Fargo
le 07/04/2010 - par Olivier Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Pour découvrir la patte Coen et l'Amérique que vous n'irez pas découvrir... sauf au cinéma
Nous sommes dans le Minnesota, cet Etat qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique. Ce n’est pas l’Eté Indien, mais l’hiver rude. Sous son manteau blanc immaculé, les villes de Minneapolis et de Fargo voient lentement s’écouler la vie de leurs habitants, d’une banalité affligeante. Oui, affligeante…
Au milieu de cet ennui, il y a Jerry Lundegaard (William H. Macy, habituel second rôle du cinéma hollywoodien), l’archétype de l’antihéros « coenien », l’Américain médiocre qui veut s’extraire de sa condition désolante par une fausse bonne idée et qui va se prendre les pieds dans le tapis de manière sidérante et terriblement drôle.
En faisant enlever sa femme par deux petites frappes aux antipodes l’une de l’autre mais se rejoignant en stupidité (ces deux-là tiennent bonne place dans la galerie des tueurs des Frères Coen, toujours particulièrement cocasses), Jerry espère obtenir rançon de son beau-père et patron... Mais très vite, les cadavres s’accumulent, plus personne n’a le contrôle des événements et chacun essaie d’arrondir les angles (sauf l’insaisissable tueur Gaear Grimsrud qui pour le coup, n’y entend rien à ces choses-là !) tout en tirant la couverture à soi, ce qui ne rend les choses que plus… savoureuses.
Car outre l’alchimie malheureuse de la malchance, du destin qui s’acharne et de la crétinerie ambiante, il y a pour Jerry un empêcheur de tourner en rond, l’officier de police Marge Gunderson (Frances McDormand, Mme Joel Coen et actrice rare, malgré l’Oscar de la Meilleure Actrice qu’elle se vit décerner pour cette interprétation). Marge est une « redneck » profonde comme les Coen en ont côtoyée tant durant leur enfance (dans le Minnesota), à l’accent tonnant, petite fonctionnaire zélée mais sans aucune dimension : elle a du flair, accepte les contraintes du métier sans broncher (tant pis pour les œufs au petit-déjeuner), mais se contente de sa médiocrité. Des événements exceptionnels pour la paix du comté ne changeront rien à sa conception de l’existence (contrairement au policier du plus récent No Country For Old Men). L’arrivée d’un enfant (comment peut-elle encore mener l’enquête, être exposée sur le terrain avec un tel ventre ?!) n’est pas prêt d’y changer grand-chose : acculturée, sans intérêts ni passions, ses scènes de couple feront envie à plus d’un spectateur.
Fargo traite de thèmes forts comme l’ennui, le manque d’ambition, la corruption ou la difficulté de communication. Mais ne croyez pas que ce soit sans humour. Un humour féroce même, un comique de situation absurde, auquel nous ont habitué les deux Frères. L’affiche de 1996 interpellait ; un cadavre dans la neige, un policier rampant auprès de lui, une question insolente : « Aurez-vous le courage d’en rire ? ».
Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes 1996, Oscars du Meilleur Scénario Original (le générique du début indique que l’histoire s’inspire de faits réels, le générique de fin le dément) et de la Meilleure Actrice, c’est un bijou du film à l’humour noir serti sur fond blanc qu'ont créé ces deux orfèvres de génie habitués à faire et refaire le même film sur l'envers du rêve américain ; et pourtant, ce n'est jamais le même.
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