Shutter Island (Par Ted)

le 19/03/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Après Shine a light, documentaire sur les Rolling Stones, Martin Scorcese revient à la fiction et offre à Leonardo DiCaprio un quatrième rôle à la hauteur de leur collaboration, dans un film de genre efficace qui explore ce qu'il y a de plus trouble dans l'être humain. 8/10.

Shutter Island (Par Ted)

Scorsese fait volontairement dans l'emphase : la musique est très présente, le montage coupe les plans de manière inattendue, artificielle, comme pour renforcer un mystère, un élément manquant, caché derrière un rythme qui veut gêner la fluidité du récit.

Shutter Island place ainsi constamment le spectateur dans l'attente. L'univers est artificiel car la manière d'enchaîner les plans et de les accentuer est dérangeante. Le spectateur, pris dans cette spirale antinaturelle, deviendrait presque paranoïaque, et le réalisateur recherche effectivement cette tension psychologique d'autant plus importante qu'il a ici pour ambition d'explorer la folie de l'homme, la violence refoulée, l'horreur tapie dans l'ombre. Enorme ambition et thriller psychologique qui utilise les codes du cinéma d'épouvante pour mieux mettre à jour cette horreur, et qui doit beaucoup à Hitchcock, dans son sujet comme dans son traitement.

La référence absolue de l'horreur cachée derrière l'être humain, c'est la Shoah. Shutter Island va ainsi chercher sans arrêt le traumatisme subi par le soldat américain devant la découverte de l'horreur pure, les camps de concentration. Autant l'influence de la guerre, notamment celle du Viêt Nam, sur le retour chez eux impossible des soldats, avait déjà été beaucoup traité au cinéma. Celui lié à la découverte des camps, beaucoup moins, comme si le fait de participer à une victoire nette avait permis aux soldats de l'armée américaine de rentrer chez eux simplement en vainqueurs, sans traumatisme (à noter l'exception de Mémoires de nos pères, mais c'est sur le front japonais que les soldats américains ont subi la guerre dans ce film-là).

Et puis, on est toujours le fou de l'autre, semble nous dire le film, comme faisant écho au poétique Vol au-dessus d'un nid de coucou. Ici, rien de poétique, mais toujours l'horreur, celle de pouvoir être manipulé, et plus que tout celle de pouvoir se tromper soi-même. La théorie du complot semble se dessiner, mais pour mieux s'estomper. Pourtant, aucune vérité générale dans le film. On sent bien qu'on pourrait être victime d'une machination, on sent bien que l'horreur à l'échelle planétaire est possible, et que les américains ne sont pas forcément à l'abri d'une horreur "nazie", à savoir enlever à l'homme son humanité, considérer l'être humain, ou certains êtres humains, comme des objets. L'île isolée et ultra-surveillée éveille alors le spectre de Guantanamo. Le danger est réel, la sécurité abusive, pour des raisons d'état par exemple, peut mener à des abus inhumains, et conduire tout droit à l'horreur.

Oui, le danger est réel, mais ce n'est pas la bonne histoire ici. Derrière tous les fantômes de l'horreur à grande échelle, Scorsese montre ici l'horreur à l'échelle d'un seul homme. Il explore d'abord la folie de l'humanité pour aboutir à la folie de l'homme, sans pour autant discréditer la première. Juste en montrant un autre danger, celui de se protéger en inventant la réalité. D'adapter la réalité à ce que nous voulons qu'elle soit. Le thriller hitchcockien fonctionne parfaitement et retourne le spectateur qui ne peut s'empêcher de repenser au film pour essayer de voir si ce qu'on lui révèle maintenant est possible, crédible, vrai. Quant au sujet, l'inhumanité de l'homme, il est tellement ambitieux qu'il ne peut être parfaitement traité. Les images du film forment un tout parfois un peu confus. Mais il faut bien avouer que la réalisation hachée et boursouflée, pleine de l'esprit du héros, rend la réflexion sur le sujet et la confusion qui l'accompagne possibles, crédibles. Il manque un vrai souffle d'émotion pour qu'un sujet si énorme trouve sa vérité et soit, au-delà du thriller surprenant, un choc durable pour le spectateur.

 

CineQuaNon vous a fait découvrir Shutter Island
 Retrouvez CQN par ici
Retrouver aussi la critique de Shutter Island par Vince

 


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