d'un horizon lointain, quelque chose que l'on cherche constamment à atteindre sans y parvenir, comme si la vraie vie, le bonheur que l'on souhaite, se trouvaient toujours ailleurs. Est-ce que l'on peut y survivre, c'est la question qui plane dans l'air lourd de ce film porteur d'anxiété d'un bout à l'autre.

 

Sam Mendes, le réalisateur bien connu d'American beauty (2000) et Jarhead (2006), s'inspire du roman Revolutionary Road de Richard Yates, sorti en 1962, traduit en français par La fenêtre panoramique (bizarre traduction mais dans le film, on voit que les deux titres sont bien illustrés par une vision de la rue et le personnage féminin qui contemple par la fenêtre ce que son avenir aurait pu être). Rappelons que Sam Mendes est : 1) Britannique, 2) issu du théâtre et 3) pour ceux qui ne le savent pas, le vrai mari de Kate Winslet. On peut constater qu'il a souhaité reprendre son thème de prédilection, soit la vie décevante dans la banlieue américaine moyenne qui devrait pourtant être la réalisation du rêve américain. C'était le sujet d'exploration d'American beauty, démontrant plusieurs points communs avec Les noces rebelles : le personnage principal est insatisfait et blasé au travail, son couple est à la dérive, et il cherche à s'évader par tous les moyens, ce qui le conduit à une issue fatale.

 

Et voilà, j'en arrive à ce qui captive l'opinion publique plus que tout le reste à propos de ce film : chacun est ravi de retrouver Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, le couple mythique de Titanic. Incroyable mais vrai, cela fait déjà 12 ans que notre cœur se déchirait lors de leur séparation dramatique, elle sur le radeau de sauvetage, lui qui meurt doucement dans l'eau glacée, comme toutes les autres victimes qui n'ont pas eu la chance de dire qu'ils sont des rescapés du Titanic. Et alors, on se demande ce qu'ils seraient devenus s'ils avaient vécu, ce couple parfait, si bien harmonisé... On aurait souhaité qu'ils meurent tous les deux pour que leur histoire d'amour se poursuive au paradis. Ce n'est pas comme ça, malheureusement : on voit qu'ils se retrouvent comme s'ils avaient survécu et on se dit que ce n'est pas une si bonne chose, car Cendrillon et le Prince charmant ne s'entendent pas si bien dans cette suite du conte, version banlieue américaine des années 1950.

 

Ce qui est quand même assez étonnant, c'est que ces deux acteurs très talentueux aient réussi à se mettre au niveau de ce film pour interpréter avec conviction une ménagère malheureuse  et un homme qui s'ennuie à mort au travail (April et Frank Wheeler), tous deux étouffés par le conformisme ambiant alors qu'ils rêvaient d'être un couple hors de l'ordinaire. C'est là que le bât blesse : même s'ils s'aiment, du moins on peut le croire au début, leur amour n'est pas assez fort pour survivre au quotidien, ce qui les entraîne dans une chute vertigineuse et effrayante. La dérive du couple, c'est donc le sujet de ce film.

 

Lors de leur rencontre, tout va bien, évidemment : tout se passe normalement de la manière dont se rencontrent tous les couples, lors d'une soirée. Chacun est séduit par l'apparent non-conformisme de l'autre, ils se définissent par leur désir de faire bande à part : April est attirée par le théâtre et Frank vit au jour le jour de petits boulots mais se destine à un grand avenir, rempli d'ambition. Comme dans Titanic, il semble proclamer qu'il est le roi du monde... On les retrouve naufragés quelques années plus tard, mariés et trop mariés, avec des enfants, et trop d'enfants pour April qui le regrette parfois sans oser le dire. En fait, c'est seulement la première scène qui nous apparaît glamour car le spectateur, même le moins attentif, pourra tout de suite sentir que l'affaire se corse : ces deux-là s'entre-déchirent et ne font pas un mariage joyeux.

