Gran Torino
le 25/03/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Fiction d'auto-justice à la manière des années 1970 avec un personnage au vitriol.
Gran Torino,Etats-Unis, 2009, 1h55
Drame, de Clint Eastwood
Avec Clint Eastwood, Christopher Carley, Bee Vang
Date de sortie : 25 février 2009
Le synopsis
Walt Kowalski vient à peine d’enterrer son épouse lorsqu’il surprend Thao, son jeune voisin de la race Hmong, en train d’essayer de voler sa voiture de collection, une Gran Torino 1972. Quelques jours plus tard, alors que les membres d’un petit gang dirigé par le cousin de Thao viennent réquisitionner ce dernier de force, le vieux retraité des usines Ford sort son fusil et effraie les voyous. Les nombreuses familles asiatiques du voisinage accourent pour le remercier avec des cadeaux. Vétéran de la guerre de Corée et raciste ordinaire, Walt rejette ces serments d'amitié, mais Sue, la soeur de Thao, persiste. Elle finit même par le convaincre de prendre le jeune homme à son service afin qu’il s’acquitte de sa dette envers lui. Une amitié se tisse peu à peu entre l’homme et le garçon dans cette situation gênante, sous le regard du curé désireux de conduire ce vieil athée malcommode au confessionnal, alors que celui-ci l’envoie promener.
Le requiem d’un vieux de la vieille
Une force tranquille du cinéma, Clint Eastwood est de ceux dont on dit qu’ils ont fait le cinéma : tout comme Ford, Hawks, Hudson, il en est l’un des piliers essentiels. Pourtant, cela ne l’a pas poussé dans l’extravagance, bien au contraire. Il garde les deux pieds bien sur terre, tout comme son personnage dans Gran Torino. L’acteur, né en 1930 à San Francisco, en a vu et en a fait voir de toutes les couleurs : il nous a fascinés avec Mystic River (2003), impressionnés avec Million Dollar Baby (2004) et surtout, a touché des cordes sensibles avec son récent L’échange (2008). Ses films se répondent, et Gran Torino répond de la même manière à L’échange, en montrant la nécessité d’avoir recours à sa propre justice et non pas celle de l’appareil gouvernemental. C’est aussi un film beaucoup plus ouvert sur le monde que L’échange, simplement centré sur une relation mère-fils, puisqu’il parle de racisme, de préjugés, de la guerre et ses ravages et de sacrifices.
Au bout du rouleau, mais pas mort
Le film Gran Torino devait être une synthèse de tous les rôles joués par Eastwood jusqu’à présent. Qu’en est-il ? Egal à lui-même, il reprend quelques facettes-clés de ses personnages mais il apparaît ici désespéré, il va bien plus loin que tout ce qu’il a déjà fait. Comme Al Pacino dans nombre de ses films comme Influences (2002), il est usé à la corde par la corruption et la violence qui règnent autour de lui mais comme un phare, il continue de monter la garde. Son dernier personnage, c’est celui de l’homme au bout du rouleau, prisonnier de son passé et désillusionné : à son âge, il est trop tard pour croire en une possible rédemption. C’est ce que l’on sent dans ce film qui est une fin. Pourtant, on a droit à une grande leçon de vie et de cinéma. Les personnages d’Eastwood sont souvent des hommes d’un certain âge, solitaires, armés, se croyant parfaits et incapables de commettre d’erreur, exigeants vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres. Comme les anciens s’y attendaient, on trouve dans Gran Torino un peu de l’inspecteur Harry qui avait l’habitude d’aller droit au but et même d’une façon un peu brutale, quelques touches du hors-la-loi Munny, incapable de se libérer de son passé dans Impitoyable, et beaucoup de l’entraîneur Dunn de Million Dollar Baby, fâché avec sa famille, et pourtant sensible à la détresse d’autrui, et même celle de personnages féminins alors qu’il reste un homme très viril.
Sobriété de la mise en scène, scénario prévisible
Il s’agit d’un film à l’intrigue serrée, salée comme celle de Mensonges d’état, et des vigilante des années 1970, des films où des citoyens étaient victimes de violences urbaines et décidaient de se rapporter à leur propre justice, la même pour tous. Justement, la série des Inspecteur Harry, dont le rôle-titre était tenu par le même Eastwood, se rapprochait étroitement de ce genre. Gran Torino, par son champ d’action restreint dans le temps et dans l’espace (quelques semaines, entre deux maisons du même quartier) est d’une richesse superposée à plusieurs niveaux : on se plonge dans l’analyse des liens familiaux, celle des liens entre individus de races différentes, teintés de préjugés, des liens entre les générations, et le spectateur est amené à réfléchir sur la façon dont on veut terminer sa vie, en faisant une dernière grande bonne œuvre peut-être, pour gagner sa place au ciel?
