Rubber
le 28/11/2010 - par Ted pour CQN Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !On en avait beaucoup parlé à Cannes, alors que le film était passé en séance spéciale à la Semaine de la Critique. Rubber, le nouveau film de Quentin Dupieux, racontait l'histoire d'un pneu serial-killer. Voilà qui ne manquait pas d'alimenter la curiosité, surtout que le précédent opus du réalisateur, Steak, avait déjà divisé les spectateurs en deux catégories : ceux qui avaient adoré et ceux qui avaient détesté. Rubber connaîtra sans aucun doute le même destin. Moi, j'adore. Note : 8/10
Rubber, France, 2010, 1h25
Comédie d'épouvante de Quentin Dupieux
Avec Stephen Spinella, Roxane Mesquida, Jack Plotnick, Wings Hauser
Sorti le 10 novembre 2010
Note : 8/10
Synopsis
Dans le désert californien, des spectateurs incrédules assistent aux aventures d'un pneu tueur et télépathe, mystérieusement attiré par une jolie jeune fille. Une enquête commence.
Critique
Rubber est un film radical qui cultive le nonsense à mi-chemin entre Bunuel et la série B. Un hommage au "no reason", nous explique le début du film, magistralement décalé, qui introduit une intelligente mise en abîme du regard. Qui sommes-nous, nous, spectateurs assis dans notre salle de cinéma? Les spectateurs des aventures (forcément fausses) du pneu serial killer, au même titre que la foule des spectateurs venus assister au film dans le film, les jumelles à la main, en plein désert américain? Ou bien sommes-nous spectateurs de ces spectateurs-personnages, déjà spectacles pour nous, comme le pneu est spectacle pour eux?
Et alors, si chaque spectateur est déjà un spectacle, de qui sommes-nous le spectacle? On pense forcément à la télé-réalité, pour laquelle des individus lambdas et leurs comportements, tout à fait banaux, deviennent source de spectacle.
Dans Rubber, le spectateur est bête, animal, inintéressant, passif. Cette passivité et sa gloutonnerie, son insatiable appétit de spectaculaire, le condamnent. Mais les personnages ne valent pas mieux : ils ne sont là que pour empoisonner les spectateurs, ils jouent leur numéro à contre-coeur et ne sont même pas au courant qu'ils sont les dindons de la farce (au sens propre). La frontière entre spectacle et spectateur a disparu, le faux doit paraître vrai (et tout le monde oublie qu'il est faux), le vrai doit être mis en scène et répondre aux exigences des spectateurs, transformés en tyrans qu'on empoisonne. Le spectateur est roi, tout est fait pour sa satisfaction, et pourtant le spectacle ne peut que le tuer. Logique absurde du monde des médias : il faut attirer à tout prix le public, quitte à lui nuire (et plus on lui nuit, plus il devient idiot, plus on l'attire).
De toute cette humanité méprisable que représente Quentin Dupieux, il n'y a qu'un être à sauver : le pneu. Il est le seul à avoir une personnalité et gageons que c'est son dégoût des hommes qui l'a rendu serial killer.
A ce titre, le film est une réussite parfaite : le pneu est tout à fait crédible, plus aimable que tous les autres personnages, plus émouvant sans aucun doute. Les images sont de toute beauté, les cadres créés par le pneu qui découpe le paysage sont souvent magnifiques. Dupieux trouve un tas d'idées visuelles très motivantes, la voiture qui renverse les chaises au début du film en est une.
Si le film est vraiment drôle, il est loin d'avoir si peu de sens que veut bien le faire croire le policier, personnage tout de suite discrédité et représentant d'un monde sans âme où ne pas chercher de raison permet de ne pas réfléchir, de se laisser porter, passivement, bêtement, jusqu'à ce que de l'humanité il ne reste plus que des pneus.
Rubber est donc un film gonflé, une oeuvre d'art surréaliste, un manifeste pour que l'absurde ait du sens (et contre la banalité qui n'en a pas), son seul défaut est d'être souvent trop long et d'ennuyer de temps en temps.
Notons l'une des meilleures répliques de cinéma en 2010, qui transcende toute la sélection cannoise de l'année (et notamment les films primés) : "Il s'est réincarné en tricycle!!"
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