Compte-rendu du 5e festival du cinéma asiatique de Deauville du 13 au 16 mars 2003.
Le festival du cinéma asiatique de Deauville, c'est un peu comme Cannes, les stars et les grands films en moins ! L'avantage c'est que la plupart des films étant d'auteurs inconnus, au plaisir de voir de bons films s?ajoute celui de la découverte. Il n?y a que des surprises en quelque sorte.
La meilleure surprise de cette cinquième édition, venait du Japon. Ce fut Doing time de Sai Yoichi. Le réalisateur y décrit l?univers carcéral qu?un auteur de manga fut amené à découvrir. Son parti est pour le moins original puisqu?il décide de le dépeindre comme un paradis. Un endroit où l?on mange comme au resto tous les jours, où l?on plie 300 paquets par jour dans une cellule isolée. Doing time est découpé en plusieurs épisodes : au boulot, le jour de l?an, séance de cinéma? Le film est hilarant tellement l?organisation de cette prison de rêve est absurde : le geste le plus banal (ramasser une gomme par exemple) se transforme en une série d?épreuves qui non seulement fatiguent mais ne responsabilisent plus du tout les détenus qui doivent se trouver complètement démunis à leur sortie de prison. Une organisation de la sorte n?est sans doute pas la solution idéale pour favoriser la réinsertion. Ce qui devrait pourtant être un des objectifs de l?incarcération !
Les autres très bonnes surprises venaient des trésors de la cinémathèque chinoise. The Valiant Ones, de King Hu, film d?arts martiaux (wuxiapian) à la maîtrise épatante. Deux films après il ne restait cependant pas grand-chose à part le vague souvenir d?avoir vu un film divertissant. Springtime in a small town de Fei Mu date de 1948. Lendemains de guerre, pays et c?urs brisés. Deux anciens amants se retrouvent mais la jeune fille est mariée. On assiste à une sorte de huis clos entre les sentiments essoufflés du mari malade, les sentiments naissants de la jeune s?ur et l?amour interdit des deux héros. « Comme tu veux » est ainsi la phrase clé du film? Mais le plus beau dans tout ça, c?est la traduction simultanée (une seule voix pour quatre personnages) qui n?a pas réussi à gâcher ou ridiculiser ce petit bijou de badinage dramatique. The Dawn, joli titre métaphorique (ndlr : c?est un festival tout en métaphore? mais on ne sait pas trop de quoi?) sur l?éveil d?un jeune homme à la notion d?injustice, où comment se rendre compte que 50 coups de bâtons, ça fait mal, surtout lorsqu?on est innocent?
La dernière bonne surprise s?intitulait Sholay. Imaginez un film d?aventure, qui se transformerait en comédie musicale, après avoir adopté tous les registres : du burlesque au mélodrame? Le film dure plus de trois heures, il date de 1976 et vient d?Inde. C?est semble-t-il un des chefs d??uvre de Bollywood projeté dans le cadre d?un hommage à Amitabh Bachchan, son acteur principal. A quand une sortie en salle pour enfin découvrir cette cinématographie et se débarrasser des préjugés qu?on peut avoir à son égard ?
La moins bonne surprise est évidemment venue du film qu?on attendait le plus : Hero de Zhang Yimou, palme d?or à Cannes en 1991 pour Epouses et concubines. « Chaque plan est une image en soi » a-t-on pu entendre sortir de la bouche d?une esthète comblée à la sortie du CID. Il est vrai que le film du plus célèbre des réalisateurs chinois donne l?impression d?être ce que les occidentaux attendent d?un film asiatique. Des images « esthétisantes » : comprenez des images qui se voudraient splendides (les feuilles qui deviennent progressivement rouges puis blanches! La photo est de Christopher Doyle, le chef opérateur de Wong Kar Waï?), des formules laconiques qui en un mot expriment de manière minimaliste une pensée complexe (pour paraphraser Kevin D. (E1, rock?n?roll star)), des passions qui vont jusqu?au sacrifice d?un des amants inséparables (le couple Maggie Cheung/ Tony Leung était, cela va sans dire, plus convaincant dans In the mood for love)? Il y a bien des images qui voudraient évoquer les grandes fresques épiques de Kurosawa (Kagemusha, Ran?), mais pendant Hero on pense plus aux troupes numérisées de L?attaque des clones ou du Seigneur des anneaux. On pense aussi aux scènes de combat que Matrix a pompé au cinéma de Hong-Kong : mais seulement au début car après ça devient vraiment n?importe quoi : les affrontements deviennent des danses sur l?eau où un petit doigt suffit à faire rebondir les combattants qui s?élèvent alors très haut au dessus de la surface aquatique. Ah oui on oubliait : non seulement les combats, malgré la présence de Jet Li, font penser à ceux des Chevaliers du zodiaque, mais la progression narrative évoque plus trois épisodes de la série du club Dorothée mis bout à bout que celle de Rashomon. Tout ça sans parler des essaims de flèches numériques qui obtiennent la palme du kitsch. Vos deux serviteurs se sont endormis lors de la projection de One night husband film thaïlandais de Pimpaka Towira. Ca commençait bien pourtant. La première séquence, quoiqu? alourdie par des bruitages pénibles, campait une atmosphère mystérieuse? Et puis après, impossible de savoir ce qui s?était passé. La prochaine fois on évitera l?enchaînement soleil de midi-salle obscure. Car Deauville, même en mars, c?est aussi la plage?
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14/11/2005
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