Les Nanars au cinéma
le 14/06/2004 - par Jack Il y a 1 commentaire, n'hésitez pas à réagir !Parce que le cinéma ne se réduit ni à un nombre d'entrées ni à des qualités objectives ou subjectives...
...parce que le cinéma a une visée à la fois universelle et pluri-passionnelle, parce qu'il faut que tout trouve sa place ici-bas, parce que sinon rien ne va plus, il me semble plus qu'indispensable de créer un festival du film bien particulier, puisqu'il serait celui des films malgré eux surnommés Nanars. Et d'abord, qu'est-ce qu'un film nanar ? Selon Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon il s'agit, en bref, de films ahurissants, involontairement hilarants du cinéma de série Z, ultra-fauchés, aujourd'hui tombés en désuétude. Soit. Je préférerais personnellement considérer cette production comme un avatar de l'évolution cinématographique, comme des dérapages incontrôlés, malheureux mais essentiels. Pendants risibles d'un art érigé en parangon esthétique par les foules, ces films nous ramènent sur la terre ferme, nous rappellent que le cinéma, comme toute autre forme d'art n'est pas gagné d'avance et peut commettre des erreurs, ou tout au moins, rater son objectif.
Qui mieux que les erreurs peut expliquer ce qu'est devenu le cinéma aujourd'hui ? Pourquoi Tavernier affirme-t-il que le film nanar est aujourd'hui mort et enterré ? Cela signifie-t-il que les réalisateurs aujourd'hui n'ont plus l'audace d'antan, et préfèrent se réfugier dans les pseudo-valeurs sûres que sont les acteurs adulés des masses et les thèmes redondants ? Mais l'erreur est plus qu'humaine : Lee Marvin, acteur pourtant réputé s'est provisoirement enterré en jouant Shack out on 101, John Carradine s'est ridiculisé dans Vampire men of the lost planet. Et ce, au même titre qu'Apollinaire avec Les exploits d'un jeune Dom Juan, certes peu essentiel pour comprendre son influence sur le surréalisme, mais fondamental pour cerner l'auteur.
Trois sous-thèmes émergent de cette sélection de films, qu'il est d'ailleurs tout à fait possible d'élargir :
*le premier est historique. A ce titre, des films comme Hitler, dead or alive et The girl in Kremlin sont exemplaires. Le premier narre l'histoire d'anciens prisonniers chargés d'enlever Hitler et qui, leur mission réussie, lui rasent la moustache si bien que, méconnaissable, le chancelier allemand se fait tuer par les siens. Le second (1959) est l'histoire de deux jumelles (jouées par la même actrice), l'une pro-américaine, l'autre pro-communiste qui tombe amoureuse de Staline, encore vivant et caché avec la moitié du trésor soviétique dans un monastère russe. Ces films à dominante historique ont ceci en commun que, basé sur une réalité indéniable, ils tentent de réécrire l'histoire, d'imaginer un autre passé à notre société.
*Le second thème est sociétal : Glen or Glenda, de Edward Wood Jr (dont nous reparlerons plus bas), questionne le travestisme sous l?angle comique : un homme a-t-il le droit de porter des chandails en mohair, ou encore Turnabout, de Roach, qui décrit l'interversion par un fakir des sexes dans un couple : que signifie alors le terme même de couple ?
*Enfin, le dernier axe se veut plus vaste. Fourre-tout pour les plus sceptiques, il donne véritablement un sens au thème en ce qu'il considère le nanar comme fondamental dans l'évolution du cinéma. En effet, peut-on aujourd'hui nier l'influence d'Edward Wood Jr. sur le cinéma de Tim Burton, qui lui a d'ailleurs consacré une biographie en images, Ed Wood. Ce même Edward Wood Jr qui a signé le film considéré comme le plus mauvais de tous les temps, à savoir Plan 0 from outer space, film pendant le tournage duquel Bela Lugosi, l'actrice principale, est morte, ce qui a obligé le réalisateur à la remplacer par une autre, 20 cm plus grande, obligée pendant la moitié du film de se cacher le visage avec son bras pour que le spectateur ne s'aperçoive pas de la différence. Ou encore un film comme The incredibly strange creatures who stopped living and became mixed up with zombies, filmé en hallucinogenic hypervision, et dont le réalisateur n'est même pas nommé dans le dictionnaire des réalisateurs de Jean Tulard (1000 pages ! Que du bonheur !). Sans même parler de The creeping terror, dont le commentaire permanent de l'action tout au long du film n'est certes pas sans rappeler les plus beaux chefs-d'oeuvre de Rohmer (bon, là c'est parce qu'ils avaient perdu la bande-son, mais ils ne l'ont pas fait exprès non plus).
Bref, pour ceux qui restent encore sceptiques, l'argument pécuniaire selon lequel les séances coûtent moins chers dans les petits cinémas coûtent moins que dans les grands a peut-être un rôle à jouer. Sinon, vous pouvez toujours aller voir Keanu Reeves recommencer pour la quinzième fois la même cascade, à savoir ouvrir une porte en tournant la poignée, et vous dire que le talent, paraît-il, c'est inné.
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1 commentaire(s)
Euh... Bela Lugosi était un homme, pas une femme, et le type qui l'a remplacé tenait son bras devant son visage pour tenir sa cape de vampire (et cacher aussi son visage bien sûr).
Le film de Wood Jr, c'est "Plan 9...", pas "Plan 0..;".
Citation : "Bref, pour ceux qui restent encore sceptiques, l'argument pécuniaire selon lequel les séances coûtent moins chers dans les petits cinémas coûtent moins que dans les grands a peut-être un rôle à jouer." : qu'est-ce que vous dites exactement, là? Moi, rien compris.
par JL Sauger, le 2006-01-20 20:37:00
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