Les Mains en l'air

le 12/07/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !

Après Philippe Lioret et Welcome, après Anne Le Ny et Les Invités de mon père, c'est Romain Goupil qui vient traiter le sujet des expulsions des sans-papiers à travers le regard de l'histoire et des enfants. Bénéficiant de moins de publicité, son film est pourtant moins mélodramatique et plus humaniste que les deux autres. Il est aussi le plus réussi. Note : 8/10

Les Mains en l'air

Long-métrage français. - Genre : Comédie dramatique
Réalisé par Romain Goupil.
Avec Valeria Bruni Tedeschi, Hippolyte Girardot, Linda Doudaeva
Durée : 1h30 - Sorti en France le 9 juin 2010.

Note : 8/10

 

Synopsis

22 mars 2067, Milana se souvient de ce qui lui est arrivé, il y a soixante ans... En 2009, Milana, d'origine tchétchène, est élève en classe de CM2 à Paris. Ses copains, sa bande, ce sont Blaise, Alice, Claudio, Ali et Youssef. Mais un jour Youssef, qui n'a pas de papiers, est expulsé. Puis, c'est au tour de Milana d'être menacée. Se sentant alors en danger, les enfants décident de réagir. Ils prêtent serment de toujours rester ensemble et organisent un complot pour sauver Milana...

 

 

Critique

Les Mains en l'air est un film complètement politique et finalement plus important que le tragique Welcome de Phillipe Lioret. Car justement, sans être bêtement didactique (les personnages ont une histoire, le film n'est pas simplement au service d'un propos mais il brosse avant tout la description d'êtres humains, d'une ambiance où se mêlent la légèreté de l'enfance et la dépression des adultes), Les Mains en l'air n'a rien d'un mélodrame et tout d'un engagement politique.

Romain Goupil décide de parler du problème des sans-papiers par ce qu'il a de plus immédiatement honteux : la répercussion sur les enfants innocents. La question de l'instrumentalisation des enfants n'est pas ignorée. Mais comment parler d'instrumentalisation quand ces parents essaient souvent d'immigrer en France dans le but d'offrir une vie meilleure à leurs enfants? Et comment pourrait-on d'ailleurs reprocher à ces gens de vouloir tout simplement une vie meilleure pour eux, qu'ils aient des enfants ou pas? Pourquoi n'aurait-on pas le droit d'aider des enfants en situation irrégulière sous prétexte que ça aide aussi les parents, alors que ceux-ci n'ont rien fait de mal si ce n'est chercher le bonheur là où il peut se trouver?

Film anti-flic, anti-Sarkozy, anti-discours sur la bonne conscience, film humaniste et profondément de gauche. Film engagé et assumé. Loin d'Anne Le Ny et de Les invités de mon père qui sondait la gauche bourgeoise et son hypocrisie pour finalement se résigner à ce que le monde ne tourne pas rond, Romain Goupil parle des couches moins aisées de la population, des batailles de quartier, de Monsieur et Madame tout le monde et de l'engagement, des convictions. Si la mère interprétée par Valeria Bruni-Tedeschi est parfois bornée et prend quelques mauvaises décisions (comme le refus de l'aide que peut apporter une connaissance au nom d'un idéalisme qui peut s'avérer concrètement meurtrier), elle livre avec sincérité son combat politique, et ce contre tous ceux qui ne supportent pas qu'elle ait simplement raison (et qui se donnent réellement bonne conscience de ne pas agir en accusant ceux qui agissent de le faire par bonne conscience). Ce qui compte finalement, ce ne sont pas les intentions mais les actes.

Si Les mains en l'air s'éternise un peu au milieu sur le bonheur enfantin que découvre la petite Milana, le film respire grâce à deux choix passionnants. Le premier est de placer le temps du récit dans un futur assez lointain (2067). Si le procédé ne laisse rien découvrir du XXIème siècle (si ce n'est la Villa Savoy et la certitude que de nombreux systèmes évidents aujourd'hui seront incompris demain), il permet de replacer l'événement politique (les expulsions des sans-papiers) dans un contexte historique bien plus large. Convaincu avec Hegel que l'histoire est une évolution dialectique d'un esprit de l'humanité qui avance vers le progrès, Romain Goupil juge les expulsions du point de vue de la conscience humaine, du point de vue de l'histoire qui donne finalement raison à l'éthique. En prenant le futur à témoin pour délégitimer la politique de Sarkozy (sans qu'on se souvienne de son nom à lui, qui a bien peu d'importance au regard de l'histoire), Romain Goupil présente cette politique comme une curiosité historique qui va à l'encontre du progrès.

