L’hôpital et ses fantômes
le 14/12/2008 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Quand les esprits frappent et que l’hôpital devient le lieu d’affrontement entre le Bien et le Mal…
Film d'Horreur, de Lars Von Trier
Avec : Ernst-Hugo Järegård, Kirsten Rolffes, Holger Juul Hansen
Danemark / France / Allemagne / Suède, 1994-1997
Durée : 9h30
Date de sortie: 30 novembre 1999 en France (épisodes 1 à 3)
Titre original : Riget
Le film est à l'origine une mini-série télévisée en quatre épisodes qu'on a groupés pour les distribuer au cinéma en deux parties. En tout cas, il s'agit d'un excellent cadeau pour les amateurs du genre (qui se passe de tout genre), le coffret DVD L'intégrale de la série est sorti avec 4 DVDs de 8 épisodes de plus d'une heure chacun. De quoi vous scotcher à votre écran pendant de longues heures, complètement médusés... La principale qualité de cette série, le don d'insuffler une angoisse diffuse de plus en plus étouffante, reposant sur son rythme efficace.
C'est une série culte de référence qui propose une excursion morbide et horrifiante dans l'univers médical d'un hôpital pour le moins étrange. On y retrouve à tous les tournants le malin esprit du réalisateur, Lars Von Trier, ce génie, qui, nous donnant encore plus de frissons qu'Hitchcock, nous salue à la fin de chaque épisode avec son sourire innocent, en nous souhaitant une bonne soirée, et en nous laissant sur ce message assez inquiétant : « et rappelez-vous, il vous faudra prendre le bien (signe de plus) avec le mal » (signe du diable). Que veut-il dire par là ? C'est à vous de voir, si vous réussissez à trouver encore des réponses au sens de la vie ou à quoi que ce soit après avoir vu cette série qui vous changera des Poltergeist et vous amènera bien loin de Ghost Buster et Mon fantôme d'amour... Surtout, oubliez la série Urgences, votre esprit rationnel ne vous sera plus d'aucun secours, et rappelez-vous la semaine où vous n'avez pu dormir que les rideaux ouverts après avoir vu Le cercle et la fameuse petite fille qui revient pour se venger après avoir passé 7 jours dans un puits...
Le tout commence par la présentation du personnage principal, Helmer, neurochirurgien à l'hôpital de Copenhague au Danemark : il s'y est exilé depuis qu'il a été accusé de plagiat pour ses recherches. Non, ce n'est pas un fantôme, c'est un médecin assez âgé plus ou moins séduisant au caractère difficile dont une docteure est amoureuse, et on se demande bien pourquoi. Ce que l'on apprend surtout de lui, c'est qu'il est Suédois et qu'il déteste le Danemark, ses habitants et sa géographie, et son langage, et tout : il en devient raciste en se croyant supérieur parce qu'il est étranger et prétend réussir à berner tous les Danois. C'est d'ailleurs une des phrases-clés du film « Danois de merde ! », s'exclame-t-il à maintes reprises. Qu'il se croie si malin n'empêche pas qu'au moment où débute la série, et c'est d'ailleurs un des enjeux majeurs de celle-ci, il se trouve dans de beaux draps. Une petite fille est devenue handicapée mentale, elle ne peut plus rien faire, bave, louche et se balance d'avant en arrière depuis qu'il a fait une erreur pendant son opération. C'est Mona, elle ne parle plus mais s'exprime par mots en déplaçant des cubes pour jouer. Nul besoin de le dire, ce docteur suédois dans sa grande arrogance, cherche à camoufler son erreur à tout prix en s'en moquant bien : elle va très bien, Mona... Dès le début, il paraît donc antipathique pour de nombreuses raisons !
