Harold et Maude
le 15/04/2009 - par Josée Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Harold Chasen est un jeune homme de bonne famille, fasciné par la mort. Maude est une irrésistible et espiègle vieille dame qui ne voit dans le monde que de bonnes intentions. Entre elle et lui, 60 ans d'écart, et une merveilleuse histoire d’amour.
Harold et Maude, Etats-Unis, 1971, 1h30
Comédie dramatique, de Hal Ashby
Avec Ruth Gordon, Bud Cort, Vivian Pickles…
Date originale de sortie: 6 décembre 1972
Un film à voir et à revoir - De l'étonnement à n'en plus finir pour ce film qui transgresse les normes
Harold et Maude a beau avoir déjà 38 ans (sorti le 20 décembre 1971 aux Etats-Unis), le message qu'il diffuse est si vivant et actuel qu'il n'a pas pris une ride. S'il a fait l'objet de nombreuses restrictions au moment de sa sortie en faisant parler de lui dans le monde entier, ce film n'a pourtant pas fini de nous surprendre. Impossible de se sentir blasé, surtout si l'on constate qu'il ne serait pas accepté aujourd'hui dans l'univers hyper conformiste du cinéma actuel fait pour garantir des entrées faciles. Et pourtant, il est possible de revoir ce petit bijou en salles : il passe mieux comme film des années 1970.
On admire son courage de parler des choses vraies comme la liberté et la nature : en ce sens, Harold et Maude reste typique de son époque mais propage des vérités universelles qui traversent les époques. Il s'agit d'une belle et grande histoire d'amour comme on en voit rarement au cinéma : bien des films se sont inspirés de ce film culte, mais aucun n'a réussi à l'égaler. Bien entendu, il faut rester conscient que cette histoire d'amour désespérée dès le départ, mais pas désespérante lie un jeune homme suicidaire et une jeune vieille femme de 79 ans.
Le point commun entre ces deux personnages attachants : l'excentricité, le refus de la norme, l'indifférence, et même l'amusement aux moments où ils s'opposent aux autres. Si le film prône la non-violence, cette opposition n'en est pas moins violente. Ces deux personnages veulent être eux-mêmes et vivre leur amour... Certains trouvent cet amour très choquant, et le film a été interdit aux moins de 12 ans, et aux moins de 18 ans dans certains pays en 1971.
Lui, c'est Harold, beau, à sa manière éplorée, riche et malheureux. Il déteste la vie alors qu'il a toute sa vie devant lui et cherche par tous les moyens une façon de se suicider. Bizarrement, il ne semble éprouver ni tristesse, ni angoisse, car les tentatives de suicide ratées font partie de la vie comme il la conçoit. Sa mère ne le considère que comme une sorte d'insecte nuisible qui lui cause de légers ennuis en l'empêchant de vivre sa vie mondaine. Elle, c'est Maude, et de son côté, elle est passionnée de la vie et des sensations fortes. Forte personnalité et cœur d'or dans un corps frêle, elle veut vivre au maximum et satisfaire ses passions à tout prix, même au risque de mettre sa vie en danger. Après tout, on la comprend mieux : elle n'a pas grand chose à perdre.
Non seulement ces êtres humains sont-ils complètement opposés à un mode de vie normal, mais ils vivent aussi une histoire d'amour « contre-nature ».
Harold et Maude s'inscrit très bien dans le genre « comédie dramatique » (une appellation normalement assez vide de sens) : la problématique du suicide est vraiment dramatique et la relation entre ces personnages originaux dont la différence d'âge est grande fait sourire. Le duo comique ainsi formé marque la mémoire et attire, même après toutes ces années.
L'humour a raison de tout, il permet de braver les interdits, de se moquer de la mort et du danger, comme si plus rien n'était grave ou important à part que l'amour. Les enterrements semblent être leur grand plaisir dans la vie et cela renvoie à l'humour morbide de La Famille Addams ou l'amour qui se mêle de mort comme dans La fiancée des ténèbres. C'est justement à un enterrement que ces deux personnages perdus, extrêmes dans leurs points de vue, convergent. Le coup de foudre a lieu. L'amour sincère l'emporte sur l'âge, comme s'ils s'étaient connus dans une vie précédente et Harold y trouve tout de suite sa nouvelle raison de vivre. Enfin, il aime, et ne se sent pas obligé d'aimer une de ces jeunes filles ridicules que sa mère lui présente pour le voir se marier.
Maude est flattée même si elle sait que sa fin est proche, mais lui, ébloui par l'amour, n'y songe même pas. C'est justement ce qui touche le spectateur sensible de tout âge : cet amour qui va au-delà des lois et ne se préoccupe même pas de l'avenir. Avec Harold et Maude, il est possible de s'envoler pour un merveilleux voyage accompagné de surprises et d'émotions en plus d'une musique de Cat Stevens qui porte le film sur toute sa longueur, sans oublier l'enchantement d'entendre Le beau Danube bleu.
Pas un seul moment d'ennui en perspective pour ce film qui roule à 100 milles à l'heure, libéré de toutes entraves comme on le souhaitait dans les années 1970. D'une richesse étonnante, on y puise encore des enseignements précieux. L'amour si fragile, comme la vie et la silhouette de Maude, ne sombre pourtant pas dans le pathos. Si on pleure, c'est de bonheur, sachant qu'un jour ces deux-là seront réunis pour l'éternité, sur la planète des bohèmes cool.
A revoir à partir du 8 avril, à Paris en copie neuve au Champo (5e) et au MacMahon (17e).
Note : 
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