Etreintes brisées
le 12/06/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Oeuvre de maturité d'Almodovar, arrivé à son âge d'or, diffusant un trop-plein d'émotion et mettant l'amour au centre de tout
Etreintes brisées, Espagne, 2008, 2h09
Titre original : Los abrazos rotos
Drame, de Pedro Almodovar
Avec Pénélope Cruz, Blanca Portillo, Lluis Homar
Date de sortie : 20 mai 2009
Distributeur : Pathé Distribution
Synopsis :
Dans l'obscurité, un homme écrit, vit et aime. Quatorze ans auparavant, il a eu un violent accident de voiture, dans lequel il n'a pas seulement perdu la vue mais où est morte Lena, la femme de sa vie.
Cet homme a deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est son nom de baptême, sous lequel il vit et signe les films qu'il dirige. Après l'accident, Mateo Blanco devient son pseudonyme, Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus diriger de films, il préfère survivre avec l'idée que Mateo Blanco est mort avec Lena, la femme qu'il aimait, dans l'accident.
Désormais, Harry Caine vit grâce aux scénarios qu'il écrit et à l'aide de son ancienne et fidèle directrice de production, Judit García, et du fils de celle-ci, Diego. Depuis qu'il a décidé de vivre et de raconter des histoires, Harry est un aveugle très actif et attractif qui a développé tous ses autres sens pour jouir de la vie, sur fond d'ironie et dans une amnésie qu'il a volontairement choisie ou, plus exactement, qu'il s'est imposé. Il a effacé de sa biographie tout ce qui est arrivé quatorze ans auparavant. Il n'en parle plus, il ne pose plus de questions ; le monde a eu vite fait d'oublier Mateo Blanco et il est lui-même le premier à ne pas désirer le ressusciter...
Une histoire d'amour fou, dominée par la fatalité, la jalousie et la trahison. Une histoire dont l'image la plus éloquente est la photo de Mateo et Lena, déchirée en mille morceaux.
Critique :
Film de maturité dans la vaste filmographie d'Almodovar, Etreintes brisées marque peut-être une certaine volonté d'assouplissement et de sobriété de la part du flamboyant réalisateur espagnol, toujours aussi inimitable. On y trouve une Pénélope Cruz en pleine forme, qui comme Ulysse, a fait un beau voyage en tant que muse d'Almodovar. Les relations amoureuses y sont toujours aussi passionnelles, comme il aime en filmer. Impossible d'aimer sans crime et sans drame, sans laisser les pulsion de mort et d'érotisme se déchaîner au maximum. Sinon ce ne serait pas un film d'Almodovar.
La normalité semble tout de moins plus présente, comme s'il avait eu moins envie de choquer et plus envie de montrer des personnages assagis, survivant plus par l'amour de l'art et par l'amour pour leurs souvenis que par amour tout court. Dans les autres films, plus extrêmes, la folie criminelle les poussait aux actes les plus désespérés de crainte de perdre celui ou celle qu'ils aimaient. Ainsi, l'explosion de couleurs et de caractère, la tension dramatique s'est adoucie au profit de l'analyse psychologique. On découvre qui est Harry Caine, un personnage qui ressemble à Almodovar (il en profite pour faire un "film dans le film").
Cet homme est un personnage finalement peu reluisant et assez décevant dans sa masculinité toute traditionnelle, ce qui s'oppose fortement aux personnages ambigus et fascinants comme "Lola" de Tout sur ma mère, ou les personnages joués par Antonio Banderas dans ses précédents films, comme dans Attache-moi où il n'est pas sûr de lui. Ces hommes ambigus présentent une certaine part de féminité et par le fait même, possèdent un certain sens de la psychologie féminine.
Il est loin le temps des romans-photos déglingués que tournait Almodovar en Super 8 à ses débuts, avant le tournage de son premier film en 1980, Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier. Ainsi, Pedro Almodovar nous parle surtout de lui-même, comme s'il réalisait une épitaphe par le biais de l'un de ses derniers films, son amour pour le pur cinéma d'enchantements visuels atteint son paroxysme.
On voit qu'il est toujours derrière la caméra, à orchestrer chaque plan d'une main de maître. Le degré d'esthétique atteint en fait un beau film, juste pour le plaisir visuel, mais aussi un film chargé en émotions qui creuse loin dans le passé et les relations amoureuses et familiales. On ne se contente jamais de parler de sexualité, il y a bien plus que cela, même si celle-ci est le noyau central de tout. Il nous montre et remontre sa passion pour le cinéma, non seulement par des références explicites mais aussi par des extraits de films qu'il introduit.
Ce n'est pas par hasard : le cinéma fait partie de la vie tout comme la vie devient un cinéma. C'est aussi et surtout l'amour de la vie qu'il montre, plus que l'amour d'un homme ou d'une femme mortelle, que l'on peut perdre à n'importe quel moment, tout en continuant de vivre. C'est ce que fait Harry Caine, gravement mutilé par cet accident, qui ne voit plus que par ses souvenirs, et dont la souffrance se compare à celle du personnage de Mar Adentro. Il est prisonnier de son corps, la tête emplie d'images, et on en ressort pourtant avec cette impression de libération.
Note : ![]()
0 commentaire(s)
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.
vers Mag'

