Coco avant Chanel
le 27/04/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Le récit un peu trop linéaire d'une femme d'exception.
Coco avant Chanel, France, 2008, 1h50
Biopic, de Anne Fontaine
Avec Audrey Tautou, Benoît Poelvoorde, Marie Gillain
Date de sortie: 22 avril 2009
Synopsis
Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher.
Une chanteuse de beuglant à la voix trop faible, qui affronte un public de soldats éméchés. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une apprentie-courtisane au corps trop maigre, qui trouve refuge chez son protecteur Etienne Balsan, parmi les cocottes et les fêtards. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera « la femme de personne », pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi.
Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer.
Récit fidèle et attentif, mais sans grande inspiration, d'une très grande femme incarnée par une grande actrice
Les qualités de Coco Chanel, on n'a plus à les vanter. Il suffit de mentionner ce nom pour penser à ce qui en mode résonne de beauté et de classe. Le film d'Anne fontaine offre néanmoins la possibilité de découvrir qui était vraiment cette femme, la femme derrière la créatrice de mode qui a créé des milliers de modèles pendant 60 ans, jusqu'au jour de sa mort.
Que sait-on réellement de sa vie? Coco avant Chanel prend le parti intelligent de raconte la vie de Coco avant qu'elle ne devienne célèbre et remonte jusqu'à son enfance façon "Deux orphelines". La réalisatrice recourt à l'ellipse avec intelligence, mais retranche parfois un peu trop de détails. On ne voit rien des années où elle a appris la couture avec les soeurs, ce qui aurait permis de saisir mieux son caractère revêche et de former une sorte de « fil conducteur inspirationnel ». Rien dans le film n'explique d'où vient le caractère difficile de Coco Chanel, et cela constitue une sorte de trou noir, une absence de la part de la réalisatrice. Dans le film La môme par exemple, on trouvait justement des explications assez complètes pour saisir le caractère d'Edith Piaf: cela venait de son enfance dans une maison close, de l'abandon de sa mère, de la vie difficile avec son père, de ses nombreux accidents, de l'usage des drogues, etc. Ainsi, nous pouvons observer plusieurs moments significatifs dans la vie de celle qui n'était pas encore Coco Chanel, qui ne font qu'effleurer la surface en ne réussissant pas à la percer à jour.
Cependant, le film passe sans aucun temps mort, avec douceur et élégance. Le fil conducteur: la volonté de cette femme rebelle, volontaire, que l'on admire pour les mêmes raisons que l'on admirait Edith Piaf. Des images de toute beauté constituent autant de cartes postales qui s'impriment dans la mémoire et où on aperçoit la frêle silhouette garçonne de Coco Chanel, mais un peu perdue parmi les figurants trop nombreux... Dans tous ces tableaux on ne trouve pas vraiment la force volontaire et la présence qui faisaient le caractère de la grande couturière, alors que dans La môme, la présence d'Edith Piaf au centre de la scène était presque palpable, des larmes d'émotion venaient aux yeux...
Si elle n'était pas au départ la plus belle et la plus féminine des deux soeurs (Marie Gillain crève l'écran de beauté en Parisienne art déco), Audrey Tautou a incarné ce rôle à merveille en montrant cette femme à la fois forte et fragile. Bien sûr, il s'agit d'une réalité embellie, arrondie, surtout par les moments où la créatrice coupe des bouts de tissus pour fabriquer des vêtements confortables destinés à la femme moderne, sans corset. Il semble que la mode devienne alors le signe d'une nouvelle liberté et pour Coco Chanel, une façon de faire face aux épreuves de la vie, comme si la couture était un remède.
L'hésitation face à l'intérêt de ce film vient de son manque de tensions, par exemple le moment de l'accident qui lui fait perdre l'homme de sa vie. L'aspect dramatique et émotif semble occulté pour ne montrer qu'un simple point dans le récit. La faute ne vient donc pas de la performance d'Audrey Tautou, notre Amélie nationale, qui n'a pas essayé d'imiter parfaitement Coco Chanel mais qui retransmet bien son attitude et un soupçon de son caractère. Le manque d'émotions résulte de l'absence d'un point de vue personnel de la part de la réalisatrice, Anne Fontaine. Tout se déroule comme si l'on suivait un article encyclopédique racontant de façon chronologique la vie de la créatrice, pauvre et sans éducation, mauvaise chanteuse au milieu des fêtards, qui se rebelle et confortablement à la garçonne, en affectionnant les chapeaux plats tout simples.
Portée par un bel élan, Audrey nous montre Coco comme elle était, à la fois coquine et moqueuse, mais sans le coup de coeur que l'on ressentait pour Marion Cotillard, qui avait si bien incarné Edith Piaf. Toutefois, une galerie de personnages secondaires frappent davangage l'attention: Benoït Poelvoorde délivre une belle performance, ainsi que Marie Gillain, la sœur, et Emmanuelle Devos en cocotte, que l'on a plaisir à retrouver habillées en femmes de l'époque, si féminines, toutes en fantaisie et dentelle.
Il aurait fallu, en somme, cette étincelle de magie pour mettre le feu aux poudres à cet exercice façon « biopic ». Tout de même, le récit sonne juste et cela justifie le déplacement, on peut lui reconnaître l'avantage d'avoir survolé tous les points d'un récit à la manière d'un train qui marque bien l'arrêt à chaque station, sans être lancé à grande allure. Surtout, le film ne ment pas. Ce que l'on voit vient vraiment de preuves historiques, et même un peu trop. Le trop grand mimétisme manque de naturel, comme cette scène vers la fin quand Coco, assise dans un escalier, regarde le défilé des mannequins portant ses créations. Les mimiques de Tautou sont parfaites, mais même si cela vient d'une véritable photo, cette scène se montre moins bien en film où le résultat semble empesé.
Les vrais amoureux de Coco Chanel garderont cette oeuvre comme un récit fidèle à classer dans la catégorie des téléfilms plus que des films pour grand écran, mais souriront encore devant cette belle incarnation d'Audrey Tautou dont on attend avec impatience le premier film. On attend aussi les autres récits des grandes Françaises qui ont façonné l'histoire et ouvert la voie aux femmes modernes.
Note : ![]()
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