Mr Nobody

le 26/01/2010 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Un récit futuriste ambitieux, apparemment captivant et existentiel, dont les fils s’embrouillent dans une réalisation pleine de clichés.

Mr Nobody

Mr Nobody, France, Royaume-Uni, Belgique, Canada, 2009, 2h17
Fantastique, de Jaco van Dormael
Avec : Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger
Date de sortie : 13 janvier 2010
Distribué par : Pathé Distribution

 

Synopsis :

Un enfant sur le quai d'une gare. Le train va partir. Doit-il monter avec sa mère ou rester avec son père ? Une multitude de vies possibles découlent de ce choix. Tant qu'il n'a pas choisi, tout reste possible. Toutes les vies méritent d'être vécues.

Critique :

« Mr Nobody » part sur la base d'un récit qui ressemble à « L'étrange histoire de Benjamin Button », l'homme qui rajeunissait sans cesse, et continue, continue jusqu'à plus soif... Le film y superpose une vision du futur qui renvoie à « The Matrix » par exemple, et tout cela est au début reposant puisque toute notre attention est absorbée dans une œuvre qui fait voyager dans un autre monde où tout semble possible ou presque (vivre ad eternam), avec des détails amusants (une petite caméra de surveillance en forme de colibri, comme on s'amusait des gadgets présentés dans « Retour vers le futur ». En même temps, tout ce blanc, ce monde immaculé, cette possibilité d'immortalité, ce futur où tout est possible comme dans « Wall-e », fascine.

Si l'histoire captive au début par son ton énigmatique et la performance sans faute de Jared Leto et Sarah Polley, qu'on retrouve avec plaisir, et moins par celle de Diane Kruger, qui n'a pas brillé particulièrement (le brun ne lui va pas, il faut dire) c'est surtout par son  projet ambitieux : nous faire découvrir rien de moins que le dernier homme mortel le plus vieux de ce monde, qui ne peut se régénérer car il n'a pas de cochon avec les mêmes cellules. Toutefois, l'intérêt retombe vite par les nombreux, trop nombreux clichés qui s'y enracinent, par exemple le personnage principal qui n'est rien d'autre que l'Américain moyen, vaguement mou du genou, le mâle B qui se fait toujours supplanter par le mâle alpha, s'appelant ici Stefano mais correspondant au type généralisé du mec dominateur, de qui une jeune fille éplorée est toujours désespérément amoureuse malgré tout.

En ce sens, l'intrigue n'est pas très originale quand elle présente dans la ville américaine moyenne typique les trois petites filles (brune, blonde et noire) qui deviendront les trois femmes que le héros aimera (le cheesy absolu, il les choisit pendant une danse scolaire). Ainsi, pour ajouter au ton cliché généralisé, on a mis l'amour au centre du drame pour pouvoir comprendre la vie, et en plus, il s'agit de l'amour absolu avec un grand A, comme on le vit à l'adolescence, avec des mots absolus comme toujours et jamais (ce qui fait justement penser à un certain film au titre de « Twilight », mais en version moins chaste). Le scénario reprend donc, à peu de choses près, l'histoire de « L'effet papillon », en posant la question de savoir si un choix que l'on prend à un certain moment crucial de la vie (dans ce cas, le choix que fait le petit garçon de rester avec l'un de ses parents ou l'autre), a des conséquences sur le reste de la vie.

L'interrogation existentielle au cœur du film pourrait justifier son intérêt, mais les figures stéréotypées qu'on y rencontre s'associent à une intrigue tordue, bifurquant dans toutes les directions, ce qui cause une sorte d'ennui une fois l'intérêt intellectuel retombé, et apporte en plus l'énervement de ne plus savoir ce qui est vrai ou faux, ce qui s'est passé ou non.

Même un des personnages de l'histoire, bien secondaire il faut dire, le journaliste (un peu à la manière du journaliste curieux, passionné et prêt à tout de « Entretien avec un vampire, interprété par Christian Slater) le demande justement au personnage principal : « cela est-il vraiment arrivé ou non, vous aviez des enfants, ou vous n'en aviez pas ? » Certains spectateurs seront amusés mais d'autre n'apprécieront pas la vague réflexion philosophique au détriment de la réalité et la crédibilité.

Si l'on analyse la vie dans ce film, on le fait comme en regardant une maison de poupées en miniature, avec des personnages figés, comme en plastique, qui bougent sans caractère : le moment où l'on voit pour la première fois les parents du petit garçon, si parfaits, mignons et amoureux qu'on dirait des mariés sur un gâteau de mariage. L'ensemble est tout de même, il faut l'avouer, amusant, comme les fardes de « Rumba » qui montrait un couple tout aussi apparemment parfait. L'ambition de « Mr Nobody » (on n'apprend jamais vraiment pourquoi il s'appelle comme ça d'ailleurs, ce qui rajoute de la frustration) va loin, puisque des interruptions de tournage d'une émission de télévision donnent des explications sur les mystères de la vie à la manière plombante et farfelue d'un Bernard Werber, avec des explications plus ou moins drôles pour trouver une raison à l'existence du sexe, et en montrant les bébés qui attendent pour naître mais qui ont 5 ans, rien de moins !

Il faut avouer que le résultat est impressionnant et fait rêver par sa poésie philosophique (« peu importe le choix qu'on fait, le résultat sera le même ») et par l'idée qu'à la fin, tout recommence (on a au moins compris ça) mais à la longue, on s'est lassés car le puzzle très casse-tête n'a jamais été résolu et on n'a pas su à quoi rimait ce périple par monts et par vaux. « Mr Nobody » est une œuvre certes originale mais incomplète, un château de cartes surprenant et complexe mais qui menace de s'effondrer à diverses reprises.


Note :


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