Biutiful
le 27/10/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Le cinéaste mexicain le plus prometteur de la dernière décennie, Alejandro Gonzalez Inarritu, livre son quatrième film après Amours chiennes, 21 grammes et Babel, le premier qui n'est pas scénarisé par Guillermo Arriaga. Exit donc les narrations puzzles qui avaient assuré le succès des précédents opus. Au contraire, la fascination de Inarritu pour la misère humaine est bel et bien là. Jusqu'à l'écœurement. Note : 3/10
Biutiful, Espagne et Mexique, 2010, 2h18
Drame fantastique de Alejandro González Inárritu
Avec Javier Bardem, Maricel Álvarez, Eduard Fernàndez
Sorti le 20 octobre 2010
Note : 3/10
Synopsis
C'est l'histoire d'un homme en chute libre. Sensible aux esprits, Uxbal, père de deux enfants, sent que la mort rôde. Confronté à un quotidien corrompu et à un destin contraire, il se bat pour pardonner, pour aimer, pour toujours...
Critique
Le palmarès de Cannes 2010 continue de se dévoiler et une conclusion s'impose : le jury de Tim Burton était étrangement habité par l'idée de la mort quand il a décerné ses récompenses. Une fois encore, après Oncle Boonmee, Des hommes et des dieux et Un homme qui crie, Biutiful s'interroge sur la meilleure manière, au cours de sa vie, de préparer sa mort. Les personnages de tous ces films, emprunts d'une spiritualité mi-inquiète, mi-optimiste, croient à quelque chose au-delà, une réincarnation, un passage, un ciel, un paradis. Quelque chose, forcément.
Et les hommes essaient de mettre leur vie en place, de la ranger du mieux qu'ils peuvent avant l'échéance finale. A ce titre, c'est avec Oncle Boonmee que Biutiful partage le plus : leur incursion dans le fantastique donne une réalité et même un corps à cet au-delà. Malgré les convictions de leurs personnages, Xavier Beauvois ne dit pas ce que deviendront les prêtres après leur mort, pas plus que Mahamat Saleh-Haroun ne se prononce sur le destin de ses hommes à lui. Weerasethakul et Inarritu, au contraire, résolvent en partie le mystère de l'existence et s'ingénient à mélanger le monde des morts et celui des vivants avec un naturel déconcertant.
Le cinéaste mexicain est cependant moins ésotérique et son récit d'un homme qui sait qu'il va mourir d'une maladie incurable s'inscrit dans une réalité sociale désespérée, dans un Barcelone d'aujourd'hui très lointain de l'image de carte postale qu'en donnait Woody Allen dans Vicky Cristina Barcelona : ici, on ne voit presque jamais le soleil, les sans-papiers luttent entre la police qui les recherche et ceux qui les exploitent, les enfants entre leur envie de vivre et leur culpabilité d'avoir une mère magnaco-dépressive.
Pourtant, à force d'explorer la misère et d'étouffer ses personnages dans un lourd nuages d'injustices, Inarritu finit par faire un film bien trop misérabiliste. Cette tendance, qu'on sentait déjà clairement dans 21 grammes et dans Babel, ne faisait qu'élever le propos et la densité de ces deux derniers opus. Dans Biutiful, plus rien n'est crédible. Trop, c'est trop : entre le père républicain disparu au Mexique, la femme instable et violente (qui se tape le frère, qui plus est), les immigrés illégaux noirs qui se font chopper par la police, les asiatiques et la catastrophe dont ils sont victimes, le cancer qui ronge un Javier Bardem pourtant vaillant et les morts qui l'assaillent de tout côté, le film finit par s'affaisser sur lui-même, trop lourd pour trouver un quelconque propos.
Enfin si, il y a bien un propos, évident et mal illustré : la vie est belle, malgré tout ça. On préférait American Beauty, qui n'avait pas besoin de plonger dans l'exagération glauque pour rappeler cette beauté. L'image, sombre et floue, la musique, qui lorgne du côté du film d'épouvante, accentuent encore l'aspect artificiel et terrible d'un scénario auquel on n'a laissé aucune chance de respirer. Quand Inarritu nous dit que malgré toutes ces misères incommensurables, la vie est "biutiful", on a envie de rire : c'est beaucoup trop complaisant et ça manque cruellement de subtilité. On voyait dès le début où le film voulait en venir et le parcours de croix qu'il nous propose est plus agaçant qu'attendrissant.
Il faut pourtant souligner quelques images qui sauvent le film de l'anonymat, notamment ces nouveaux morts qui hantent les plafonds. Biutiful aurait pu longtemps hanter le spectateur. Au lieu de ça, Inarritu en a fait quelque chose d'assommant et de relativement vide.
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- Critique de PH pour CineQuaNon
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