Incendies
le 29/01/2011 - par Ted Il y a 2 commentaires. Réagissez vous aussi !Denis Villeneuve en est à son quatrième film et pourtant, malgré de nombreux prix, sa notoriété n'avait pas encore dépassé les frontières du Canada. En étant nominé pour l'oscar du meilleur film étranger, Incendies répare cette erreur et représente l'une des meilleures chances francophones de la grand-messe américaine du cinéma. Et Incendies mérite l'oscar : c'est un thriller passionnant de bout en bout, tendu jusqu'à l'explosion. Note : 8/10
Canada, Drame, 2h03, 2009
Réalisé par Denis Villeneuve
Avec Rémy Girard, Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette
Sorti le 12 janvier 2011
Note : 8/10
Synopsis
A la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon Marwan se voient remettre deux enveloppes : l'une destinée à un père qu'ils croyaient mort et l‘autre à un frère dont ils ignoraient l'existence.
Jeanne voit dans cet énigmatique legs la clé du silence de sa mère, enfermée dans un mutisme inexpliqué les dernières semaines précédant sa mort. Elle décide immédiatement de partir au Moyen Orient exhumer le passé de cette famille dont elle ne sait presque rien...
Simon, lui, n'a que faire des caprices posthumes de cette mère qui s'est toujours montrée distante. Mais son amour pour sa sœur jumelle le poussera bientôt à rejoindre Jeanne et à sillonner avec elle le pays de leurs ancêtres sur la piste d'une mère bien loin de celle qu'ils ont connue.
Critique
Incendies est un thriller individuel autant que politique, extrêmement tendu (avec la musique superbe de Radiohead), toujours sur le fil du rasoir, jusqu'à ce que tout craque dans une explosion douloureuse.
Le montage alterné confronte deux réalités : le passé et le présent, l'orient et l'occident. Denis Villeneuve livre ainsi une double réflexion. La première est affaire d'individus, d'êtres humains. Il s'agit d'identité, de transmission et de mémoire. Alors que le frère veut simplement oublier, il devra, selon les dernières volontés de sa mère, suivre sa soeur dans son périple pour la vérité. On ne peut pas savoir qui on est si on ne cherche pas. Beaucoup de personnages essaient de dissuader Jeanne de continuer ses recherches : parfois, il faudrait mieux ne pas savoir.
Le film, convaincu du contraire tout comme son héroïne (la référence aux mathématiques pures n'est pas fortuite), est une traversée de la vérité, éprouvante, fascinante, parfois insupportable mais forcément salvatrice. Le personnage du notaire a ainsi son importance : il s'agit de se souvenir, de consigner l'histoire, de ne pas laisser les morts dans l'oubli, de suivre leurs volontés et de s'intéresser aux répercussions nécessaires du passé sur le présent. Si le notariat avait existé depuis la nuit des temps, peut-être les guerres y trouveraient-elles leurs résolutions. L'oubli n'engendre que l'injustice et la perte d'identité, donc la perte de soi.
La seconde réalité dont parle le film n'est pas une affaire individuelle mais bien au contraire une affaire collective, politique. Deux jeunes canadiens, purement occidentaux, se confrontent au drame du Moyen-Orient, à ses guerres sans fin, à des traditions qui excluent et à des conflits haineux.
Si Denis Villeneuve conserve dans son récit l'opposition entre musulmans et chrétiens et si tout fait beaucoup penser à la situation du Liban, aucun pays n'est cité. Le conflit dont il est question ressemble à tout un tas de conflit mais il reste théorique, il n'est jamais identifié clairement. Pourtant, il est bien question de Canada et de Moyen-Orient, mais rien ne sera plus précis dans cette région du monde. Ce choix à mi-parcours entre pays imaginaire et réalisme historique est passionnant : il permet de garder à l'écran la principale opposition géopolitique de notre époque, celle, forcément floue; entre l'occident judéo-chrétien et le monde arabo-musulman, et les guerres de religion sans fin qui animent le Moyen-Orient. Mais ce choix permet aussi de ne pas traiter un conflit plutôt qu'un autre et de réaliser ainsi un film purement politique qui emmêle, le long d'un scénario superbement ficelé, les fils de la guerre pour mieux en montrer la folie.
Ainsi, le destin de Nawal, dans lequel les amis d'un jour sont les ennemis d'un autre, et les ennemis jurés se révèlent être les personnes les plus proches de nous, est une parabole quasi-mythologique sur la haine et son absurdité.
Reste le thriller, prenant de bout en bout, qui réserve plusieurs grands moments de tension et surtout une émotion de cinéma comme on n'en ressent pas plus d'une par an. La tête nous tourne, nos mains deviennent moites, notre coeur bat plus vite. Un incendie s'ouvre en nous. C'est une sensation affreuse et merveilleuse. La magie du cinéma opère complètement.
2 commentaire(s)
tu as oublié de dire qu'il s'agit de l'adaptation de la superbe pièce du metteur en scène Wajdi Mouawad, sans ça pas de film..
par Amal, le 2011-01-31 18:17:00
Tout à fait :)
par Ted, le 2011-02-01 14:05:00
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