Film réalisé par Paul Thomas Anderson. Avec Julianne Moore, William H. Macy, Tom Cruise. Sortie en 2000. Magnolia est un film mosaïque où chaque personnage se trouve lié à un autre.
Si un jour vous vous amusez à cueillir des fleurs de magnolias, vous remarquerez qu'elles comportent exactement neuf pétales. Des pétales qui se superposent un peu, beaucoup, qui se caressent ou qui se froissent, mais qui perdurent, soudées à une même tige. Les neufs personnages du film éponyme sont un peu de cette espèce, âmes perdues dans un Los Angeles un jour de pluie, fuyant un passé qui ne cesse des les hanter. Magnolia est un film mosaïque où chaque personnage se trouve lié à un autre qui lui même est lié à un troisième et ainsi de suite. C'est une oeuvre qui fonctionne par croisements, rapprochements, éloignements. C'est une oeuvre débordante de vie, la vie dans ses instants les plus durs, dans ses quelques minutes de quiétude, la vie dans tous ses états.
Earl Partridge est vieux et mourant. Il est usé par le temps, par ses lointaines escapades libertines qui l'ont éloigné de la femme de sa vie, pour en épouser une autre, Linda, névrosée, droguée, désespérée. Il a eu un fils autrefois du nom de Franck, mais celui-ci refuse de lui parler, jamais il ne lui pardonnera le mal causé à sa défeinte mère. Earl n'est pas tout à fait seul ; il est surveillé par un infirmier, Phil, qui se prend d'affection pour ce vieil homme rongé par son cancer et qui tente en dépit d'une folie toujours latente, d'évoquer les souvenirs d'un passé plus heureux. Earl était producteur d'émissions télé. D'ailleurs sa société existe toujours, elle produit « Que savent les enfants ?», un show où trois adultes affrontent trois jeunes adolescents par l'intermédiaire de questions posées par l'increvable Jimmy Gator. Cette émission connaît un grand succès grâce à un jeune et brillant candidat, Stanley, petit bonhomme triste qui déplore la cupidité de son père. Il fait penser à un autre participant, un autre génie, ruiné par ses parents après avoir touché les gains du jeu. Il s'appelait Donnie et aujourd'hui il vend de l'électronique. Jimmy a une fille Claudia, une junkie complètement perdue qui vit recluse chez elle et qui pleure. Un beau jour elle rencontre un flic simple mais honnête, Jim, qui tombe amoureux d'un coup d'un seul.
Le film s'étale sur une longue journée qui débute par un grand soleil, puis le ciel se couvre, puis la pluie glaciale finit par s'abattre sur Los Angeles. Une journée où les choses vont basculer, où les coïncidences vont s'enchaîner inéluctablement. Mettre en scène et monter trois heures d'un tel film constitue un véritable défi. Anderson le relève haut la main, sans réussir à éviter quelques problèmes de narration qui peuvent rendre le film obscure par instants. Mais qu'importe, c'est un vrai moment de cinéma, un cinéma dont on ressort changé et perturbé. Magnolia c'est une vague un peu trop violente qui vous emporte dans des profondeurs abyssales pour vous laissez, haletant, sur un bout de plage. Ce sentiment de mouvement qui nous plonge au coeur de cette fresque humaine est d'autant plus intense que les musiques du film composées par Aimee Mann, et la partition musicale de Jon Brion créent un univers très particulier. Rares sont les scènes où aucune musique ne se fait entendre ; le film impose un rythme qui nous porte jusqu'au générique de fin.
La mise en scène de P.T.A. a tout du virtuose confirmé. Son cadre est proche de ses personnages, il les colle pour nous faire ressentir au plus près toutes les émotions qu'ils traversent. Il n'hésite pas à construire un plan de trois minutes sans une seule coupure (pour les connaisseurs, le plan où Stanley et son père pénètre dans le studio) pour donner à son film cet aspect fluide, coulant, comme un orage qu'il est impossible de stopper. Trois heures peuvent sembler bien longues pour ces histoires de famille, pour dépeindre et repeindre des relations pourries par le manque de communication, par la télévision et par la drogue. Nous en sommes loin. « Les bons films ne sont jamais trop longs alors que les mauvais le sont toujours » disait Gene Siskel un critique ciné américain. Magnolia, qui peut aisément rejoindre la première catégorie, est porté par des acteurs tous excellents dans leur rôle. Hormis Julianne Moore qui livre une performance trop académique, le reste du casting trouve le ton juste, un ton qui nous fait oublier que les personnages ne sont que fiction.
Cette vision kaléidoscopique de la vie s'achève sur un ultime coup de théâtre qui vous laissera sans voix, pour plus tard vous permettre de déclarer que ce film est un sommet de nullité ou qu'au contraire c'est un chef d'oeuvre qui traite avec gravité mais non sans humour d'une chose qui n'a jamais été très simple : les relations entre individus dans l'adversité, la maladie, l'amour, la mort. Il ne vous laissera pas indifférent, quel que soit votre avis. Malgré son aspect glauque et difficile, il est tout sauf un apitoiement sur neufs personnages esseulés. Il constitue un témoignage plein d'espoir et de vie. Pour constater cela il suffit de garder en mémoire la toute dernière image du film : un simple (mais beau) sourire.
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29/08/2005
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