Des hommes et des dieux
le 28/09/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il y a 3 commentaires. Réagissez vous aussi !Grand prix du Jury à Cannes 2010, succès public et critique, film d'auteur qui fait recettes sur un sujet difficile, le dernier film de Xavier Beauvois a tous les atouts pour être un grand film. Pourtant, sous le consensus se cache justement un film assez consensuel écrasé par ses visées pédagogiques. La morale de l'histoire est finalement bien douteuse. Note : 3/10
Des hommes et des dieux, France, 2010, 2h00
Drame de Xavier Beauvois
Avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin
Date de sortie : 8 septembre 2010
Note : 3/10
Synopsis
Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s'installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour...
Ce film s'inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu'à leur enlèvement en 1996.
Critique
Des hommes et des dieux devient carrément emphatique lorsque retentit Le lac des cygnes pour illustrer de manière prémonitoire le dernier repas des moines. Xavier Beauvois cède alors à toutes les facilités du film d'auteur : gros plans sur les visages de vieux messieurs en larmes, gestes lents, symbolique extra-pompeuse, climax tellement appuyé que l'enlèvement qui suit n'est plus qu'une formalité.
Pourtant, Des hommes et des dieux réussit parfois à être plus nuancé comme dans le portrait finalement assez complexe des terroristes, et plus largement du terrorisme. Toute appréciation est laissée au spectateur. Il n'en est pas tout à fait de même sur la pratique de la religion : l'admiration du réalisateur se sent dans ses longs plans ennuyeux sur la vie quotidienne des moines. Sans donner de leçon, Xavier Beauvois ne laisse pas vraiment au spectateur la liberté de trouver cette abnégation absurde, une sorte de renoncement à la vie.
Le film sait aussi poser quelques questions pertinentes.
Doit-on aider des meurtriers? Soigner des terroristes blessés? On pense inévitablement à l'aide que l'Eglise avait fournie à certains anciens dirigeants nazis. Aider son prochain semble une nécessité inconditionnelle. Pourtant, cela pose parfois des problèmes éthiques graves.
Faut-il fuir pour être libre? On pense ici au Général de Gaulle. Dommage qu'au moment où le choix devrait se faire entre, d'un côté, leur passé, la vie qu'ils se sont construits autour du Christ et le sens qu'ils se sont donnés, et de l'autre, la possibilité d'un futur, la vie qu'il leur reste à vivre, vienne interférer la question de la protection des villageois - qui comptent sur eux, avec la réplique très démagogique des oiseaux sur la branche -, question qui donne un prétexte factice pour résoudre artificiellement le problème.
Et si le film hésite tout du long, il semble finalement se plier à l'opinion devenue peu à peu unanime des hommes de Dieu. "La fleur ne se déplace pas pour chercher les rayons du soleil." Cette philosophie fataliste, que Beauvois semble finalement faire sienne, donne envie de se révolter. On ne doit pas plus compter sur le hasard que sur la providence divine. L'homme ne doit pas attendre la volonté de Dieu. Ce qui nous différencie d'une fleur, c'est justement notre volonté, notre possibilité d'action, notre conscience, nos choix. L'homme peut se déplacer pour trouver les rayons du soleil. Sur une comparaison plate et malheureuse et sous des dehors de tolérance et de message humaniste, le film semble paradoxalement passer à côté de cette vérité fondamentale : il n'y a rien de plus précieux que la vie. Les hommes de Beauvois semblent trop écrasés par leurs Dieux pour prendre pleinement conscience de leur liberté et l'assumer.
CineQuaNon vous a fait découvrir Des hommes et des dieux
Retrouvez CQN par ici
Retrouvez les autres critiques sur ce film:
- Critique de PH pour CineQuaNon
3 commentaire(s)
Je trouve que cette critique ne saisit pas du tout l'enjeu de ce film.
On se fiche ici de savoir s'il faut "aider les meurtriers" ou "fuir c'est être libre".
L'auteur nous propose une oeuvre extrêmement humaniste qui cherche à montrer les questionnements de l'homme face à l'approche de la mort et au sens à donner à sa vie.
Il n'y a aucun parti pris pour faire l'éloge du moine chrétien ou au contraire du terroriste "pas si mauvais que ca" mais pose les questions essentiels à l'homme: le fait qu'il va un jour mourir et le sens qu'il doit donner à ses actes.
Il n'est jamais question ici de liberté ou de fatalisme car nous savons dès le début que ces moines vont mourir. L'auteur cherche à montrer comment l'homme fait face à l'approche imminente de sa mort et les réactions que cela créé en lui (doute, angoisse, terreur, sérénité) qu'il soit chrétien, musulman ou athée.
Finalement nous serons tous un jour ces moines à la veille de notre mort et devrons nous poser inévitablement cette question du sens de nos actes et de nos vies et remettre en question les valeurs que nous avions faites notres durant toutes nos années "d'insousciance".
Tout à fait en ligne avec la filmographie de l'auteur.
par renaud, le 2010-10-01 19:48:00
Dire que le film ne pose que la question de comment accepter l'approche imminente de sa mort, c'est dire que les moines sont déjà condamnés. Oui on sait dès le début du film que les moines vont mourir, mais les personnages ne le savent pas eux. Et avant de se demander comment mourir, il serait bien de songer à se demander comment vivre encore. En cela, il y a dans la réaction des personnages et dans la démarche du film (que tu soulignes justement) un fatalisme qui me gêne profondément.
par Ted, le 2010-10-04 13:11:00
Bonjour, en surfant, je tombe un peu par hasard sur cette critique (je ne suis plus étudiante depuis longtemps) qui s'axe autour du fatalisme et de la vie qu'il faut préserver à tout prix.
Vous êtes jeune et avez eu la chance de ne pas connaître de climat de terreur ou de guerre et donc de résistance pour un idéal(moi non plus d'ailleurs mais ceux qui me précèdent si). Puissiez vous vivre le plus longtemps possible dans cette insouciance (je le souhaite aussi pour mes enfants) et sans avoir à vous poser la question d'avoir à donner sa vie pour un engagement. Je sais que je ne vous convaincrais pas mais je sais que beaucoup seraient très blessés à la lecture de votre post (par exemple, toutes les familles des chrétiens - pas que les moines - qui sont restés en Algérie pendant cette période noire par solidarité avec les algériens en résistance à la violence) : vous avez peut-être oublié que vous parliez de personnes qui avaient vraiment existé et pas que d'un film ? sachez que la phrase sur la fleur a été dite par la maman d'un des moines.
Peut être les deux lectures ci-après vous aideront dans votre réflexion sur ce que peut-être l'engagement (pour moi, le thème central de ce magnifique film de Beauvois) :
http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2010/10/04/ceux-qui-croient-en-dieu-et-ceux-qui-n-y-croient-pas_1419686_3232.html
ou celui-ci sans doute plus proche de vous :
http://www.famillechretienne.fr/agir/temoignages/un-jeune-algerien-temoigne-apres-les-avoir-desapprouves-il-admire-les-moines-de-tibhirine_t11_s72_d58056.html
par laurence, le 2010-10-05 23:15:00
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.
vers Mag'

