Copie Conforme
le 09/06/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il y a 2 commentaires. Réagissez vous aussi !Abbas Kiarostami représente souvent à lui tout seul ce qu'on imagine être le cinéma iranien. Après avoir remporté la palme d'or en 1997 pour Le goût de la cerise, il a cette année permis à Juliette Binoche de remporter le prix d'interprétation féminine avec Copie Conforme. Pour la première fois, le réalisateur iranien est allé tourner loin de son pays (qui censure son film) et le résultat, une coproduction franco-italienne, est tout simplement l'un des meilleurs films sortis en 2010 pour le moment.
Long-métrage franco-italien - Genre : Drame, parce qu'il faut mettre quelque chose.
Réalisé par Abbas Kiarostami
Avec Juliette Binoche, William Shimell
Durée : 1h46 - Sorti en France le 19 mai 2010
Note : 8/10
Synopsis
James, un écrivain quinquagénaire anglo-saxon, donne en Italie, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, une conférence ayant pour thème les relations étroites entre l'original et la copie dans l'art. Il rencontre une jeune femme d'origine française, galeriste. Ils partent ensemble pour quelques heures à San Gimignano, petit village près de Florence. Comment distinguer l'original de la copie, la réalité de la fiction ?
Critique
Copie conforme se découpe clairement en deux parties, aussi bien dans les certitudes du spectateur que dans le sujet dont discutent les personnage. La première partie, c'est l'art, et toute la question du vrai, de l'authentique et de la copie. L'original est-il vraiment plus important que ses copies? Pourquoi cela? L'art n'avance-t-il pas toujours par petites touches de copies, en s'inspirant des oeuvres déjà là, par petits décalage? Et l'important pour l'observateur, n'est-ce pas l'émotion ressentie devant l'oeuvre, qu'il soit devant l'original ou devant la copie?
La seconde partie du film, c'est l'amour. Avec des questions assez semblables : il y a la vérité et les souvenirs, comme une copie un peu déformée d'une réalité qui fut. Il y a la vérité de la relation et ce qu'elle essaie de copier, le passé, un idéal, quelque chose qu'on voudrait et qu'on essaie de forcer alors qu'il n'est pas, ou plus. Peut-on encore s'émerveiller devant ce que l'amour est devenu, comme on peut s'émerveiller devant une copie, et oublier un instant que cet amour n'est pas authentique, qu'il n'est pas ce qu'il était aux premiers temps, quand il était encore original? L'amour, comme l'art, avance par petits décalages. Mais il reste cette fascination pour l'objet créé par la main de l'artiste, pour l'amour façonné par des coeurs en feu. Peut-on accepter simplement la copie? La réponse n'est pas forcément la même en art et en amour, car on peut peut-être ressentir la même chose devant une copie, mais comment ressentir la même chose devant un amour qui faiblit? Alors, faut-il lutter, quitte à poursuivre le faux, ou accepter, quitte à se résigner au faux? La question est toujours la même, mise en abîme dans le film comme dans des miroirs mis face à face : où est le vrai?
Autrement dit, de la situation du début ou de la situation de la fin, laquelle est authentique et laquelle est la copie de l'autre? Le film, par un twist habile, ne révèle pas où est l'original. Ce couple joue-t-il à ne pas se connaître ou au contraire joue-t-il à se connaître trop? Il y a un trouble chez le spectateur, un moment où le film bascule si habilement que l'on ne peut choisir. L'original et la copie deviennent indiscernables. Chaque situation est authentique, elles ont toutes les deux leur part de vrai, mais la situation réelle, la vérité, c'est à chaque spectateur d'en décider.
Copie conforme est donc un énorme jeu de miroir où une oeuvre se reflète dans sa copie, un amour dans son passé, une situation dans ce qu'elle a d'artificiel, et Juliette Binoche dans un miroir. Mais aussi chacun des personnages dans les yeux du spectateur, placé par Kiarostami juste en face. Ici, pas de champ-contrechamp, on prend part aux dialogues, les personnages s'adressent autant à nous qu'à l'autre et qu'à eux-mêmes. La caméra n'est qu'un miroir, le personnage qui nous parle, c'est même quelquefois nous. Ou bien une copie de nous. Même quand les personnages marchent, avancent, on est face à eux, toujours au plus prêt d'une réalité que le cinéma essaie de retranscrire, de copier sur la pellicule. Kiarostami, grâce à une réalisation qui colle aux acteurs et à ce qu'ils représentent, grâce à des angles de vue très frontaux, grâce à des dialogues aussi intelligents que labyrinthiques, offre un film qui se place pile entre l'objet représenté et sa représentation, entre l'art et son modèle, entre le vrai et ce qu'on en voit. Et interroge de manière fascinante notre perception tout autant que le sens de l'émotion, de l'art et de l'amour.
CineQuaNon vous a fait découvrir Copie Conforme
Plus d'infos sur CineQuaNon par ici
Retrouvez les articles liés au même sujet:
- La liste des films en compétition à Cannes par MeryL
- Compte rendu du 63e Festival de Cannes: 7eme jour par PH pour CineQuaNon
2 commentaire(s)
In this movie Kiarostami takes some distance from his own cinema. You don't feel the Kiarostami brand weighting on you when watching. Nevertheless, this is alternative cinema, cinema d'auteur, so, do not go and watch it to have fun. You risk not having fun in the end. I don't agree with most of the "critique" above. The film is not about art or copy or original. The film is about an aging love. It is a 2h dialogue between a couple, in the time being and in the future. All those elaborate conversations about art are ultimately empty arguments that you have to cross to get the main message: the nature of love changes with time, you'd better accept it. I have heard that some have accused Kiarostami of being macho because of some dialogs of the film that people have taken literally. I don't think the director himself takes those dialogs that seriously. This is a flowing collection of reflections about love with all the contradictions it can contain. If you flow with the dialog it can keep you reflecting and even entertained for the two hours. Excellent performance from the actor and the actress. Binoche at top, at the same level as in Blue and The unbearable lightness of being.
par Mahmood, le 2010-06-10 00:56:00
I agree with you when you say the film is about the change in the nature of love with time. But I think the question of copy and original is very linked to this one. Because someway, the love that changes with time is just a copy, a reflect, a remembrance of the original love. For me, this is it, the question of the movie.
par Ted, le 2010-06-11 00:58:00
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.
vers Mag'

