Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
le 18/10/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il y a 3 commentaires. Réagissez vous aussi !Après un bref retour à New York pour Whatever Works et avant son opus parisien (enfin!), Midnight in Paris, Woody Allen revient à Londres, sur les lieux de Match Point, son dernier chef d'oeuvre. Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu ne peut sans doute pas rivaliser avec cette dernière oeuvre mais sous ses airs de film mineur, il reprend les principales obsessions d'un réalisateur de 75 ans qui n'a aucune envie de voir le bout du chemin. Note : 6/10
USA et Royaume-Uni, Comédie, 1h38, 2010
Réalisé par Woody Allen
Avec Naomi Watts, Antonio Banderas, Josh Brolin, Anthony Hopkins, Gemma Jones, Freida Pinto
Titre original : You will meet a tall dark stranger
Sorti le 06 octobre 2010
Note : 6/10
Synopsis
Tout commence une nuit, lorsqu'Alfie se réveille, paniqué à l'idée qu'il ne lui reste plus que quelques précieuses années à vivre. Cédant à l'appel du démon de midi, il met abruptement fin à quarante années de mariage en abandonnant sa femme Helena. Après une tentative de suicide et une analyse vite arrêtée, celle-ci trouve un réconfort inattendu auprès d'une voyante, Cristal, qui lui prédit une histoire d'amour avec un "grand inconnu tout de noir vêtu"...
Critique
Ce film reprend deux thèmes chers aux dernières oeuvres de Woody Allen : d'une part, la peur de mourir car ensuite, il n'y a rien (et la difficulté de vivre en acceptant cette échéance, surtout quand on est vieux), et d'autre part, le hasard qui fait de l'existence une simple farce. Woody Allen discrédite ainsi la vie comme la mort, toutes deux envahies par l'absurdité : la mort est un néant affreux, mais on ne peut même pas se réfugier dans la vie, ironique car totalement insensée.
Woody préfère en rire qu'en pleurer même si on sent l'ombre de la gravité partout peser sur son film. Donc deux thématiques fétiches du cinéma allenien de ces dernières années. Par son refus-panique de la mort et de la vieillesse qui l'annonce, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu rappelle Whatever works dans lequel, de la même manière, un vieil intellectuel essayait de vivre une seconde jeunesse avec une jeune et jolie femme, jeunesse forcément condamnée à l'échec. On ne lutte pas contre le temps qui passe.
Par le hasard qui guide nos vies et peut les retourner comme des crêpes, le dernier film de Woody Allen rappelle la trilogie londonienne (ce film-ci a lui-même été tourné à Londres) et notamment Match Point et Le rêve de Cassandre. Ainsi, une opportunité inespérée se transforme en énorme menace par le jeu d'un hasard hors de contrôle, aussi bien pour l'écrivain en panne d'inspiration que pour son ex-femme qui a besoin de l'argent de sa mère : leurs vies à tous deux semblent être relancées, et pourtant tout va inéluctablement s'effondrer pour des raisons inattendues et absurdes.
Mais Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu est aussi traversé par une interrogation qui n'avait jamais été si présente dans les films du réalisateur new-yorkais : l'importance de la vérité. C'est le point de départ du scénario : Helena dit qu'Alfie l'a quittée car il ne pouvait pas supporter qu'elle lui dise la vérité, notamment sur son âge. A partir de là, chaque personnage va vivre dans une illusion : Helena en croyant toutes les prédictions d'une voyante, Alfie en se fabriquant une passion forcément mensongère, leur fille Sally (impeccable Naomi Watts) en imaginant un amour digne du dernier film de Xavier Dolan, son mari Roy en se créant un roman qu'il n'a jamais écrit.
Sally encourage les mensonges d'Helena, car après tout, si elle est heureuse avec... "whatever works", comme nous aurait dit Woody il y a quelques temps. Partisan de l'absurde total, le réalisateur semble ne pas considérer le problème éthique de la vérité et du mensonge. Mais même en restant pragmatique, chacun voit son illusion exploser et son malheur croître. Sauf Sally, mais son illusion à elle, d'une certaine façon la plus terrible, fait le malheur de ses proches. La communication entre les êtres n'est sans doute possible que si on accepte la vérité. Et ce qui fait de l'existence une longue absurdité, c'est peut-être justement ce mensonge qu'on met au coeur de toutes nos actions, de toutes nos relations, cherchant à tort le bonheur plutôt que le vrai et nous laissant piéger par des vies qui ne veulent plus rien dire.
