Agora

le 21/01/2010 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Un film historique et religieux chargé, féministe, plein de bruit et de passion(s)

Agora

Agora, Etats-Unis, Espagne, 2008, 2h06
Drame d’aventures historiques, d’Alejandro Aménabar
Avec : Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac
Date de sortie : le 06 janvier 2010
Distribué par Mars Distribution

 

 

« Agora » nous offre une consolation pour « Avatar », au scénario trop faible, qui nous a jeté un maximum de poudre aux yeux avec l'utilisation brillante de la technologie pour réaliser un film « comme on n'en a jamais vu » (sur un air connu) en 3D. Les yeux satisfaits, émerveillés, luisant encore de l'éclat incomparable de ce cadeau de Noël époustouflant, on a aussi été obligés de se rendre compte de l'absence d'émotions (non)- causées par cette propulsion écologique dans un film sur un futur à la fois beau et guerrier. En contrepartie, une semaine plus tard, nous revenons à un film épique et grandiose, qui n'a peut-être apparemment pas l'éloge de l'originalité mais qui va si loin dans son histoire plus classique que l'on a l'impression d'avoir sous les yeux la véritable Histoire, ce qu'on ne voit pas partout. Cela était surtout le propre de Cecil B. de Mille, comme avec « Cléopâtre ».

Avec « Agora », le réalisateur Aménabar, celui qui avait signé « Mar Adentro » en 2003, nous livre un autre film sur le voyage et l'enfermement, mais en déplaçant le contexte très loin. Nous voilà au cœur de la fascinante ville d'Alexandrie au 4ème siècle, dominée par les Romains : la reconstitution est prenante, les décors parfaits et bien travaillés donnent l'impression de se retrouver immergés dans cette époque ancienne, comme si on y était, « in media res », en plein dans l'action de la vie quotidienne, au milieu des passions antagonistes de l'humanité.

Bien que l'époque présentée soit très lointaine, la réalisation talentueuse donne une impression de modernité. L'humanité, désespérante, apparaît sous son vrai jour dans son ignorance, son intolérance et sa violence. Portrait peu optimiste, c'est son mauvais côté que l'on voit et son attitude à cette époque (ressemblant étrangement à celles de notre temps) envers les deux problématiques essentielles du film, la féminité et la religion. L'histoire croisée, pleine de bruit et de fureur, qui en découle tisse un réseau de fascination, elle devient encore plus accessible puisque les premières images que l'on voit proviennent de scènes survenant dans une sorte d'école, renvoyant le spectateur à sa propre expérience, mais une école de philosophie dans la grande bibliothèque d'Alexandrie où la brillante philosophe Hypathie s'est réfugiée.

Cette femme qui a vraiment existé (370-415 ap. J-C.) est interprétée par une Rachel Weisz toute en douceur mais pleine de caractère, parfaite pour le rôle, se surpassant. Enseignant à ses disciples, de jeunes garçons ayant adopté différentes croyances, païennes ou chrétiennes, elle subjugue par son esprit supérieur  et ses connaissances en astronomie. Plusieurs de ses élèves sont amoureux d'elle, ouvertement ou en secret. La beauté de ce film vient d'ailleurs de ce caractère féminin, quelques siècles après Cléopâtre, qui est au centre de la scène, un peu comme une vestale de la Rome antique, vouée à la chasteté, et faisant aussi penser à Marie Curie, toute entière tournée vers sa science.

L'autre point très important est l'opposition entre différentes croyances : au 4ème siècle, les chrétiens, les païens et les juifs étaient en guerre permanente, ce qui donnait lieu à des affrontements sanglants, auxquels Hypathie et son esclave Davus assistent, impuissants et choqués. Par-dessus tout, au-delà du point de vue historique, du féminisme, des guerres de religion, et de la soif de savoir, le film devient grandiose car il est porté du dessous par une sorte de souffle divin plus fort que tout : celui de l'amour. Même si cette femme tournée vers les livres et le savoir n'a aucun intérêt pour la vie sentimentale, elle déchaîne les passions. Ainsi, en plus du portrait de la femme féministe avant l'heure de l'Antiquité, on a un portrait encore plus marginal, celui « du » féministe, l'homme qui envers et contre tout est pour l'égalité. Ce qui est intéressant, c'est qu'on a montré deux hommes qui l'aiment mais l'un d'eux est un homme de pouvoir qui devient préfet et l'autre, un homme qui n'a aucun pouvoir, d'abord esclave, puis affranchi en devenant Chrétien et aussi en devenant en même temps ,contre son gré, une sorte de soldat.

Ce film qui est une sorte de péplum mais en plus élevé présente des idéaux romantiques mais fait des transitions bizarres et assez inélégantes entre des discours intellectuel et de vrais combats dans la rue. Quelques scènes de violence crue ponctuent le film avec des coups de poignards, puis une lapidation, ce qui finalement donne une vision un peu trop carrée et exagérée de l'histoire, qui passe à côté des subtilités. Mais l'intensité dramatique et l'intérêt général viennent aussi de ce que l'on apprend, qui pourrait s'intituler « les origines de la misogynie », quand un homme religieux s'est mis à interpréter les écritures en alléguant que la femme ne peut être digne de confiance et en accusant les hommes qui font confiance à au moins une femme. L'érotisme exacerbé dans la mort avec la dernière scène entre Hypathie et son esclave, interprété avec brio par Max Minghella en amoureux touchant et sans espoir, porte le coup final.

Certes, le défaut de ce film est que l'intrigue passe un peu partout, de la découverte du cosmos à celle de l'interprétation des liturgies religieuses, sans aucune gêne mais en l'assumant. En tout cas, cela va plus loin avec des problématiques chargées que les normes du film historique. Au final, la dernière chose que l'on remarque est une œuvre à la tête si enflée qu'elle ne passe plus dans la porte, mais il faut avouer que le film brûle de passion.

Note :

 

 

 


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