L'autre choix essentiel du réalisateur est de mettre la véritable révolte entre les mains des enfants. Ce sont eux qui luttent pour Milana, et même s'ils se comportent avec l'inconscience et la naïveté un peu dangereuse de leur âge, ils illustrent une société égoïste, en échec, où l'enfant et l'homme en général sont seuls et en danger, où les enfants sont obligés de s'auto-protéger contre une police devenue simplement symbole d'une répression irrationnelle (ou trop rationnelle) et humainement incompréhensible. Proche du phénomène des banlieues, la contagion de la révolte (avec plusieurs groupes d'enfants décidant de fuguer) est synonyme de problème global, politique, et non pas local ou particulier.

En prenant l'intrigue en étau entre le double regard du futur et des enfants, Goupil montre l'évidence de l'erreur humaine du gouvernement. Qu'on prenne le problème par le bas ou par le haut, la conclusion est la même. Naïvement, à l'échelle des êtres humains, à l'échelle individuelle, les enfants montrent qu'il n'y a aucun bon sens à expulser des gens. De l'autre côté, en évoquant une histoire générale qui va d'aujourd'hui à un futur assez lointain et qui a eu le temps d'analyser tous les tenants et les aboutissants politiques, économiques et philosophiques de l'expulsion, le film montre que la politique sarkozyste n'a aucun sens, aucune justification supérieure. Le plus souvent, ce qui ne peut s'expliquer simplement, ce qui n'a pas de justification morale évidente, ne trouve pas de justification politique dans le système complexe de l'évolution. C'est ce que nous dit très intelligemment Romain Goupil.

L'histoire et les enfants, la raison totale qu'on ne peut appréhender et l'innocence pure de ceux qui n'ont pas encore été pervertis et convaincus par des soi-disant obligations politico-économiques, se rejoignent.
Une société qui essaie de se débarrasser d'êtres humains dont le seul mal est d'avoir refusé la vie que leur imposait leur naissance et d'avoir voulu une vie meilleure, c'est une société qui ne fonctionne pas.

Et si le film se termine comme une histoire d'amour pur, cela lui permet très intelligemment de trouver une résonance très particulière. On comprend alors que la femme ne raconte pas l'événement politique mais son histoire d'amour. Ce qui nous paraît important aujourd'hui n'est pas forcément ce qui sera important demain. L'Histoire a fait son oeuvre, l'expulsion des sans papiers est devenue en 2067 un sujet totalement dépassé. Le spectateur de 2010 a cru pendant tout le film qu'il s'agissait d'une histoire politique. Il découvre à la fin qu'il a été trompé par son biais de perception puisqu'il a écouté une histoire racontée dans 57 ans comme si elle était racontée aujourd'hui. L'élément politique de l'histoire est essentiel aujourd'hui mais il n'aura plus aucun intérêt dans 60 ans. Il n'en restera que l'histoire d'amour.

En utilisant ce procédé parfaitement astucieux, Romain Goupil permet à son propos politique de prendre son envol. Le film de Romain Goupil a beau être un récit de Milana, le film et le récit du personnage ne racontent pas la même chose. Ainsi, les personnages ne sont pas prisonniers d'une cause. Ils vivront leur vie. Et nous, spectateurs de 2010 qui avons accordé tant d'importance à la dimension politique (secondaire pour la narratrice), nous sommes invités à régler au plus vite cet histoire absurde d'expulsion (le sujet de Romain Goupil) pour rejoindre Milana dans le futur et nous concentrer sur le vrai sujet, intemporel, du son histoire: l'amour.

 

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1 commentaire(s)

cc tous le monde il es troop geniale je lai vu a lecole avec mes profs le vendredi 4 fevrier 2011
par leas, le 2011-02-04 17:53:00

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