Sous ses aspects de film mineur et très classique dans la mythologie allenienne, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (le titre même semble vouloir imposer une vérité qui ne peut être qu'un mensonge) explore encore et toujours de nouvelles contrées. Woody est ici un peu moins drôle mais il a encore des choses à dire.
Pourtant, rien ne se résout et tout reste en suspens (la galerie de Sally, le livre de Roy, le couple de Alfie). Comme si Woody Allen se désintéressait finalement de son histoire et l'abandonnait au milieu. C'est un peu dommage, le film laisse un fort goût d'inachevé. Mais c'est aussi comme si Woody Allen n'avait plus le fin mot de l'histoire. Comme s'il ne voulait plus se projeter jusque là. La fin est cruellement bien trop proche.
CineQuaNon vous a fait découvrir Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen
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3 commentaire(s)
Whaou 6/10 !
On a pas du voir le même film.
Ce film n'est pas un film, c'est un début de film, une multitude d'amorces jamais exploitées, une succession d'espoirs déçus!
Une heure trente pour un film, c'est correct. Pour un début de film, c'est à en perdre la tête.
Aucune finesse, un assemblage de lourdeurs et d'effets comiques ratés.
La seule réussite de "Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu", c'est son affiche. En effet, en elle réside du grand art marketing, grâce au casting de prestige et à sa renommée Woody Allen réussit à attirer le spectateur dans la salle.
Mais dans quel but? Le message du film? Non il le dévoile d'entrée et le reprend en clôture de façon bien peu subtil...
Il semblerait que le seul attrait du film soit d'allonger la filmographie du réalisateur.
Woody Allen le dit lui même, il a plein d'idées en tête, et, dès qu'il en a réalisée une, il ne s'y intéresse plus pour se consacrer pleinement à la nouvelle. Je veux bien croire qu'il se soit désintéressé de cette "œuvre", si on ose la qualifier ainsi, rapidement, tellement rapidement qu'il a oublié de la traiter correctement.
Bref, Woody nous a pondu son film annuel, et comme cela lui arrive régulièrement, ce n'est pas un chef d'œuvre, loin de là. Heureusement qu'il est parfois traversé d'un éclair de génie qui nous permet de nous réconcilier avec lui.
par damien, le 2010-10-18 20:55:00
Je suis d'accord, Woody ne va pas au bout de son film, mais même si ça peut passer pour de la nonchalance, le fait qu'il se désintéresse de ses personnages et les laisse au milieu du chemin me semble intéressant en soi. Ça cadre tout à fait avec l'absurdité de la vie que veut montrer le film. Au bout de l'histoire, il n'y a rien, pas de résolution, simplement des histoires qui continuent leur route sans but, sans sens, sans finalité.
Quant aux espoirs déçus, c'est justement ce que veut le réalisateur je pense : frustrer ses spectateurs pour mieux montrer la frustration de ses personnages. Rien ne se passe comme on le voudrait.
par Ted, le 2010-10-19 12:29:00
J'aurais tendance à être d'accord, si il l'avait traité autrement. Ce que l'on aime chez Woody Allen c'est sa subtilité. Or dans ce film, il énonce sa vision des absurdités de la vie dès le début, pour l'illustrer, il enchaine les clichés, et rebalance sa réflexion en clôture (comme je l'ai déjà dit). Le film sans perdre le message aurait très bien pu l'imager de façon à ce que le spectateur le saisisse sans pour autant aligner les lourdeurs. Ce film, qui à tout pour lui, aurait très bien pu grâce à la délicatesse de son réalisateur, captiver le spectateur et l'émouvoir. Un spectateur attentif me parait plus apte à s'intéresser et comprendre le film, qu'une personne qui s'en lasse. Après si tel était le désire de Woody Allen, son idée est saluable, mais pas salutaire.
par damien, le 2010-10-19 22:41:00
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