Ces amours-là
le 30/09/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il y a 2 commentaires. Réagissez vous aussi !Claude Lelouch s'inspire de son histoire personnelle et de ses propres passions pour livrer un film qu'il veut testament, témoin de ses 50 années passées à faire du cinéma. On pourrait dire qu'il réalise Ces amours-là avec un coeur gros comme ça. Ce film est alors la preuve que l'enfer est pavé de bonnes intentions : il en ressort un manque total de recul et de discernement qui rend le propos scandaleux. Le film est noyé sous un flot de bons sentiments idiots et dangereux. Note : 1/10
Ces amours-là, France, 2009, 2h00
Drame de Claude Lelouch
Avec Audrey Dana, Laurent Couson, Raphaël, Jean-Jacques Ido, Samuel Labarthe, Gilles Lemaire, Dominique Pinon
Sorti le 15 septembre 2010
Note : 1/10
Synopsis
Le destin flamboyant d'une femme, Ilva, qui, sa vie durant, a placé ses amours au dessus de tout et se les remémore au rythme d'un orchestre symphonique. Dans cette fresque romanesque, Ilva incarne tous les courages et les contradictions d'une femme libre. Et si ce n'était pas Dieu qui avait créé la femme mais chaque homme qu'elle a aimé ?
Critique
Claude Lelouch veut tout traiter, tout embrasser, emporté par un enthousiasme qui n'a d'égal que sa naïveté, insupportable et parfois dangereuse. Il nous livre donc un énorme pot-pourri où il doit parler de tout, du cinéma, de la musique, de la guerre, de l'amour, des camps de concentration, de la collaboration, du nazisme, et même du libertinage et des origines des USA. Les récits sont emboités les uns dans les autres, une jeune avocate d'aujourd'hui évoque le passé de sa famille tandis que sa mère se rappelle un procès où son avocat (qui deviendra son mari) raconte leur histoire aux jurés. De mises en abime en mises en abime, le film se perd dans une forme pompeuse et tire-larmes qui voudrait forcer le spectateur à adorer tout à la fois le cinéma, la femme à l'écran, l'amour et l'humanité.
C'est une déroute quasi-totale. Les acteurs ne sont pas convaincants, leurs personnages et leurs répliques sont plats, l'emphase étouffe toute possibilité d'émotion et agace franchement à la fin du film, les bons sentiments dégoulinent et gâchent toute la crédibilité d'une histoire-somme dans laquelle le réalisateur n'a pas su choisir ce qu'il voulait dire ou montrer.
Mais le plus grave reste le raccourci que Lelouch utilise à répétition comme pour relier des morceaux de films qui n'ont rien à faire ensemble. Ainsi, voulant parler de l'humiliation subie par les collabos à la Libération, le cinéaste français ne se donne pas la peine d'un film entier comme l'avait fait Paul Verhoeven dans Black Book. Il traite le sujet avec autant de rapidité que de bêtise, faisant dire au soldat américain témoin de l'attitude honteuse d'une foule vengeresse : "c'est encore pire que la guerre." Encore pire que la guerre? L'humiliation des français ayant soutenu les allemands comparée à la déshumanisation des camps de concentration, à la folie massive et parfaitement calculée des nazis?
Les comparaisons scandaleuses continuent un peu plus loin : lors de son plaidoyer, l'avocat, sorti des camps de concentration, dit qu'il comprend la honte de sa cliente d'avoir aimé un nazi car lui-même a ressenti la même chose, la honte donc, quand il a survécu à l'holocauste grâce à ses talents de pianistes tandis que tant d'autres juifs qui n'avaient pas ce don périssaient autour de lui. Lelouch a-t-il bien conscience qu'il compare ce que ressent un homme enfermé dans les camps et qui doit tout sacrifier pour survivre dans des conditions abominables, et ce que ressent une jeune femme amoureuse d'un gradé Nazi, choisissant de l'aimer, et culpabilisant (peut-être) de trahir ainsi son pays? Nous sommes tous des êtres humains semble dire le réalisateur de Un Homme et une femme, mais il en profite pour tenter de nous faire croire que toutes les attitudes se valent, qu'il n'y a pas de bon et de mauvais camp, que le principal est de vivre et que les idées ont peu d'importance. On est d'accord avec lui pour dire que tout être humain peut se tromper, surtout par amour, et qu'on peut faire les mauvais choix et se rattraper ensuite. Mais Lelouch, contre toute attente, d'autant plus qu'il parle de la seconde guerre mondiale, soutient qu'il n'y a pas de mauvais choix et fait du personnage d'Ilva, pourtant fort antipathique du début à la fin, inconsciente, inconséquente, irresponsable, une héroïne de l'amour.
