Simon Werner a disparu...

le 07/10/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Premier film qui avait pas mal fait parler de lui à Cannes (dans la section "Un Certain Regard"), Simon Werner a disparu... est pour l'instant un relatif échec en salles. Dommage car le film, s'il joue avec les attentes du spectateur et n'hésite pas à les frustrer, vaut vraiment le coup d'oeil. Note : 7/10

Simon Werner a disparu...

Simon Werner a disparu..., France, 2009, 1h33
Thriller de Fabrice Gobert
Avec Ana Girardot, Jules Pelissier, Esteban Carvajal Alegria, Laurent Delbecque, Serge Riaboukine, Audrey Bastien

Sorti le 22 septembre 2009

Note : 7/10


Synopsis

Mars 1992 dans une petite ville de la région parisienne.
Lors d'une soirée bien arrosée, des adolescents découvrent dans la forêt un corps apparemment sans vie, enfoui dans les broussailles.
Quinze jours plus tôt.
Au lycée Léon Blum, un élève de Terminale C, Simon Werner manque à l'appel. Des traces de son sang sont retrouvées dans une salle de classe. Fugue, enlèvement, suicide, meurtre ? Toutes les hypothèses sont envisagées par ses camarades.
Quelques jours plus tard, une élève de la même classe est notée absente sans que ses parents sachent où elle est. Une jeune fille apparemment sans histoire et sans lien direct avec Simon.
Le lendemain, un troisième élève, toujours de la même classe, disparaît à son tour...

 

 

Critique 

Simon Werner a disparu... est un film sur lequel plane une étrangeté familière, idéale pour retranscrire le mystère de trois disparitions au sein du quotidien d'une classe de terminale quelconque. L'étrangeté, c'est la lumière subtilement esthétisante, la superbe bande sonore signée Sonic Youth (mais agrémentée d'autres morceaux bienvenus comme le Tostaky de Noir Désir), la narration qui fait penser à l'Elephant de Gus Van Sant : plusieurs points de vue, le prénom de quatre jeunes et leur compréhension des événements, des actions identiques racontées plusieurs fois suivant la vision qu'en a l'un ou l'autre des personnages, la chronologie qui se répète, comme un éternel recommencement. Ici, le procédé est cependant plus systématique que dans la palme d'or de Van Sant : le film se divise en quatre parties distinctes et pourtant identiques. Et puis il y a la temporalité brouillée : ça pourrait être aujourd'hui mais l'absence d'Internet et de téléphone portable tout comme les références musicales situent l'histoire au début des années 90. L'époque est alors très, trop définie, jusqu'à ce qu'un flou nous envahisse : Simon Werner est intemporel, un souvenir d'on ne sait plus quand qui se répète encore et encore, différemment pour chacun des personnages, qui se réinvente à chaque nouvelle lecture.

De tout cela émerge une inquiétude : celle, littérale, des lycéens, se demandant pourquoi leurs camarades disparaissent. Celle des histoires qu'on s'invente, qu'on se crée, le spectateur le premier. L'écart est grand entre ce que le film évoque de mystère et ce qu'il montre vraiment, des discussions adolescentes d'un naturel bluffant, des petites histoires de récré et d'amour formidablement bien saisies par le réalisateur. Le film est alors très vrai, trop vrai, l'inquiétude sourde augmente encore.

On découvre, petit à petit, à travers la banalité du quotidien de ces héros de l'ordinaire, leur vie de tous les jours, et on saisit au fur et à mesure des éléments pour mieux résoudre l'affaire. Mais ce thriller n'en est pas un. L'intrigue nous file constamment entre les doigts et on finit par se faire avoir. Le dénouement est décevant, comme la réalité. Simon Werner a disparu... parle des histoires qu'on s'invente. Les nôtres et celles des autres. La vie qu'on rêve pour soi et qu'on fantasme pour ses amis, mais aussi pour les inconnus, ceux qui font partie de notre vie, dont on ne sait rien et dont les vides sont remplis par notre imagination toujours à l'affut.

Rohmer, dans ses premiers contes moraux, s'amusait à se moquer du point de vue du héros-narrateur. Celui-ci emportait le spectateur dans ses certitudes qui s'écroulaient toutes à la fin. Le premier film de Fabrice Gobert s'amuse lui aussi avec le caractère nécessairement partiel des points de vue et l'évidente partialité des opinions qui en résultent. Si l'explication tant attendue paraît assez faible, c'est que la réalité ressemble le plus souvent à ça. Dans la vie, on se fait des films comme on dit. La force de Fabrice Gobert, c'est de faire, a contrario, du vrai dans son film. Tant pis pour le spectateur qui risque de passer à côté de l'intelligence du scénario, coincé dans les fausses pistes concoctées exprès pour lui par le réalisateur.

Simon Werner a disparu... Des points de suspension jusque dans le titre du film, et on entre dans l'imagination des personnages et du spectateur. Fabrice Gobert joue avec les fantasmes pour les faire retomber plus brusquement encore dans la simple réalité, plate et magique.

 

CineQuaNon vous a fait découvrir Simon Werner a disparu...
 Retrouvez CQN par ici

 

 Retrouvez les autres critiques sur ce film:
   -  Critique de PH pour CineQuaNon 



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