Des clichés un peu trop appuyés
Le film de Clint Eastwood sent bon le vieux cuir tanné, il ressemble à un fumeur qui a fumé 40 ans et qui est devenu malade, ravagé, et qui s’en moque en sentant sa dernière heure venue, en se disant qu’il a donné son maximum, malgré ses erreurs. En tant qu’homme, Kowalski ne se démarque pas du lot, et les leçons qu’il donne à son jeune protégé sur le fait de devenir un homme ne font pas franchement rigoler tant elles semblent ridicules et dépassées. La façon de « parler homme », en utilisant tous les écueils du genre comme parler de son job, se plaindre de sa voiture et de sa copine en traitant l’autre de connard, n’a pas de quoi faire un dialogue extrêmement intelligent. En bref, sur ce plan, le film n’innove en rien et nous fait sentir de façon pesante le fardeau d’un passé révolu. En plus, tout semble un peu trop forcé alors que des actes de violence se suivent et se ressemblent dans ce quartier : à chaque coin de rue se trouve un malfaiteur, à chaque minute les bons se battent contre les méchants voyous, et ce sont toujours les bons qui sont les plus faibles et les méchants qui sont les plus idiots. Si l’on voulait ainsi se rapprocher du genre burlesque, on peut dire que la partie est gagnée, mais le scénario demeure un peu trop facilement élaboré. Dans la famille de Kowalski, tous ceux qui l’entourent se comportent de façon odieuse : la petite-fille couverte de piercings qui n’en veut qu’à la Gran Torino 72 constitue un autre lourd cliché. Sans le caractère bien trempé du personnage, on pourrait s’affaisser légèrement dans son fauteuil, car des personnages de ce genre qui évoluent dans la violence urbaine au cinéma américain, on ne voit que cela. En somme, il faut voir le film pour l’intensité de son personnage principal, et non pas pour l’originalité du scénario. Mais Eastwood a relevé le défi de partir d’un scénario moyen pour réaliser un film énergique, qui marque la mémoire.
Un manque à l’intrigue : un besoin de retour vers le passé
Ce que l’on pourrait regretter à propos de ce film serait le manque de références : le personnage fait rêver et on sent qu’il a une longue histoire derrière lui, mais on ne le voit jamais à l’action. Un montage alterné avec des renvois au passé aurait pu rendre le film sublime, plus riche et plus profond : ainsi, le spectateur aurait mieux compris le personnage et son dernier geste désespéré. Voir Walt Kowalksi jeune, alors qu’il était en Corée et qu’il vivait des moments déchirants, le voir travailler chez Ford et surtout, l’apercevoir, séduisant, plein de vie et d’avenir au volant de sa Gran Torino par exemple, aurait permis de dresser un portrait plus précis du personnage. Au lieu de cela, on ne le voit que dans son état actuel, ce qui ne permet pas de sympathiser avec lui d’entrée du jeu. En même temps, parce que l’on n’est pas arrivés à percer son caractère profond, on est encore plus surpris de la fin, que rien n’aurait pu indiquer, et justement parce qu’il ne s’agit pas de la violence de style bain de sang à laquelle on s’attendait, mais d’une violence de l’intérieur, qui demande un sacrifice, le sacrifice de sa propre vie, et une maîtrise de soi remarquable. Certes, Eastwood ne fait pas preuve d’un grand optimisme, mais à son âge, il faut savoir lui pardonner. Au moins aura-t-il rétabli la justice.
Fin théâtrale riche en émotions
Certes, il n’y aura plus beaucoup de films de ce genre : malgré son ton modeste, il reste une trace de l’Amérique d’hier et de l’âge d’or du cinéma hollywoodien et pour cette raison, il faut chérir ce film, le conserver comme une relique précieuse. Clint Eastwood s’est moqué de lui-même, de ses faiblesses et imperfections, en mettant son corps à rude épreuve : on le voit souvent cracher du sang, ce qui inquiète comme prévu, entre autres. Gran Torino rassemble tellement d’éléments qu’il devient riche de plusieurs genres : le genre policier, le genre burlesque assez vulgaire et on remarque aussi les personnages attachants, révélés petit à petit avec une personnalité vive, ce qui fait du film une sorte de chronique du vivre ensemble. Une belle leçon de vie sur la façon dont on peut se sentir plus proche de personnes d’une race différente, dont les habitudes s’opposent tout à fait aux nôtres, que de notre propre famille, parce que l’essentiel est dans le cœur ! Et c’est bien ce qu’a montré le dernier personnage de Clint Eastwood : bien qu’abattu, lourd, tanné de toutes ces erreurs du passé, il avait gardé une certaine sensibilité et la faculté de faire preuve d’humilité pour admettre ses erreurs et essayer de les racheter par un geste final. C’est à un rendez-vous d’exception que nous invite le malin Clint Eastwood, qui à 78 ans, possède presque toutes les cordes à son arc. Gran Torino, ce n’est pas seulement une voiture des années 70, c’est Clint Eastwood lui-même en grand taureau des années 1970, effectuant un dernier tour de force.
Note : ![]()
0 commentaire(s)
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.
vers Mag'