Sauf qu'elle sacrifie tous ses amours et toutes ses idées à d'autres amours, emportée par le vent puissant de l'indifférence, celle-là même à qui l'on doit tant de dénonciations, de morts et d'horreurs.
Claude Lelouch pousse le vice jusqu'à faire chanter à son rescapé des camps Les deux oncles de George Brassens, qui dit en substance qu'il est idiot de se battre pour des idées car celles-ci ne sont que passagères. "De vos épurations, vos collaborations, vos abominations et vos désolations, de vos plats de choucroute et vos tasses de thé, tout le monde s'en fiche à l'unanimité." Bref, la chanson prône l'indifférence en se moquant de ceux qui ont pris partie pour des causes qui n'existent plus. Comme s'il avait été pareil d'avoir soutenu les nazis ou la résistance, et qu'il avait encore mieux fallu ne soutenir personne (attitude égocentrique responsable de la Shoah et de tant d'autres maux). "Tout le monde s'en fiche à l'unanimité"? Ces amours-là prouve bien que non puisque Lelouch lui-même prend la peine d'y revenir. Alors pourquoi nous faire croire qu'il est pareil d'aimer un nazi et un soldat américain, un tueur et un rescapé juif de la Shoah? Ce sont toujours des hommes, nous dit le cinéaste. Certes, mais leurs choix les ont rendu différents l'un de l'autre. Ce sont des hommes, mais l'un soutient l'horreur et l'autre la combat. Et c'est dans ce choix que réside le destin de l'humanité.
Claude Lelouch aborde des sujets graves avec une désinvolture qui tourne à l'irresponsabilité la plus totale. Il sacrifie tout, les idées, les idéaux, les mémoires, à son marshmallow mélodramatique, à son amour de cinéma comme il aime tant à le répéter. Sauf qu'aimer le cinéma, c'est prendre conscience de la responsabilité qu'on a quand on réalise un film. Non monsieur Lelouch, vous vous trompez, l'amour ne justifie pas tout. Votre personnage, Ilva, et vous-mêmes, vous restez responsables de vos actes et de vos films, même si vous les faites par amour. Ces amours-là mélange tout, confond tout, compare l'incomparable et construit avec le XXème siècle une bouillie informe dépecée de tout son sens. Le film, par l'évidence avec laquelle il utilise les raccourcis au service d'une démonstration idiote dans laquelle l'amour est le bouc-émissaire total qui justifie tout, est même dangereux, scandaleux.
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2 commentaire(s)
Pas d'accord avec la critique. J'ai trouvé le film génial, ça part dans tous les sens mais c'est ça qui est fantastique, c'est comme un tableau impressionniste... C'est un fil d'anecdotes savoureuses et d'histoires fantastiques. Sans doute faut-il être ouvert à ce genre d'univers pour adhérer, cela a été mon cas. Et l'interprétation de certains comédiens est exceptionnelle: Samuel Labarthe, grand acteur de théâtre, ici à l'écran, est sublimé, Dominique Pinon est comme toujours extraordinaire, et surprise! Le chanteur Raphaël qui prend ici les habits de comédien, est très très bien. Je sais que les critiques ont beaucoup craché sur ce film quasi autobiographique de Lelouch en le traitant de nombriliste, mais moi j'ai aimé, et mes amis et ma famille que j'ai convaincus d'aller voir ce film aussi, à l'unanimité!
par Ronan, le 2010-10-06 23:39:00
Tant mieux si tu as pu adhérer à l'ambiance du film. Par contre, il reste des amalgames vraiment problématiques un peu partout ce film...
par Ted, le 2010-10-07 16:53:00
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