Eyes wide shut

le 14/02/2011 - par Ted Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Le 7 mars 1999, Stanley Kubrick, l'un des plus grands artistes du XXème siècle, meurt d'une crise cardiaque à l'âge de 70 ans. 4 mois plus tard, son dernier film sort sur les écrans. Eyes Wide Shut. Un titre idéal pour mettre un point final à l'une des plus belles filmographies de l'histoire du septième art. Un film mystérieux qui interroge une fois encore l'essence même de l'être humain. Note : 7/10

Eyes wide shut

UK-USA, Drame, 2h39, 1998
Réalisé par Stanley Kubrick
Avec Tom Cruise, Nicole Kidman, Sydney Pollack

Note : 7/10

Synopsis

William Harford, médecin, mène une paisible existence familiale. Jusqu'au jour où sa femme, Alice, lui avoue avoir eu le désir de le tromper quelques mois auparavant...

 


Eyes wide shut Bande annonce et lien vers le film
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Critique

Eyes wide shut est le film testament de Kubrick, le réalisateur mourra juste après l'avoir terminé. Il laisse derrière lui une oeuvre gigantesque pleine de paradoxes et son dernier film n'en est pas un des moindres.
Eyes Wide Shut est peut-être le premier film de Kubrick à appartenir à un genre cinématographique qu'il a déjà traité auparavant : Eyes Wide Shut est un drame de moeurs qui se rapproche à de multiples égards de Lolita (on pourrait considérer que Les Sentiers de la gloire et Full Metal Jacket sont tous les deux des films de guerre mais leur ton est totalement différent; au contraire, Lolita et Eyes wide shut sont deux plongées dans les fantasmes d'un homme).

De plus, les personnages féminins sont très peu présents dans l'oeuvre du réalisateur. Ils se limitent à des vamps sans âme dans Le Baiser du tueur et dans L'Ultime Razzia, une apparition certes magnifique mais très courte dans Les sentiers de la gloire, une jeune fille dont le corps est plus mis en valeur que l'esprit et une mère insupportable dans Lolita, des échelons sur la voie de l'élévation sociale dans Barry Lindon, un second rôle assez insipide dans Shining et encore une fois, une apparition finale tragique mais très courte dans Full Metal Jacket. Les femmes de Kubrick sont toujours le territoire inconnu des hommes qui les côtoient : elles représentent tour à tour le mal, le salut, la tentation, la normalité ou l'anormalité.

Nicole Kidman, qui trouve ici son premier grand rôle, est la femme ultime de Kubrick : la seule femme à trouver un premier rôle dans la filmographie du cinéaste. Si Eyes Wide Shut suit d'abord les déambulations du docteur William Harford, Alice est à la fois le trouble et la quête de son mari. Tel le Pickpocket de Bresson, William va devoir emprunter de nombreux détours pour finalement arriver à celle qu'il aime, la voir telle qu'elle est, non pas un pur fantasme d'homme, mais bien un être humain à part entière, aussi complexe que lui-même, ayant ses propres désirs, sa propre sexualité, et n'étant jamais réductible à la simple femme de son mari.
Kubrick semble donc avoir fait tout ce chemin pour arriver à la femme Kidman, enfin entière et regardée pleinement par le cinéaste. William devra pour arriver à elle se détourner de toutes ces femmes-objet, de toutes ces femmes masquées qu'on ne peut voir qu'à moitié et qui avaient peuplé jusqu'ici la filmographie du réalisateur.

Stanley Kubrick, habitué des thématiques grandioses, clôt finalement sa filmographie sur le couple. Sur le sexe. Sur les fantasmes qui l'ont nourri toute sa vie, depuis la quête des étoiles jusqu'à celle de la violence en passant par la mort et bien entendu, la vie. Kubrick a toujours essayé de parler de l'homme, de le comprendre, de le définir. Son oeuvre arrive logiquement à l'être humain et à ce qui le ronge de l'intérieur, l'amour, la jalousie, la possessivité et, par-dessus tout, le désir charnel.

Eyes wide shut est un film troublant, d'une virtuosité hypnotique. L'envoûtement qui prend le spectateur n'est cependant pas complet : il y a toujours une gêne, comme si tout ça était un peu trop impersonnel pour être totalement convaincant. Si Eyes Wide Shut est un grand film, c'est sans doute l'un des moins bons du maître.
Cependant, les utilisations de la musique classique et des travellings avant et arrière sont, comme toujours chez Kubrick, parfaites : elles forment à l'écran la trajectoire de l'individu, confronté au mystère de sa propre existence. Eyes wide shut est un film sur le mensonge, celui qu'on se donne à soi-même, scrutant, les yeux bien fermés, l'étendue de nos désirs. Eyes wide shut est un film qui peut être une révélation pour le spectateur : sexy, dangereux, il place le héros, comme souvent chez le réalisateur, face à sa propre folie, face à sa propre paranoïa. Sauf qu'à la fin, le masque est bien là, à côté de l'être aimé. Tout est vrai. La folie de l'homme est vraie. Le désir est là, impérial.

Et il n'est pas anodin que la dernière phrase que l'on entende dans un film de Kubrick soit celle-ci : "There is something very important that we need to do as soon as possible : fuck". Pas Love. Fuck. Voilà l'essentiel, au bout du compte. Un dernier pavé dans la mare. Tout est dit. Et pourtant, le mystère reste entier. Kubrick sera mort sans avoir réussi à résoudre l'homme. Il n'était lui même qu'un être humain. Un simple génie.

 


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