Nos Films Cultes : Magnolia

le 12/05/2004 - par Bilbo Il y a 2 commentaires. Réagissez vous aussi !

Film réalisé par Paul Thomas Anderson. Avec Julianne Moore, William H. Macy, Tom Cruise. Sortie en 2000.
Magnolia est un film mosaïque où chaque personnage se trouve lié à un autre.

Nos Films Cultes : Magnolia Si un jour vous vous amusez à cueillir des fleurs de magnolias, vous remarquerez qu'elles comportent exactement neuf pétales. Des pétales qui se superposent un peu, beaucoup, qui se caressent ou qui se froissent, mais qui perdurent, soudées à une même tige. Les neufs personnages du film éponyme sont un peu de cette espèce, âmes perdues dans un Los Angeles un jour de pluie, fuyant un passé qui ne cesse des les hanter. Magnolia est un film mosaïque où chaque personnage se trouve lié à un autre qui lui même est lié à un troisième et ainsi de suite. C'est une oeuvre qui fonctionne par croisements, rapprochements, éloignements. C'est une oeuvre débordante de vie, la vie dans ses instants les plus durs, dans ses quelques minutes de quiétude, la vie dans tous ses états.

Earl Partridge est vieux et mourant. Il est usé par le temps, par ses lointaines escapades libertines qui l'ont éloigné de la femme de sa vie, pour en épouser une autre, Linda, névrosée, droguée, désespérée. Il a eu un fils autrefois du nom de Franck, mais celui-ci refuse de lui parler, jamais il ne lui pardonnera le mal causé à sa défeinte mère. Earl n'est pas tout à fait seul ; il est surveillé par un infirmier, Phil, qui se prend d'affection pour ce vieil homme rongé par son cancer et qui tente en dépit d'une folie toujours latente, d'évoquer les souvenirs d'un passé plus heureux. Earl était producteur d'émissions télé. D'ailleurs sa société existe toujours, elle produit « Que savent les enfants ?», un show où trois adultes affrontent trois jeunes adolescents par l'intermédiaire de questions posées par l'increvable Jimmy Gator. Cette émission connaît un grand succès grâce à un jeune et brillant candidat, Stanley, petit bonhomme triste qui déplore la cupidité de son père. Il fait penser à un autre participant, un autre génie, ruiné par ses parents après avoir touché les gains du jeu. Il s'appelait Donnie et aujourd'hui il vend de l'électronique. Jimmy a une fille Claudia, une junkie complètement perdue qui vit recluse chez elle et qui pleure. Un beau jour elle rencontre un flic simple mais honnête, Jim, qui tombe amoureux d'un coup d'un seul.

Le film s'étale sur une longue journée qui débute par un grand soleil, puis le ciel se couvre, puis la pluie glaciale finit par s'abattre sur Los Angeles. Une journée où les choses vont basculer, où les coïncidences vont s'enchaîner inéluctablement. Mettre en scène et monter trois heures d'un tel film constitue un véritable défi. Anderson le relève haut la main, sans réussir à éviter quelques problèmes de narration qui peuvent rendre le film obscure par instants. Mais qu'importe, c'est un vrai moment de cinéma, un cinéma dont on ressort changé et perturbé. Magnolia c'est une vague un peu trop violente qui vous emporte dans des profondeurs abyssales pour vous laissez, haletant, sur un bout de plage. Ce sentiment de mouvement qui nous plonge au coeur de cette fresque humaine est d'autant plus intense que les musiques du film composées par Aimee Mann, et la partition musicale de Jon Brion créent un univers très particulier. Rares sont les scènes où aucune musique ne se fait entendre ; le film impose un rythme qui nous porte jusqu'au générique de fin.

La mise en scène de P.T.A. a tout du virtuose confirmé. Son cadre est proche de ses personnages, il les colle pour nous faire ressentir au plus près toutes les émotions qu'ils traversent. Il n'hésite pas à construire un plan de trois minutes sans une seule coupure (pour les connaisseurs, le plan où Stanley et son père pénètre dans le studio) pour donner à son film cet aspect fluide, coulant, comme un orage qu'il est impossible de stopper. Trois heures peuvent sembler bien longues pour ces histoires de famille, pour dépeindre et repeindre des relations pourries par le manque de communication, par la télévision et par la drogue. Nous en sommes loin. « Les bons films ne sont jamais trop longs alors que les mauvais le sont toujours » disait Gene Siskel un critique ciné américain. Magnolia, qui peut aisément rejoindre la première catégorie, est porté par des acteurs tous excellents dans leur rôle. Hormis Julianne Moore qui livre une performance trop académique, le reste du casting trouve le ton juste, un ton qui nous fait oublier que les personnages ne sont que fiction.

