Même la pluie

le 20/02/2011 - par Ted Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Même la pluie est typiquement le genre de films qui, malgré des critiques mitigées, bénéficie d'un très bon bouche à oreille et constitue au final une bonne surprise au box-office. En effet, cette triple histoire qui mêle politique et romanesque a tout pour elle, même un script intelligent. Dommage que le film se dégonfle à la fin. Note : 5/10

Même la pluie

Espagne-Mexique-France, Drame, 1h43, 2010
Réalisé par Icíar Bollaín
Avec Gael García Bernal, Luis Tosar, Carlos Aduviri, Raúl Arévalo
Titre original : También la lluvia
Sorti le 05 janvier 2011

Note : 5/10


Synopsis

Sebastian, jeune réalisateur passionné et son producteur arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d'un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l'un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l'accès à l'eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d'un peuple démuni ; ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Ce combat pour la justice va bouleverser leur existence.

 

 

Critique

Les trois histoires entremêlées sont toutes intéressantes : il y a cinq siècles, les chrétiens débarquent en Amérique, colonisent les terres, exploitent et massacrent les indiens. Aujourd'hui, un jeune réalisateur idéaliste et un producteur dynamique, tous deux espagnols, débarquent en Bolivie pour tourner un film sur Christophe Colomb. Toujours aujourd'hui, toujours en Bolivie, les indiens Quechuas manifestent violemment contre le pouvoir en place qui a privatisé l'eau.

A cette lutte moderne, le film dans le film qu'essaient de tourner Sebastian et Costa apporte un contrepoint pertinent : en comparant les effets de la mondialisation, relativement peu remise en question, à ceux de la colonisation, reconnue aujourd'hui comme injuste, le film essaie d'ouvrir les yeux du spectateur. Privatiser l'eau, mondialiser en exploitant les populations les plus pauvres, ce n'est qu'une nouvelle forme de domination, de cruauté, voire d'esclavage.

Les spectateurs ne sont pas laissés seuls devant cette évidence. Sebastian et Costa sont là pour les relayer : on s'identifie forcément à l'un puis à l'autre. Deux hommes occidentaux qui, d'une part, veulent remuer les consciences occidentales grâce au film qu'ils essaient de tourner et qui deviennent, d'autre part, spectateurs d'un conflit moderne. La réalité qui les entoure rattrape alors la fiction qu'ils essaient de produire et la portée "actuelle" de leur film les dépasse complètement: ils étaient prêts à dénoncer un mal sur lequel il n'y a plus vraiment débat, mais pas à en tirer les leçons pour aujourd'hui.
Ainsi, la construction de l'intrigue de Même la pluie attaque la bonne conscience des personnages et celle des spectateurs, tous autant que nous sommes. Tous ces occidentaux qui se scandalisent devant les injustices de l'histoire et qui ne font rien pour celles qui les entourent, celles qu'ils pourraient combattre, celles qui pourraient remettre en cause leur bonheur quotidien. Le procédé est d'une rare intelligence.

Dommage alors que le film s'effondre doucement dans ses vingt dernières minutes, victime de sa démonstration, victime du même syndrome que Sebastian : la volonté de plaire, de réussir plus que celle de rester intègre. L'évolution des personnages est alors simpliste, plus utilitaire que réaliste. On tombe tranquillement dans le mélo là où il y avait pourtant tant à dire. On sort du film en ayant l'impression d'avoir vu une bonne histoire et on verse une petite larme. La fiction a repris ses droits et le spectateur, un moment remué dans son fauteuil, est finalement ménagé. Sa bonne conscience est préservée. Dans une situation extrême, pas de doutes, nous serions Costa, nous sauverions des vies. Ouf, nous avons évolué, les buchers ont disparu et les "chrétiens" sont capable de donner d'eux-mêmes pour les indiens. Le monde n'est pas si mal foutu finalement.

Le film oublie son propos en chemin : c'est, aujourd'hui comme hier, l'indifférence qui prévaut. Les indiens doivent encore se battre pour avoir le droit à l'eau courante. Et les occidentaux, même les intellectuels, même les artistes, sont d'accord pour dénoncer tout ce qu'il faut tant qu'ils ont, eux, l'eau courante, tant qu'ils rentrent chez eux le soir prendre un bon repas en famille. Le spectateur, après avoir vu Même la pluie, sera lui aussi d'accord pour tout dénoncer, tant qu'il retrouve son petit confort ensuite. Le film est tombé dans son propre piège et perd de vue l'essentiel au moment où l'intrigue historique et l'intrigue contemporaine se dissocient. Dans notre monde libéral, l'hypocrisie est partout. Et chacun se bat simplement pour soi.

 


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