A serious man
le 25/03/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Après avoir dirigé une ribambelle de stars dans Burn After Reading (George Clooney, Brad Pitt, John Malkovich...), Les frères Coen proposent en ce début d'année un film plus intime, porté par des inconnus qui interprètent en toute absurdité des êtres insignifiants et pourtant magnifiques...
Long-metrage americain. Genre : Comédie désespérée ou drame absurde
Realise par Ethan et Joel Coen
Avec Michael Stuhlbarg, Sari Lennick, Fred Melamed, Aaron Wolff
Durée : 1h45 - Sorti en France le 20 janvier 2010
Note : 7/10
Synopsis
Minneapolis, 1967. Rien ne va plus dans la vie de Larry Gopnik. Sa promotion à la faculté de physique est compromise par des cancans non fondés à son sujet. Un élève coréen lui fait l'affront de lui verser un pot-de-vin. Son voisin quasi-fasciste cherche délibérément à le provoquer. Son frère dépressif abuse de son hospitalité. Par dessus le marché, son épouse Judith, mère de ses deux enfants, lui annonce qu'elle le quitte pour un vieil ami de la famille. Déstabilisé par la nouvelle, Larry sollicite le soutien du vieux rabbin Marshak, qui refuse obstinément de le recevoir. Ne sachant à quel saint se vouer, il se force à écouter les conseils douteux de deux autres rabbins, ainsi que ceux de l'avocat obséquieux qui a mis en marche la procédure de divorce réclamée par Judith. Larry n'est pas au bout de ses peines...
Critique
Mais A serious man est tellement dramatique, tellement désespéré, qu'il serait presque un film noir tout simplement et qu'il pourrait être rangé aux côtés de Barton Fink, de Fargo, de The Barber ou de No Country for old men, dans la deuxième face de la filmographie des frères Coen. A serious man est donc peut-être un film synthèse, d'autant plus qu'il est le film le plus juif de ses auteurs, dans son scénario bien entendu, mais aussi et surtout dans son humour, l'humour juif par excellence, teinté de dérision, de désespérance, de douleur, existentiel et universel.
Les frères Coen explorent, comme dans Burn after reading, des personnages petits, tout petits, insignifiants, qui ne pourront jamais dépasser ce qu'ils sont : des hommes perdus dans une masse, étouffés par cette masse, voués à vivre et à mourir dans la plus parfaite des indifférences, sans aide, sans destin, juste en luttant parmi les hasards de la vie pour finir de toute façon écrasés par tout ce que nous ne contrôlons pas, et ce malgré notre volonté de faire bien.
C'est aussi un film sur la communauté, et sur la nécessité de la dépasser, de vouloir ne pas se fondre dans le moule pour pouvoir exister, car sinon le risque est simple : rapetisser jusqu'à disparaître.
Il ne faut pas être sérieux, car a serious man aura toutes les plaies du monde contre lui.
A moins que ces hasards malheureux ne trouvent leur source dans une malédiction ancestrale, mais ce serait bien trop facile pour le film des frères Coen. Si les réalisateurs ne font aucun lien entre la scène initiale et le reste du film, c'est sans doute tout simplement qu'il n'y en a pas (et toc!) car dans la vie les choses sont hasard et ne répondent pas à la logique qu'essaie de trouver un spectateur omniscient. Rien de vraiment mystique dans le film des frères Coen, ceux qui veulent y voir un acharnement du destin et une quelconque explication en seront pour leur frais. Tout ce qui se passe à l'écran est absurde, et le pire qu'on puisse faire, c'est être un homme sérieux, refusant l'absurdité et voulant trouver un sens auprès d'une hiérarchie de rabbin comme on passerait les niveaux dans un jeu vidéo.
Il n'y a rien à comprendre, et la seule façon de vivre, c'est sans doute de ne pas s'enfermer dans une vie sérieuse étriquée, de ne pas se laisser malmener. S'il arrive tant de malheurs à ce personnage de looser sympathique, c'est qu'il le veut bien, dépassé qu'il est par ses ambitions de travail, ses élèves, sa femme, ses enfants, l'amant de sa femme, son frère, sa communauté, sa voisine, tout ce qui l'entoure et l'effraie car il n'en devine pas le sens (et pour cause, il n'y en a pas).
A serious man est donc un film purement absurde, sans concession, presque aride, désespéré sur la condition humaine, ballotée entre l'incompréhension des autres et les sorts du destin (crescendo jusqu'à l'ouragan). Le seul sens qu'on peut finalement trouver, c'est écouter une bonne chanson de Jefferson Airplane. Le bonheur pur.
A serious man est drôle mais tellement exigeant qu'il n'est pas franchement hilarant. Le décalage est si systématique qu'il impose un tempo différent, lent, trop lent, contrastant avec la panique du personnage principal. C'est dans ces retards, dans les regards qui attendent, que naît le comique du film. Mais toujours un rire jaune, grinçant. Car les frères Coen font de l'humour juif dans toute sa gravité : derrière l'humour, il y a toujours un sérieux, un constat de la vie, et une contradiction. On peut rire sans en avoir envie. On peut dire sérieusement qu'il n'y a rien de sérieux, tout en affirmant avec légèreté que tout est absolument grave. On peut être totalement sérieux et parfaitement absurde, comme le personnage titre, comme les réalisateurs, comme l'humour juif, comme la vie.
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