Un poison violent
le 13/08/2010 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Une exploration différente, toute en douceur et pleine de rêve, de l'adolescence près de Dieu avec ce qu'elle comporte d'ambivalence, en suivant la vie quotidienne d'un personnage charmant.
Un poison violent, France, 2010, durée 1h32
Drame, de Katell Quillévéré
Avec : Clara Augarde, Lio, Michel Galabru…
Date de sortie cinéma : 04 août 2010
Distribué par : Sophie Dulac Distribution
Synopsis :
Cet été-là, tout change pour Anna. A son retour de l'internat, elle découvre que son père a quitté la maison.
Sa mère, effondrée par cet abandon, trouve refuge auprès du jeune prêtre du village.
Anna se raccroche à son grand-père, tendre et fantaisiste. Elle prépare aussi sa confirmation, dernière étape dans sa vie de croyante. Mais la naissance de son désir pour Pierre, un garçon libre et solaire, la fait vaciller. Une part secrète d'elle même cherche à se donner corps et âme, à Dieu ou à quelque chose d'autre...
« Un poison violent », rêve et enchantement
Une exploration différente, toute en douceur et pleine de rêve, de l'adolescence près de Dieu avec ce qu'elle comporte d'ambivalence, en suivant la vie quotidienne d'un personnage charmant.
« Un poison violent », Prix Jean Vigo, s'affiche comme un rêve en marge de ce que fait le cinéma actuel. Suivant la vie quotidienne d'Anna, une adolescente de ce siècle mais aussi hors du temps, le film nous propose une réflexion sur le rapport parent/enfant et le rapport que l'on a avec le sacré à n'importe quel âge. Avec Dieu au-dessus comme personnage invisible, et un prêtre qui le représente, le film fait une part belle à la religion comme si elle était au centre de la vie, nous laissant surpris de constater que cela existe encore.
L'adolescente en question, sans en avoir l'air, devient un personnage énigmatique au charme assez ensorcelant. Et pourtant, on dirait une jeune fille comme les autres, elle fait penser au personnage de « Stella », qui se penchait sur la vie d'une adolescente des années 1970, plus qu'au personnage de « La boum » ou de « 15 ans et demi ». Plus calme et solitaire, celle-ci préfère s'occuper de son grand-père malade plus que courir après les garçons ou faire la fête mais attire notre attention justement pour cette raison, alors qu'elle garde contre elle une image de Jésus, perdue dans ses réflexions.
Sans recherche de style ou histoire branchée, une vision directe des rapports humains
La réalisatrice de 30 ans, Katell Quillévéré, n'a pas essayé de faire un film sur l'adolescence branchée, elle s'est éloignée des sentiers battus au propre comme au figuré pour faire une chronique de la vie de province sans recherche d'effets. Elle parle de la vie spirituelle comme dans « Hadewijch » mais Anna, au contraire de Céline, ne démontre pas une foi aveugle et passionnée. Au contraire, elle doute : d'elle-même, de Dieu, à ce moment crucial de sa confirmation. Tout dans ce film respire la subtilité et l'ambiguïté propres à l'adolescence, un sujet qui est abordé sans drame forcé, en suivant simplement la vie comme elle arrive. Rien n'est vraiment violent, comme si le contact avec l'église et Dieu rendaient les choses plus douces. Les moments tendres qu'Anna passe avec son grand-père, un vieillard un peu loufoque, amènent aussi à s'interroger sur la relation enfant/grand-parent et finalement sur l'acceptation de la mort par les vivants. La relation qu'a sa mère avec le prêtre semble un peu désespérée et l'on constate que l'adolescence n'est pas le seul moment de grands doutes.
Les interrogations classiques de l'adolescence surviennent au même moment qu'Anna fait la connaissance de Pierre, un jeune joyeux, un peu artiste. La naissance du sentiment amoureux est ainsi dévoilée : et pourtant, celui-ci semble plus intense, plus pur et plus simple que ce même sentiment chez les trentenaires, s'opposant ainsi à « L'amour, c'est mieux à deux » quand les relations deviennent hyper-complexes, pleines de faux-semblants.
Parfois tragique, parfois complexe et toujours beau, « Un poison violent » a tout pour charmer, mais ne démarre jamais vraiment. Tout au long du film, on attend que quelque chose se passe mais la réalisatrice a survolé la vie comme si elle était un long fleuve tranquille, ce qui finit par être rassurant. Il est intéressant de voir que la religion ici n'est pas présentée comme une prison mais comme quelque chose qui s'inscrit dans un contexte de liberté. « Un poison violent » devient un doux rêve dans lequel on se laisse bercer et l'effet subsiste longtemps après la fin puisqu'on a envie de s'y replonger pour vivre tranquillement...
Note : ![]()
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