Cette vision kaléidoscopique de la vie s'achève sur un ultime coup de théâtre qui vous laissera sans voix, pour plus tard vous permettre de déclarer que ce film est un sommet de nullité ou qu'au contraire c'est un chef d'oeuvre qui traite avec gravité mais non sans humour d'une chose qui n'a jamais été très simple : les relations entre individus dans l'adversité, la maladie, l'amour, la mort. Il ne vous laissera pas indifférent, quel que soit votre avis. Malgré son aspect glauque et difficile, il est tout sauf un apitoiement sur neufs personnages esseulés. Il constitue un témoignage plein d'espoir et de vie. Pour constater cela il suffit de garder en mémoire la toute dernière image du film : un simple (mais beau) sourire.

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2 commentaire(s)

Excellente description d’un film qui m’a profondément ému par la justesse des interprétations et dialogues. J’ai eu souvent l’impression que PTA avait réussi a capté l’essence même de la vie. J’y ai vu aussi une part de morale sur le pardon. Un policier plein de bonté nous expliquant la difficulté de décider qui condamner et qui pardonner. Une plaie d’Egypte viendra nous donner une réponse, la plus probable, sans trop de surprises après tout, mais nécessaire.
par Alpabar, le 2010-11-19 17:20:00

L'épilogue du film commence à la pluie de grenouilles, oui, ça surprend au début, mais en y réfléchissant bien, on se rend compte que le destin de chaque personnage tourne autour d'un même point central, que chacune de ces vies cherche à rattraper une partie perdue. La fin est juste une explication des premières scènes décousues d'événements divers où la coïncidence parait improbable : Tout peut arriver ! Tout ce monde qui gravite autour de ce point central, ça ressemble à un anti Big Bang, une anti explosion, à l'image de la mise en scène, plutôt molasse (dans le bon sens du terme) dans les premières minutes, et qui accélère, soutenue par une musique qui fait de même jusqu'à l'apogée, cet épilogue incompréhensible de premier abord et puis tu es obligé de cogiter, tu y repenses mille fois à ce film qui t'a retourné, t'a mis les sens en pétard. Et plus tu cherches à trouver une raison, plus tu te dis que ce film est un chef d'oeuvre : les acteurs sont extraordinaires, mention spéciale à Julianne Moore et cette splendide scène de la pharmacie qui te prend véritablement aux tripes et qui, il faut l'admettre m'a mis la larme à l'oeil, et puis tous les autres acteurs, tous sans exception, un casting de rêve et des acteurs en état de grâce ... et puis cette scène unique où tous les personnages se mettent à reprendre en choeur la chanson de Aimée Mann, un pur moment de bonheur, encore une fois ! De plus, on peux lire une explication qui va dans ce sens à propos du numéro 82 qui est présent dés le début: "Le numéro 82 apparaît plus d'une douzaine de fois sous différentes formes tout au long du film : sur un pendu, sur les ailes d'avion, sous forme de cordage, sur des matricules divers, numéros de téléphone, adresses, publicités, sur des tableaux et pancartes... Comme stipulé à deux reprises dans le film, il fait référence au 2ème verset du 8ème chapitre du livre de l'Exode dans l'Ancien testament annonçant l'une des colères divines constituant les dix plaies d'Égypte : « Aaron étendit sa main sur les eaux de l?Égypte ; et les grenouilles montèrent et couvrirent le pays d?Égypte »5. Le réalisateur annonce donc tout au long de son film la scène finale de la pluie de grenouilles. Cette scène sur la pluie de grenouilles est un phénomène météorologique qui a déjà été observé mais qui concernait plutôt des têtards (ou petits poissons) que de véritables grenouilles" Plus personnellement: Les questions que se pose tous les personnages est un peu "Qu'est ce que je peux faire, qu'est ce que je dois faire? Pourquoi, à quel prix, au détriment de quoi et avec quels conséquences ?" Le film se pose les meme questions: "Les scénarios des scenes de l'introduction sont elles des coincidences ? Le hasard ? Ou la conséquence d'un tout?" Et le film répond en parti: Le hasard des choses ? Non, une conséquence d'actes. La résultante d'une multitude de données: des choix et non choix, des choix et des rennoncements. Dictés par les valeurs, les peurs, les douleurs passés, les envies et aspirations de chacun. "Si on en a fini avec le passé, lui n'en a pas fini avec nous." "Parlez moi de votre mère" demande la journaliste à Brad Pitt. C'est a partir de là que se bouleverse pour lui. J'aime beaucoup l'idée de tiré des lecons du passé pour ne pas avoir "ces putins de regrets" comme le crie le mourant. Si chacun de nos choix implique l'humanité avec nous puisque rien n'est hasard : Quelle traces vais je laisser sur Terre ? Face à la mort: qu'ai je fait de ma vie ? Le dernier souhait avant de mourir si bien décrier par le mourant ! Qu'aimeriez vous faire avant de mourir? Traduisez: Quel est votre plus grand regret ? Alors comment ne pas passé à coté de sa vie ? Be the change you want to see in the world répond Ghandi ! Je m'égarre beaucoup, je vois des liens où il n'y en a pas ? Peut-etre ou peut etre pas ? Une cohérence dans mon propos ? Je crois oui.. Je pourrais en parlé pendant des heures, ce film est fascinnant !
par Charly-kun, le 2012-05-21 14:00:00

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