Une famille brésilienne
le 26/03/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Une chronique familiale à la narration intelligente et au rythme rapide qui fait naître l'émotion sans le pathos.
Une famille brésilienne, Brésil, Etats-Unis, 2008, 1h53
Titre original : Linha de Passe
Drame, chronique familiale, de Walter Salles et Daniela Thomas
Avec Sandra Corveloni, Joao Baldasserini, José Geraldo Rodrigues…
Date de sortie : 18 mars 2009
Synopsis
Sao Paulo, Brésil. 20 millions d'habitants, 200 kms d'embouteillage, 300 000 coursiers. Au coeur de cette ville en transe, quatre frères essaient de se réinventer de manières différentes. Reginaldo, le plus jeune, cherche obstinément son père ; Dario rêve d'une carrière de footballeur, mais l’âge, 18 ans, le rattrape; Dinho se réfugie dans la religion tandis que l’aîné, Denis, déjà père d’un enfant, gagne difficilement sa vie. Leur mère, Cleusa, femme de ménage qui élève seule ses quatre enfants nés de pères différents, est à nouveau enceinte. A l’image d'un Brésil en état d'urgence et en crise identitaire, tous cherchent une issue…
Critique : allez-y sans hésitation si vous aimez les films étrangers et les chroniques familiales
La force de ce film réside dans sa capacité à suivre plusieurs destins à la fois et sans se perdre, en s’en tenant à son propos et en structurant bien l’intrigue par le rythme de 9 mois de l’année (la grossesse de Cleusa) et autour des 5 personnages : une mère qui est le noyau et 4 fils de pères différents évoluent vers différents destins, et dont les rapports sont conflictuels.
Après des films comme La cité de Dieu et Johnny Mad Dog, on aurait pu craindre le pire dans le domaine du misérabilisme qui fait fuir toute une brochette de spectateurs. Sympathiser oui, mais pleurer avec les personnages et en sortir dégoûté, non. Ici, on a bien compris le juste milieu : la pauvreté et la difficulté de leur situation nous apparaissent évidentes et sans que l’on sente mal à l’aise, et pour la bonne raison que par un phénomène d’identification, le spectateur arrive à se dire que s’il était à la place des personnages, il feraient la même chose : il continuerait d’espérer et d’essayer de trouver sa place, même une toute petite place. Ils sont des modèles d’êtres humains, pour les Brésiliens, les Français, les Africains et tout le monde.
Dans une situation critique, en pleine tempête au milieu de la crise, malgré les embûches, les souffrances et le danger, les personnages s’accrochent à leurs rêves, leurs amours et restent humains sans sombrer dans le gouffre. La fin enchante grâce au rythme sans temps morts et sans perte de temps en dialogues plombants : tout le film va crescendo et on en arrive à une sorte d’implosion. Chaque personnage en est arrivé au moment qui va décider de ce que sera la suite de sa vie. Cette structure et cet intérêt pour la famille et ses relations compliquées, on les avait déjà vues récemment dans Le premier jour du reste de ta vie. Mais les différents membres de la famille semblaient faire bande à part, ils évoluaient trop loin les uns des autres pour qu’il y ait matière à faire un film avec une vraie problématique. Dans le cas de La famille brésilienne, le rapport avec Amours chiennes devient plus évident : une situation de crise les rapproche à la fin, ce qu’on appelle « le » moment critique. Dans Amours chiennes, il s’agissait d’un accident, dans La famille brésilienne, de la naissance d’un autre enfant qui agrandit leur famille en ne leur apportant pas plus de réponses puisqu’il est lui aussi d’un père inconnu.
Malgré ses grandes ambitions de décrire la société brésilienne et l’état d’un pays qui n’en peut plus, le film reste modeste et se concentre sur des personnages qui ressemblent à tout le monde, et pour cause : ce sont des acteurs non-professionnels qui jouent et réussissent pourtant à convaincre.
Le réalisateur ne s’est pas contenté du happy end hollywoodien. Certes, il fait preuve d’optimisme, et on l’apprécie, mais finalement, qu’est-ce qui arrive à tous ces personnages, ces frères si semblables et si proches à la fois ? La réponse ne nous est pas livrée dans le film, car les conclusions pour chaque petite histoire dans l’histoire restent subtiles. Un autobus qui avance, un jeune footballeur qui marque un but, un jeune qui vole une voiture puis s’enfuit en laissant tout, un croyant qui vient de voir le baptême d’adultes dans la mer, une mère qui va accoucher, tous sont tendus vers quelque chose, il n’y a pas de conclusion facile, il faut continuer et aller de l’avant, c’est le seul moyen de savoir la réponse… Il s’agit donc de plusieurs petites fins qui sont des commencements et une conclusion qui touche presque au sublime.
Note : ![]()
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