Est-ce que l'on va le laisser faire ? Pas question, et les Danois entendent protester contre cette grave injustice des puissants. Enfin, pas les vrais Danois, mais plutôt leurs fantômes. Ils ont besoin d'une alliée. C'est le deuxième personnage principal, une vieille femme qui a l'air un peu dingue, la fameuse Mme Drusse. Comme les autres personnages, menés par des obsessions, elle finit par devenir attachante tout de même. Hypocondriaque, elle cherche toutes les raisons possibles et imaginables pour être internée à l'hôpital car elle veut vivre avec les esprits et enquêter. Pour cela, elle doit se promener dans l'hôpital en toute liberté à toute heure du jour et de la nuit, avec l'aide de son fils qui y travaille comme gardien. Ce n'est peut-être pas le plus brillant, mais il lui sera assez utile. Une autre petite fille, Mary, n'est pas heureuse, mais elle, c'est un fantôme au teint cireux. Mary tente désespérément de communiquer avec Mme Drusse, pour lui expliquer comment elle est morte. Apparemment, elle a été assassinée et n'est pas morte de la tuberculose comme on le croit. Helmer se heurte à d'autres opposants qui ne l'apprécient pas tellement, l'administrateur, Moesgaard, par exemple, qui a lancé une opération Air matinal, une sorte de société secrète qui se réunit dans le prétendu objectif d'améliorer les services rendus au patient : Helmer est blessé au nez lors de son initiation, ça commence mal. Le fils de l'administrateur doit étudier pour devenir docteur et il ne démontre aucune motivation : ce Mogge s'intéresse plutôt à sa vie sentimentale. Il s'intéresse à une femme qui travaille à l'observation du sommeil : il se porte volontaire et fait d'affreux cauchemars où la responsable se transforme en mante religieuse, soudainement attirée par lui. Enfin, pour compléter la galerie des portraits bizarres, citons le médecin complètement obsédé par ses recherches en pathologie : il souhaite plus que tout au monde obtenir un foie malade, ce qui lui permettrait de trouver une solution. Comme la famille refuse le don d'organes, il magouille et se fait transplanter le foie, ce qui n'arrange rien à sa santé. Le dernier et non le moindre, c'est Hook, un docteur à l'air perpétuellement épuisé qui habite dans l'hôpital et effectue des sortes de vols et redistributions : c'est lui qu'on va voir pour tous les petits boulots en dessous de la table, que personne ne veut faire, le chantage et les entrées secrètes dans la salle des archives, par exemple. Il est malgré lui amoureux de Judith, une autre docteure, gentille celle-là, qui découvre qu'elle est enceinte d'un personnage mystérieux, alors qu'elle a toujours rêvé d'avoir un enfant. L'enfant qui naît ne semble pas normal puisque son père était un fantôme, et devient une véritable abomination qui coupe l'appétit plus que tout au monde, mais elle l'aime quand même. Hook la soutient pour qu'elle puisse garder son bébé mais il finit par craquer.
Les premiers épisodes nous laissent respirer, et le seul dérangement vient de l'atmosphère malveillante : il y a bien quelque chose à quelque part, et ce n'est pas normal du tout... Les moins sensibles pourraient regarder le début, mais attention, dans le coffret DVD, l'angoisse et l'horreur ne sont presque plus supportables au sixième épisode. Lars Von Trier nous avait bien avertis, tant pis pour ceux qui n'ont pas écouté. La musique et les bruits dérangent. La main rouge de sang qui apparaît sur la vitre d'une ambulance lancée à tout-va sans conducteur perturbe. Les esprits désincarnés qui demandent l'aide de Mme Drusse, une véritable spirite plus compétente qu'on le croit dans les domaines obscurs, donnent des frissons. Le fantôme dans l'ascenseur, le tremblement de terre, les malédictions vaudoues sont autant d'éléments qui complètent le tableau déstabilisant.
Sachons que rien n'est laissé au hasard, les couleurs de rouille et de terre ont été savamment orchestrées, les grandes quantités d'eau viennent ajouter à l'aura de flou qui entoure la série. Comme on le rappelle chaque fois au début, l'hôpital est construit sur d'anciens marécages... On a voulu éradiquer le surnaturel par la science, mais les fantômes n'ont pas fini de se faire entendre et reviennent en force hanter les docteurs qui se figent dans leur attitude scientifique. De plus, la caméra à l'épaule vacillante et le montage qui semble de mauvaise qualité servent les intérêts de ce film qui reprend l'art du pseudo-documentaire des soaps opéras mielleux et ironiques. Il en résulte une esthétique complètement libérée, euphorique. Épouvante de supermarché, ou horreur sans fond : cela dépend des yeux qui regardent cet ensemble atypique, sublime représentant du Bizarre Horrifique plus que tout. Humour grossier ou farce intelligente, que ceux qui aiment suivent la série jusqu'au bout... en ne s'attendant pas à une fin claire et nette qui explique tout. Ce n'est pas le but ici, mais surtout pas : on veut vous rendre indécis, vous faire perdre pied...
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