Chéri

le 22/04/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Le véritable amour n'a pas d'âge, en dépit des conditions sociales qui freinent son élan.

Chéri

Chéri, Etats-Unis, France, Allemagne, 2008, 1h30
Drame romantique, de Stephen Frears
Avec: Michelle Pfeiffer, Rupert Friend, Kathy Bates...
Date de sortie: 08 avril 2009

Synopsis:

Dans le Paris du début du XXème siècle, Léa de Lonval finit une carrière heureuse de courtisane aisée en s'autorisant une liaison avec le fils d'une ancienne consoeur et rivale, le jeune Fred Peloux, surnommé Chéri. Six ans passent au cours desquels Chéri a beaucoup appris de la belle Léa. Aussi madame Peloux décrète-t-elle qu'il est grand temps de songer à l'avenir de son fils et au sien. Il faut absolument marier Chéri à la jeune Edmée, fille unique de la riche Marie-Laure. Alors que le moment fatidique approche, Léa et Chéri tentent de se résoudre à cette séparation imminente tout en s'apperçevant qu'ils sont beaucoup plus attachés l'un à l'autre qu'il ne voulait bien l'admettre. D'après le roman éponyme de Colette. 

 

Critique: A faire rêver les vrais romantiques...

On attendait beaucoup de ce film qui réunit un trio de choc, le même que pour Les liaisons dangereuses 20 ans plus tôt: Stephen Fears à la caméra, Christopher Hampton à l'écriture, Michelle Pfeiffer à l'écran. L'électricité était dans l'air, et ça se voit dans le résultat.
Bien qu'il révèle un drame bien moderne, la différence d'âge qui peut s'avérer fatale en amour, Chéri (selon le surnom que Léa avait donné au fils de son amie alors qu'il n'avait que quelques années) se déroule au début du XXème siècle, à une époque, "la belle époque", finalement très différente de la nôtre, où l'insouciance des uns fait contraste avec les intérêts des autres qui préparent une première guerre mondiale prête à détruire la planète. Le monde commence à sombrer vers le néant et certains ressentent cet état d'urgence.

Toutefois, les beaux jours ne sont pas encore complètement écoulés et les deux , qui présentent quand même une différence d'âge de 30 ans, ont droit à un sursis de six ans avant l'événement fatal qui les plongera dans le gouffre: un mariage arrangé, par une vieille courtisane qui veut des petits-enfants.
L'époque était toute différente: il était alors possible de s'enrichir sans travailler, en passant sa vie dans des amours troubles, dans les occupations toujours cruciales des oisifs, les gens les plus occupés. Le film fait ressentir, malgré la lourdeur de l'atmosphère et le drama aussi opaque que la fumée d'opium, de véritables émotions dans l'univers des courtisanes, fait de dentelles, maquillage, champagnes, belles décorations, jardins luxuriants, voyages décidés sur un coup de tête... et aussi malgré tout, d'amour, l'écueil de leur profession dans lequel elles ne sont pas supposées se laisser aller.

Calqué de plusieurs façons sur Les liaisons dangereuses, tant pour ce qui a trait à la narration, les décors, dialogues, mouvements de caméra (dont le dernier à partir de la fenêtre d'où le personnage s'échappe à jamais du bonheur), l'originalité de Chéri ne vient pas de son thème ou de la façon de l'aborder mais bien de l'interprétation de Michelle Pfeiffer, toujours aussi séduisante et belle qu'en Catwoman, en blanc plutôt qu'en noir et en dentelle plutôt qu'en vinyle. Elle interprète une courtisane de 50 ans qui vieillit, en même temps que son monde, et qui s'en rend compte: c'est là que le cinéaste a visé particulièrement juste. Malgré tout, par son sourire coquin, sa petite poitrine et sa silhouette filiforme, elle ressemble encore à une adolescente.

Son amant est interprété par Rupert Friend, une découverte au cinéma, qui a l'air vieux et moins frais des poètes maudits au coeur noir d'ébène. L'acteur s'en tire à merveille et interprète de façon convaincante ce jeune homme trop couvé, oisif désabusé, se sentant paradoxalement abandonné et orphelin à cause de sa mère trop envahissante qui veut contrôler sa vie. Kathy Bates, en mère dominatrice mais non insensible, se surpasse encore une fois avec son décolleté généreux et ses oripeaux ridicules et étudiés pour la circonstances.

Le côté un peu plombant de Chéri pourrait faire fuir certains spectateurs. D'abord, les dialogues mielleux, les manières affectées de cette époque, remarquablement transmis, n'ont plus rien de nouveau si on connait la bourgeoisie et son hypocrisie. Quelques clichés ne sont pas évités: la scène de la nuit de noces entre Chéri et sa jeune épouse, le contraire de sa relation avec Léa; Léa qui prend pour se consoler un autre amant pour lequel elle n'a aucun sentiment, etc. Si l'on cherche les rires et la légèreté, ce n'est pas à trouver avec Chéri puisque des thèmes difficiles sont abordés: la condition de la femme vieillissante qui devient malheureuse quand on l'abandonne, l'écrasement de certains rejetons par leurs parents qui les aiment mal, les trop fréquemment traités thèmes de la prostitution et de la drogue, et l'inévitable suicide à la Roméo et Juliette qui doit clôturer l'amour impossible. Il y a là présence de zones d'ombres certaines. Si c'était le but du film, il est admirablement atteint dans la peinture morbide et baroque d'une époque qui ne vivait qu'avec ses derniers souffles de vie.

En revanche, le talent de Stephen Frears atteint un sommet par ce film utopique. Les romantiques en quête de beauté mélancolique verront de quelle façon Chéri délivre un message bien clair: le véritable amour ne meurt jamais et traverse les âges, c'est nous qui mourons, et plus vite encore par nos mauvais choix qui nous rendent malheureux. Par le fait qu'on ne s'est pas retournés à temps pour trouver le bonheur, qu'on a préféré passer notre chemin et nous éloigner, pour le regretter ensuite.  Touchante adaptation de deux romans de Colette, Chéri et La fin de Chéri, le film s'inscrit dans la lignée des films langoureux, sombres, désespérés et nostalgiques du cinéaste anglais qui n'a pas fini de nous étonner...

Chéri reste un film contemporain par la façon dont les personnages cherchent le bonheur envers et contre tout, en cultivant le culte de soi, quitte à ne pas plaire à tous, et en cherchant l'épanouissement personnel à travers une relation amoureuse vécue dans la liberté, en essayant de surmonter les obstacles.

 

Note :


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