Monsters
le 12/12/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Monsters est un film hors-norme. Tourné avec 200 000 £ en tout et pour tout, le film britannique arrive à rester parfaitement crédible malgré son scénario SF à tendance post-apocalyptique. Mieux que ça, le film a obtenu de nombreux prix et certains le qualifient déjà de culte. Pourtant, Monsters peut paraître assez plat, peu spectaculaire. C'est justement dans cette veine naturaliste qu'il trouve sa spécificité. Note : 5/10
Monsters, Royaume-Uni, 2010, 1h33
Film de science-fiction de Gareth Edwards
Avec Whitney Able et Scoot McNairy
Sorti le 1er décembre 2010
Note : 5/10
Synopsis
Une sonde de la NASA s'écrase dans la jungle mexicaine, libérant sur terre des particules d'une forme de vie extra-terrestre. Six ans plus tard, le Mexique et le Costa-Rica sont devenus des zones de guerre désertées par les populations locales, mises en quarantaine et peuplées de créatures monstrueuses. Un photographe est chargé d'escorter une jeune femme à travers cette zone dévastée. Seuls sur la route, ils vont tenter de rejoindre la frontière américaine...
Critique
Monsters est un film de SF hors norme, d'une sobriété étonnante. Imaginons un monde où des extra-terrestres ont envahi une zone de la Terre. Cette zone est infectée, les populations qui y restent sont isolées et soumises à un danger constant. Quelle serait la vie quotidienne dans ces conditions? Ici, les protagonistes sont habitués à la situation, et comme dans des pays instables comme l'Irak, ils y vivent malgré tout, lassés de l'horreur, pensent à autre chose, aiment, essaient de gagner de l'argent, s'endorment tranquillement malgré les bombardements incessants tout autour d'eux.
Monsters est fait d'une authenticité saisissante que certains pourront voir comme un manque de spectaculaire, voire de spectacle. Effectivement, l'histoire est plutôt banale et mis à part deux scènes spécifiques, l'horreur est toujours hors champ, quelque chose qui peut surgir à tout moment mais qui ne surgit presque jamais. La science-fiction est plus le cadre contextuel du film que ce qu'il nous montre réellement. Au lieu de ça, Monsters se plaît à suivre sobrement un couple confronté à des problèmes existentiels classiques, presque ennuyeux.
Le talent de Gareth Edwards, c'est de laisser planer la tension en montrant bien peu. Il ne s'inquiète pas de son spectateur qui voudrait du sang, de l'adrénaline, des rebondissements, ou tout du moins un message politique. Il poursuit sa quête de vérité brute et parfois pâle : il montre la vie quotidienne dans sa plus stricte banalité, dans un futur pourtant envahi de monstres venus des étoiles. Ainsi, Monsters est filmé comme un reportage, la caméra est à l'épaule, on dirait qu'un journaliste accompagne le couple dans leur road trip et que le résultat est un carnet de voyage plutôt qu'une fiction.
Deux messages sont quand même assénés subtilement. Les murs de protection entre les états ne peuvent servir à rien et sont profondément injustes. Le mur entre le Mexique et les USA bien entendu, qui n'a pas attendu les extra-terrestres pour être érigé, mais aussi le mur en Israël ou celui, psychologique, qui sépare les deux Corée. Deuxième propos, lié au premier, la démarche sécuritaire est souvent une erreur : elle se base sur la répression plutôt que sur la compréhension et les populations civiles sont les premières victimes (avec la question typique : qui donc sont les monstres ici?). Le ballet des deux extra-terrestres, point d'orgue du film, dévoile les richesses cachées derrière ce qui nous paraît d'abord menaçant et que nous essayons de détruire. La rencontre visuelle entre le couple d'humains et celui des ET rappelle forcément la rencontre d'Abyss. Alors, grâce à la sobriété globale qui l'enveloppe, le film arrive à saisir l'émotion des personnages.
La fin du film n'est pas si apaisée qu'elle en a l'air : le danger guette continuellement dans Monsters et la beauté de la double rencontre amoureuse (extra-terrestre puis humaine) n'altère pas la menace que représentent les créatures. La référence discrète au début du film renverse forcément les perspectives des personnages.
On regrette certes le manque d'originalité et de punch de cette histoire d'amour et de l'argument SF qui ne va pas beaucoup plus loin que : des ET sont sur la Terre et nous menacent. Le film avance doucement sans jamais emporter le spectateur dans le voyage surprenant ou terrifiant que peut être un film de science-fiction. Et pourtant, c'est peut-être la proximité de ce que montre Monsters avec ce qui existe déjà, avec les pays dévastés par la guerre, qui lui donne sa singularité. En se présentant comme un documentaire sobre sur un futur possible, Monsters peut paraître fade. C'est pourtant ce qui donne sa véritable dimension au film : un jour passé au milieu d'une catastrophe devenue habituelle est finalement un jour comme un autre.
CineQuaNon vous a fait (re) découvrir Monsters de Gareth Edwards Retrouvez CQN par ici
0 commentaire(s)
Ecrire un commentaire
En validant, j'accepte les conditions générales d'utilisation du site.
vers Mag'

