Achille et la tortue

le 29/03/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Tandis que le cinéaste et artiste Takeshi Kitano expose en ce moment à la Fondation Cartier, son dernier film, Achille et la tortue, a connu une sortie en salles confidentielle, très loin des feux de projecteurs braqués sur La rafle, L'arnacoeur et autre Pièce montée. Pourtant, le douce chronique tragi-comique du cinéaste japonais sur la condition d'artiste mérite vraiment toutes les attentions et se présente comme l'un des meilleurs films de ce début 2010.

Achille et la tortue

Long-métrage japonais.
Titre original : Akiresu to kame
Genre : Comédie dramatique
Réalisé par Takeshi Kitano
Avec Takeshi Kitano, Kanako Higuchi, Yurei Yanagi
Durée : 1h59 - Sorti en France le 10 mars 2010
Note : 8/10

 

 

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Synopsis

Enfant d'un riche industriel qui aime acheter des oeuvres de jeunes peintres prometteurs, Machisu passe son temps à dessiner, autant emporté par une passion intérieure que stimulé par l'attention que lui porte l'un des peintres financé par son père. Machisu décide qu'il sera artiste et que la peinture sera sa vie. Sa vie bascule le jour où son père fait faillite et décide de mettre fin à ses jours.

 

 

Critique

C'est un film en trois mouvements auquel nous convie ici Takeshi Kitano. L'enfance, la jeunesse et la maturité. Par un jeu d'ellipses savamment orchestré, Kitano raconte une vie en deux heures et, ce faisant, montre le temps qui passe, qui fuit, qui s'envole, tandis que l'homme lutte avec ses rêves, s'explique avec les différents âges de sa vie, et poursuit toujours sa quête, à contre-courant.

Le premier mouvement, l'enfance, est un drame qui rappelle parfois Le tombeau des lucioles par son atmosphère d'enfermement, l'enfant seul dans un univers d'adultes hostiles et égoïstes.
Pas étonnant alors que Machisu, le héros du film, soit aussi rêveur que parfaitement égoïste, intéressé simplement par lui-même et par son art, indifférent aux autres jusqu'à ignorer la mort qui semble aspirer peu à peu les gens qui l'entourent. Peut-être est-ce pour ça que Machisu n'arrive pas à être un grand artiste : il ne sait pas regarder les autres, il ne pense qu'à les utiliser au service de sa peinture.
 
Le second mouvement du film, alors que le héros est en pleine jeunesse, dirige le ton vers un tragique plus existentiel, quand le désespoir ne vient plus des malheurs subis mais bien du sens de la vie, de ce qu'on essaie d'en faire. L'échec s'impose comme l'impossibilité de se créer un destin hors norme et de la nécessité d'accepter une vie petite, étriquée comme celle de la plupart des hommes.
Machisu refuse cet état de fait, il rejette la médiocrité qui le caractérise, il ne veut pas être un parmi d'autres. C'est ce refus qui plonge le film autant dans le vrai drame que dans un comique doux et inattendu.
 
L'humour se fait de plus en plus noir et féroce lorsque Machisu devient un homme de soixante ans courant toujours après un rêve qui se refuse à lui. Le spectateur a lui aussi pris en maturité et il voit la vie du personnage avec plus de recul, et cette insignifiance qui caractérise Machisu rend son existence aussi absurde que vraiment drôle.
Si une vie entière est dessinée en simplement deux heures, c'est aussi l'histoire de la peinture que moque le récit, avec esprit et naturel. Qu'est-ce que l'art? Qu'est-ce qui fait qu'une oeuvre est immortelle? Qu'un homme a du génie? Le talent? Le travail? Le savoir-faire? L'originalité? Le discours? La rencontre avec un public? L'époque? La séduction de mécènes influents? Le hasard? Takeshi Kitano semble chercher une signification à sa propre vie, à son oeuvre. Mais cette réflexion sur le statut et la quête de l'artiste semble révéler qu'avant de pouvoir créer il faut savoir aimer. On ne peut pas peindre sans regarder vraiment une personne, non pas pour la peindre, mais simplement parce qu'on l'aime. Kitano finit son film sur une note d'espoir inespérée (et improbable) dans un film où l'humour cache mal un profond mal-être. 
Et Achille, qui ne pouvait que se rapprocher de la tortue sans jamais la rejoindre, put enfin atteindre son rêve. Comme Machisu, quitte à changer de rêve.

 

CineQuaNon vous a fait découvrir Achille et la tortue
 Retrouvez CQN par ici



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