 

Cela devient particulièrement évident dans la scène où April s'essaie au métier d'actrice, sans grand succès : elle s'en rend compte, et son mari aussi. Ils rentrent à la maison et c'est la dégringolade, le sujet d'une amère dispute qui les fait ranger la voiture sur le bord de la route pour s'attaquer mutuellement avec insultes et sous-entendus. Il y a même Frank qui perd le contrôle et menace de frapper sa femme. Comment en sont-ils arrivés là, eux qui étaient si beaux, jeunes, plein de vie et de talent, promis à un brillant avenir : un couple d'exception qui sombre dans la banalité qui fait très mal. Ils se font du mal l'un à l'autre et même le spectateur a mal de le voir, mais c'est la réalité. April n'est pas une actrice et devient ménagère, ne s'épanouissant pas dans cette existence statique où elle n'accomplit à journée longue que des tâches comme sortir les poubelles. Frank est devenu un employé uniforme d'un bureau impersonnel, dans la même entreprise où travaillait son père. Pourtant, il ne voulait surtout pas devenir comme lui. On dirait que les forces de la gravité ont miné leur couple, petit à petit.

 

Quand tout va mal dans un couple surgit la tentation : Frank craque et saute le pas. Il commet sa première infidélité et le regrette, surtout le soir quand sa famille l'attend pour fêter ses 30 ans. C'est April qui a tout organisé, et elle a même une proposition à lui faire. Pour sortir sa famille du caniveau, April a l'idée de tout plaquer et de s'en aller vivre à Paris où elle pense que la vie est plus belle. Cela lui redonne de l'énergie et lui met le vent dans les voiles : elle s'accroche même si elle n'y croit qu'à demi. Kate Winslet a très bien su faire transparaître cet espoir qui illumine une femme effilochée, mais un espoir qui ne tient qu'à un fil, il faut absolument que cela marche, sinon on sent qu'elle craquerait, comme le Titanic qui s'est fendu en haut. Quelque chose fait justement craquer leur projet et alors, le filet de sûreté disparaît.

 

Kathy Bates, qui de façon intéressante jouait aussi un rôle dans Titanic (c'est donc la réunion non pas de deux acteurs talentueux qui se fait, mais de trois), et son fils fou (pas si fou que ça, c'est fou comme il sait dire la vérité qui dérange) représentent à merveille les habitants de cette épouvantable banlieue étouffante. Le tout petit accroc de ce film, c'est peut-être qu'il reprend le thème trop connu de la situation de la femme américaine dans les années 1950, comme on l'avait vue il y a quelques années dans The hours (2003) par exemple, et répète cette même problématique de l'avortement qui a déjà été trop analysée sous toutes les coutures. Cela ne l'empêche pas d'aller plus loin avec les dernières scènes : une dispute terriblement violente, un petit déjeuner bizarrement joyeux et une scène d'auto-avortement qui ne se passe pas très bien: là le réalisateur a retenu l'attention de tous les spectateurs.

 

C'est LE film de l'année, avec une performance à Oscar (Winslet) pour ceux qui aiment les films se situant loin du happy ending hollywoodien et vous laissent toute la nuit à réfléchir et vous demander comment il est possible que ce couple qui s'aimait ait pu en arriver à se haïr et se mépriser à ce point... Méfions-nous du piège du conformisme, c'est l'araignée qui tisse lentement une toile pour dévorer sa proie... Avec les bons souhaits de Sam Mendes, qui comme Lars Von Trier vous convie du côté obscur en vous invitant à prendre le mal... avec le bien !

 

Note du film : cinema/4etoiles5.jpg


2 commentaire(s)

Très bonne analyse pour un très bon film, merci!
par TP, le 2009-01-28 18:13:00

Un film lent, mou, sans émotion, et qui n'apporte rien par rapport à tous les films qui ont été faits sur des sujets aussi universels et intemporels que la routine de la vie de couple, et la désillusion face à la réalité de la vie d'adulte par rapport aux rêves de jeunesse. Encore beaucoup de tappage médiatique autour d'un film qui ne le mérite pas.
par Sandra, le 2009-05-27 18:25:37

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