La sorcellerie à travers les âges
le 10/12/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Voyage au pays de l’enfer dont on ne revient plus: sur les traces des sorcières…
Suède/Danemark, 1923, 87 minutes
Titre original : Häxan
Documentaire/film d'horreur, de Benjamin Christensen
Avec Elisabeth Christensen, Astrid Holm, Karen Winther...
Ce film que l'on pourrait de façon justifiée qualifier de « bizarre » ne ressemble en effet à aucun autre : on y a mêlé allégrement les faits et les fantasmes. Il est vrai que ses concurrents sont rares : les documentaires sur la sorcellerie datant des années 1920 et provenant des pays nordiques sont rares : voilà pourquoi il faut bien profiter du fait que celui-ci soit parvenu jusqu'à nous. Même à cette époque, la différence entre documentaire et fiction n'apparaissait pas clairement, comme c'est le cas pour Entre les murs à notre époque, par exemple. De sorte que ce film muet avec intertitres en danois sous-titrés en anglais, splendide et riche, couvrant toute l'histoire de la sorcellerie et du satanisme depuis la Perse antique jusqu'à nos jours oscille entre le report de faits historiques et de croyances reculées, le film d'horreur pur et simple avec des instruments faisant grincer pour s'imaginer le reste, et un film universitaire qu'aurait fait un jeune réalisateur pour se pratiquer à son futur métier. Les maladresses n'empêchent pas le film de réussir à capturer l'attention du spectateur du début à la fin, en lui montrant des choses qu'il ne voulait peut-être pas savoir...
Dès le début, Christensen, réalisateur visionnaire, a rappelé que les croyances en la sorcellerie sont aussi vieilles que l'humanité : dès que la population ne trouvait pas d'explication à un phénomène comme une maladie, elle accusait des mauvais esprits. Il nous montre ensuite la vision qu'avaient les Egyptiens du monde, et la description des Enfers avec un diable énergique bien déterminé à alimenter le feu. Le tout en noir et blanc mais teinté de rouge ou de bleu. Christensen a utilisé divers procédés cinématographiques, ce qui rend son film tout à fait original et inclassable : il a repris des images fixes comme un bon écolier qui a fait ses devoirs d'histoire et est passé des maquettes à la reconstitution avec des acteurs. Ainsi, on en arrive très vite aux tortures infligées par les juges de l'Inquisition et ses façons d'extirper de faux témoignages avec l'aide d'instruments douloureux qui feraient avouer n'importe quoi, dont un pour tordre le doigt, pour commencer.
Il n'a pas évité les clichés puisqu'il nous présente encore une fois des sorcières participant à un sabbat, devant embrasser le diable à un endroit bien précis, et d'autres mijotant des filtres d'amour avec des ingrédients douteux dans le but de séduire un moine. Le diable apparait sous toutes ses formes : des démons un peu grotesques parfois anthropomorphes et parfois animaux parsèment le film pour qu'on ait vraiment l'impression qu'il s'agit d'un personnage à part entière. Bien sûr, les sorcières pouvaient voler grâce à un onguent qu'on appliquait sur le dos, qui leur donnait des facultés exceptionnelles : même dans Harry Potter, on n'a pas pensé à cela ! En tout cas, il est à noter que les femmes sont les premières concernées par la sorcellerie, et elles sont aussi typiquement marquées par la maladie d'hystérie, presque toujours féminine, comme le Diable qui s'était emparé de Sœur Cécilia. En fait, bizarrement, ce sont les femmes elles-mêmes qui avaient pris l'initiative de devenir les acolytes du Diable.
Un peu fou, un peu baroque, le réalisateur nous étonne par ses talents de mise en scène efficace : qui aurait cru qu'en 1923, on assisterait aux premières manifestations d'un genre, le film de possession, qui s'est perpétué avec L'exorciste de 1973 par exemple ? Saviez-vous que ce film préfigurait Massacre à la tronçonneuse de 1974 pour l'utilisation des accessoires sinistres, et qu'en même temps il se de l'atmosphère inquiétante d'un Sleepy Hollow de 1999 ?
Et vous vous imaginiez que c'était ennuyant de regarder des vieux films parce qu'on était trop moral à cette époque, parce qu'on ne montrait rien au cinéma, trop pris dans les codes ? Attendez de voir quelques scènes un peu choquantes : une femme qui accouche de deux démons, des sorcières crachant sur tout ce qui est sacré et piétinant la croix lors du sabbat, ou la façon dont on enfermait les femmes seules, laides, vieilles et pauvres à l'époque moderne (ce qui tient lieu d'époque moderne pour Christensen) en les jugeant folles et sorcières hystériques ! Maintenant, on a d'autres moyens pour se débarrasser des gens qu'on n'aime pas : on ne les traite plus de sorciers et sorcières mais pensez-y : est-ce que leur sort est vraiment plus enviable ?
Un moment mesmérisant de l'histoire du cinéma... Et voilà maintenant l'adresse magique, vous n'aurez pas à participer à un sabbat pour l'obtenir !
http://www.archive.org/details/Haxan_tinted_and_subtitled
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