The reader
le 10/08/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Intenses émotions mais malaise généralisé pour un film qui occulte la tragédie des victimes et porte à sympathiser avec une SS.
The reader, Etats-Unis, Allemagne, 2008
Durée : 2h03
Drame historique de Stephen Daldry
Avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross
Date de sortie : 15 juillet 2009
Stephen Daldry, réalisateur du triste et poétique "The hours" (2003) signe ici un drame historique, selon le best seller du même nom écrit par Bernhard Sclink, professeur de droit à Berlin. Ce drame qui n'apporte pas de réponse rend mal à l'aise parce qu'il nous amène à sympathiser avec une ancienne gardienne des SS. Le fil est soutenu par la performance en or de Kate Winslet, qui fait presque le film à elle toute seule.
Le réalisateur n'a pas hésité à plonger dans un passé sombre qui fascine toujours autant malgré son horrible absurdité. Le montage parallèle explore bien le passé le plus révoltant (la guerre - 1944) tout en soulignant les conséquences sur un passé plus récent (1966), jusqu'à l'époque moderne, vers l'années 1995. L'intrigue, finement ficellée, se penche sur ces personnages de gardiennes de camps de concentrations, soulignant la banalité du mal en montrant des femmes qui tricotent à leur procès et refusent de regarder le livre d'une survivante. On va assez loin en les faisant passer pour des sortes de monstres qui n'auraient pas eu de sens moral ; c'est l'amour pour une de ces monstrueuses femmes que décrit ce film qui n'est toutefois pas à la hauteur de ce qu'on aurait pu espérer. En effet, il occulte la tragédie des prisonnières juives et manque de dynamisme en ne renvoyant pas à ces scènes terribles que l'on nous décrit mais que l'on ne voit pas, comme celle de l'incendie de l'église quand les gardiennes avaient enfermé les prisonnières, à laquelle on fait allusion au procès. Il fait la part belle au drame d'Hanna, qui est pourtant le bourreau et non pas la victime.
Il est peut-être vrai que ces femmes n'avaient pas de sens moral, mais les dialogues intelligents tout au long du film font apparaître une réalité plus complexe et plus subtile en dressant le portrait d'une de ces gardiennes, essayant de vivre sa vie de femme après la guerre. Reprenant l'un des thèmes du "Patient anglais", auquel on ne peut s'empêcher de songer, le film livre un petit bout de vie et de bonheur : l'histoire d'amour entre deux êtres très différents de par leur âge et leur milieu de vie. Cette "petite histoire" dans l'Histoire joue le rôle d'une ampoule qui aurait pour but d'éclairer dans les ténèbres.
Kate Winslet n'a pas hésité à s'aigrir et s'enlaidir, puis se vieillir pour interpréter cette femme marquée par la vie : la voilà bien loin de son rôle de jeune fille victorienne de "Titanic" ou même celui d'épouse malheureuse et de mère de famille des "Noces rebelles", quoique la fin soit quelque peu similaire dans son désespoir.
Ralph Fiennes n'a pas beaucoup changé depuis "Le patient anglais" : il se montre tout à fait convaincant mais ne dérive pas beaucoup de son registre habituel.
Même si les films sur la deuxième guerre mondiale continuent de foisonner ("Les insurgés", "Survivre avec les loups", dernièrement,), celui-ci arrive à marquer l'esprit en adoptant un angle original : la psychologie des gardiennes de camps de concentration, qui envoyaient les autres femmes à la mort par quota. Kate Winslet en femme assez dure, souvent masculine, mais pourtant belle et fière (elle n'osera jamais dire qu'elle ne sait ni lire, ni écrire) offre une prestation magistrale surtout par sa transformation dans le temps : en prison, elle prend conscience qu'elle doit renoncer à la vie et à l'amour, même si elle n'est pas plus coupable que les autres. Elle apprend à lire et écrire, le dernier effort qu'elle fera pour s'humaniser dans la vie, la dernière chose qui la relie à l'amour et aux sentiments. Comme une citation du film le dit si bien "le thème du secret est un thème central de la littérature occidentale", c'est bien le cas d'Hanna et de sa vie.
Le film, même s'il est un peu gonflé de sa propre importance, ce qui le rend lourd, permet de vivre d'intenses émotions et de se rappeler qu'en tout être humain se cache malgré tout une part de bonté et un droit à l'amour au moins une fois dans la vie.
Note : ![]()
0 commentaire(s)
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.
vers Mag'

