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Ciné Qua Non présente : Le bon, la brute et le truand

Ciné Qua Non présente : Le bon, la brute et le truand

A l'occasion de la projection de "Le bon, la brute et le truand" en GA le 20 janvier, Ciné Qua Non vous dit tout ce qu'il faut savoir sur ce monument du western spaghetti.


Troisième et dernier volet de la trilogie des dollars (Pour une poignée de dollars, 1964 ; Et pour quelques dollars de plus, 1965 ; Le bon, la brute et le truand, 1966). Leone a eu le temps de se rôder, de comprendre Kurosawa et de se l?approprier. Le premier volet de la trilogie est, au regard du Garde du corps (Yojimbo) du réalisateur, une pâle copie. Rien de nouveau, si ce n?est un sabre qui se transforme miraculeusement, par l?opération d?on ne sait quel pas sain d?esprit, en colt. Ce film n?est pas non plus à renier absolument ; il annonce le génie du duel Leone-Morricone, le premier renouvelant le western, au point que les producteurs américains l?affublent du ridicule sobriquet « western spaghetti », le second introduisant une dimension jusqu?alors - partiellement ? ignorée : la musique, faisant de ces westerns de véritables opéras.

Jusqu?alors, le western était un genre exclusivement américain aux règles bien précises et à l?objectif précisément défini : il était l?image visuelle de l?autosatisfaction outre-Atlantique ; la conquête de l?Ouest et la stigmatisation de l?Indien dans un premier temps (Cecil B. DeMille, Ford, Walsh), puis la mise en valeur d?une figure héroïque, justicier moral défendant les valeurs traditionnelles et qui n?hésite pas à se sacrifier si nécessaire pour la veuve, l?orphelin, et la belle blonde captive (s?il a une chance seulement). En témoigne la longue série des Rio Bravo, Rio Grande, Rio Lobo, Rio Verde et autres répliques d?un genre qui coule, qui coule, mais qui ne va finalement pas très loin. On en était presque arrivé à se dire que les réalisateurs n?avaient plus de train à attaquer et que le crépuscule des vieux était enfin arrivé. Que la lumière soit, et Leone fut !

Leone pose un western à l?opposé de la tradition et choque les puristes du genre. Son héros, si tant est que ce terme corresponde à un tueur sanguinaire, est bien loin de l?imaginaire héroïque et valeureux : anonyme (il s?appelle successivement Joe, le manchot et Blondin, alias le bon), c?est un chasseur de primes mal rasé, demi-mégot en bouche, parfaitement amoral, dont l?unique objectif en ce bas-monde est pécuniaire. Leone ne va pour cela pas chercher ses acteurs dans les rangées de villas hollywoodiennes, mais dans les séries B : Clint Eastwood, Eli Wallach et Lee Van Cleef, la trilogie des malfrats. Ils ont tous une gueule, des mimiques, des gestes que les gros-plans et les ralentis soulignent à merveille. Leone étire ses films dans la longueur, la palme revenant au troisième (156 minutes pour mourir) ; il réduit ses personnages à deux cadres, un sur le visage, un sur le ceinturon. Ses westerns n?ont rien de joyeux, rien de propre ; ils sont éprouvants, étouffants, à la limite parfois du dégoût de l?homme et de ses horreurs : la brute est une brute, le truand est une crapule crasseuse sans honneur et le bon est une machine à tuer. Mais il est blond, joue provisoirement les anges gardiens et possède un atout qui le sort de la masse des va-nu-pieds : la ruse. Mais là où Leone explose, c?est lorsqu?il laisse à Ennio Morricone carte blanche pour imposer son tempo, réglé au rythme de l?action, avec une pureté telle que Hermann s?agenouillerait devant lui en comparant cela avec Vertigo. La dernière scène est l?apogée du couple. Le trio des malfrats, sur le périmètre d?un cercle infernal centré sur leur unique raison de vivre, l?argent, s?engage sur le chemin de l?ultime rencontre ; Leone prend sa caméra, Morricone son métronome et chacun en solo, mais s?accordant parfaitement, accélère le tempo, se concentre de plus en plus précisément sur les visages, le regard, la main avançant lentement vers le colt, suivant l?alignement ordonné des balles dorées sur la ceinture, reculant de peur de provoquer une réaction en chaîne, puis un autre regard, une nouvelle tétanisation du nerf optique, l?extase de l?or se faisant de plus en plus sortir, jusqu?à l?explosion finale, inévitable, de laquelle les deux meilleurs ennemis, Leone et Morricone ne sortent pas indemnes moralement.

On a tout dit sur ce film, le meilleur comme le pire. Il est indéniable que Leone a créé une nouvelle substance, un nouveau crépuscule de l?humanité, et, sans proposer de solution, il tente d?en éloigner le terme, sans toutefois donner un seul espoir à ses personnages (la tombe sans nom renvoie à la mort inéluctable de cet anti-héros presque inhumain). Leone a laissé une profonde trace dans l?histoire du western, au point que même certains Américains, pourtant sceptiques au départ, ont finalement reconnu la valeur de cette beauté sanguinolente et l?ont imité ; parmi les nombreuses tentatives, on retiendra surtout l?exceptionnelle Horde sauvage, de Peckinpah (1969) et son superbe ralenti sur la chute des chevaux dans la descente d?une dune, la résurrection de Clint Eastwood dans Pale Rider, Josey Wales et Impitoyable, sorte de testament de celui qui fut l?acteur d?un nouveau genre. N?oublions pas Jim Jarmusch, tellement impressionné par Leone et Morricone qu?il n?a pas pu s?empêcher de passer toute la bande-son de la scène finale du bon, la brute et le truand en fond sonore dans une des scènes d?un des chefs-d??uvre des années 1980, Permanent vacation.


04/03/2007


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