Antichrist
le 15/06/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Le film extrême qui dérange par sa violence malsaine... "Je choque, donc je suis", dit le réalisateur...
Thriller, horreur de Lars Von Trier
Avec Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg
Date de sortie : 03 juin 2009
Distribué par : Les films du losange
Durée : 1h44
Interdit aux moins de 16 ans
Synopsis :
Un couple en deuil se retire à " Eden ", un chalet isolé dans la forêt, où ils espèrent guérir leurs coeurs et sauver leur mariage. Mais la nature reprend ses droits et les choses vont de mal en pis...
Critique : A voir avec une extrême prudence par un public averti !
Le fameux Lars Von Trier est au bout de sa nuit et laisse libre cours aux visions malades de son cerveau dérangé, mais cette fois, ce n'est pas drôle. Il nous livre un dernier opus monstrueux sorti de sa compagnie qui pourrait s'appeler "Bizarre, vous avez dit bizarre", soit dit en passant. Il n'hésite pas à explorer les recoins obscurs dans un film répugnant à souhait et à dessein, qui traite d'une thématique qu'il n'a jamais abordée jusqu'ici : les problèmes d'un couple qui fait face au deuil suite à la mort accidentelle de leur fils. Il exploite ce thème grave d'une façon horrible, ce qui rend l'ensemble choquant si l'on considère qu'il s'agit d'un thème très délicat, puisque rien ne pourrait être pire.
L'intrigue ainsi posée semble bien classique mais choque dès le début par ses belles images : la réputation d'Antichrist a précédé le film lui-même en essayant d'envoûter grâce à ces images alors que le résultat s'avère si louche qu'il devient répugnant, la plupart du temps. Le film s'en tient au départ à un drame psychologique en décrivant les étapes du deuil pour une mère affolée et au bout du rouleau, plongée dans la culpabilité. Mais cette intrigue classique bascule dans le cauchemar psychotique comme un film d'horreur dans lequel tout est permis. La mise en scène très recherchée, originale avec des divisions en parties, fait penser à Dogville, alors que tout sépare ces deux films, autant que le théâtre (Dogville) est différent de la réalité (Antichrist). Il est vrai que la quête de moyens expressifs va jusqu'au bout et permet d'exprimer une créativité exceptionnelle.
L'interprétation n'est pas en berne. Lars Von Trier a su s'entourer d'acteurs qui ne ressemblent pas du tout à un couple de stars. Charlotte Gainsbourg a poussé la banalité jusqu'à son raffinement extrême : à Cannes, on l'a remarquée et encensée. Il parait qu'elle avait besoin d'exprimer cette violence qui était en elle. Mission accomplie ! On a enfin trouvé le pendant féminin du Nicholson que l'on voyait dans Shining. Willem Defoe ressemble à un Al Pacino usé jusqu'à la corde et un Clint Eastwood patiné par les ans.
La structure en forme de roman, avec un prologue et un épilogue, rythmée par des intertitres avec des dessins enfantins devient intrigante, et sert à délimiter les contours d'une histoire qui dépasse toutes les bornes et limites supportables. Des actes horribles sont montrés d'une façon crue, sans aucune tentative pour enjoliver la réalité. Le détournement du personnage féminin, complètement imprévisible, fascine. Il est question d'une mystérieuse thèse sur le mal qui a été fait aux femmes pendant des siècles, ce qui nous fait plonger dans des abîmes ténébreuses. L'intrigue est cependant trop complexe et tordue, en plus de quelques scènes littéralement si sombres qu'on ne voit plus rien. Cela concourt à former une ambiance pesante. Le côté jusqu'au-boutiste séduit les amateurs de sensations fortes qui seront capables de supporter les scènes très gore avec mutilations.
Cependant, le tout va trop loin en devenant un petit cousin de La passion du Christ, et en faisant mourir d'ennui le spectateur comme dans Dogville. Le troublant Trouble every day ne faisait pas mieux (ou pire), et Jusqu'en enfer nous a présenté récemment des scènes équivalentes. Il est dommage que le génial Lars Von Trier de L'hôpital et ses fantômes en vienne à de tels extrêmes sans commune mesure.
Au final, un film que l'on trouvera consternant par sa violence déferlante, barbant par sa prévisibilité ou perturbant par sa cruauté, mais qui innove tant pour le fond que la forme. On peut n'y voir que les trop grandes permissions que s'est accordées Lars Von Trier, complètement flippé, n'hésitant pas à rendre son public malade d'ennui et d'écoeurement, pour ceux qui seront restés jusqu'au bout du cauchemar. En plus, il ne se gêne pas pour condamner ouvertement et inéluctablement la femme sorcière maléfique, femme végétale chère aux surréalistes, qui est bien évidemment responsable de la déchéance du couple. Est-ce que cela en valait vraiment le coup ? Les avis sont partagés, et ce n'est pas Cannes qui nous forcera à aimer !
Note : ![]()
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