Fish tank

le 17/10/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Un film à vif, percutant de réalisme, qui frappe en plein coeur : portrait attendrissant et trop vrai d'une adolescente qui refuse d'être condamnée.

Fish tank

Fish Tank, Royaume-Uni, 2009, 2h02
Drame social de Andrea Arnold
Avec : Katie Jarvis, Kierston Wareing, Michael Fassbender
Date de sortie : 16 septembre 2009
Distribué par : MK2 Diffusion

Synopsis :


A 15 ans, Mia est une adolescente rebelle avec une unique passion : la danse hip hop. Un jour d'été, sa mère rentre à la maison avec un nouvel amant, Connor, qui s'installe chez elles. Est-ce enfin une promesse de bonheur ou bien un leurre ?



Critique :


Le film d'Andrea Arnold, pas très bien connue, réalisatrice de "Red Road" en 2006, porte un regard vrai et émouvant sur l'adolescence, on a enfin le droit de voir un oeuvre autour d'une adolescente qui n'est pas pour autant un "film pour ados" mais une oeuvre très mûre, au réalisme cru, qui sort des clichés et s'aventure hors des sentiers battus, et même bien loin pour montrer des choses qu'on imaginait mais qu'on n'avait jamais vues.

Le scénario, assez brillant dans son genre, n'est pas linéaire et pourtant, il montre bien les errances de l'adolescence. On ne cherche pas à en faire une démonstration de "ces années si importantes qui mènent au succès façon « Fame »" puisque cela ne se produit pas pour Mia, une jeune fille à la dérive qui semble avoir été oubliée par le destin dans le HLM qu'elle habite en banlieue anglaise.

Ce personnage plus vrai que nature, joué par une non professionnelle, Katie Jarvis, enchante, car elle s'est jetée dans ce rôle corps et âme. Mia se cherche et tente de trouver sa place dans le monde, la confusion règne dans les chemins à prendre dans la vie, l'attitude à adopter, elle veut tout essayer, envers et contre tout et tous, quitte à perdre ses illusions parce qu'au fond, elle n'a plus rien à perdre, déjà à 15 ans. Et cette quête illumine le film où enfin tout est "comme dans la vie", mais en pire : elle fait l'apprentissage de la vie en prenant des claques en pleine figure, à propos de tout : la famille, l'amour, l'école, ses ambitions. Ces aventures piquantes, on les vit avec elle aussi, c'est moche et beau à la fois. Même si elle échoue tout, il y a une belle réussite là-dedans : quelqu'un qui s'affirme comme même les trentenaires ne le font pas toujours. Le malaise plane partout, ce malaise presque palpable du passage de l'enfance à l'âge adulte, capturé sur pellicule.

La mise en scène maîtrisée parfaitement présente un point de vue personnel et l'impose ; plus jamais on oubliera cette adolescente forte tête et ses tentatives dans un appartement abandonné pour donner corps à son talent véritable pour la danse. On ne l'oubliera pas, pas plus qu'on oublierait les ados du grand succès "Entre les murs".

Les coups de théâtre étonnants, comme les scènes de l'entrée par effraction dans la maison de l'homme adultère joué par Michael Fassbender (étonnant après sa prestation dans "Hunger") ou celle du kidnapping, rendent l'oeuvre pleine de rebondissements, mais sont hélas assez prévisibles, on sait bien qu'elle ne mènera pas ses projets à terme. La scène finale, attendrissante, propose une sorte de quasi-réconciliation, on voit comment cette famille a une façon bizarre d'exprimer l'amour. De plus, les dialogues naturels, intelligents, comme les propos plombants de la mère "tu sais que j'ai failli avorter de toi, j'avais même pris rendez-vous", ou le drame amoureux de Mia avec un homme plus vieux qui lui dit qu'elle a 15 ans et que ce n'est pas possible, qui lui fait dire que "ça ne compte pas quand on s'aime" racontent bien les affres de l'adolescence mal aimée.

Ce qui ne nuit en rien, la lumière froide ajoute des qualités esthétiques au film: tout a été filmé dans l'Essex, pas très loin de Londres, et cette lumière fait penser aux oeuvres dures et pourtant fascinantes de Jean-Pierre Melville.

Le film, en forme de chronique sociale, est très dur mais nécessaire. Il aurait certes gagné à se disperser moins, car il y a justement un peu trop d'errance, on perd le fil conducteur et la morale n'est pas évidente. Il faut réfléchir pour comprendre. Cela est en fait la peinture de l'horreur sociale à l'état le plus pur, et pourtant, elle n'est pas dépourvue d'humour, comme dans les relations entre les deux soeurs, conflictuelles et pourtant tendres par moments.
Oui, Mia est condamnée d'avance à errer, mais la différence, c'est qu'elle se débat de tout son corps et toute son âme pour ne pas se laisser enchaîner, c'est ce que l'on comprend à la fin en rapport avec la jument qu'elle voulait libérer, elle refuse d'être un poisson que l'on garde dans l'aquarium et reste un animal sauvage prêt à s'enfuir sur l'autoroute, à revenir à pied quand on la conduit au train pour l'éloigner. Le film d'une fille prête à tout. Et déjà à 15 ans.

Note :

 


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