Valse avec Bachir
le 30/10/2010 - par Ted pour CineQuaNon Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Valse avec Bachir offre une forme de cinéma totalement novatrice, le documentaire d'animation ce qui permet au réalisateur d'aller beaucoup plus loin dans la retranscription de la vérité. Un quête d'identité, dénonciation de l'absurdité de la guerre. En somme, du vrai cinéma. Note: 10/10
Réalisé par Ari Folman
Avec Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayag
Titre original : Waltz with Bashir
Long-métrage français , israélien , allemand
Durée : 01h27min
Année de production : 2008
Note : 10/10
Synopsis
Valse avec Bachir est un film autobiographique. Ari Folman, metteur en scène israélien, a rendez-vous en pleine nuit dans un bar avec un ami en proie à des cauchemars récurrents, au cours desquels il se retrouve systématiquement pourchassé par une meute de 26 chiens. 26, exactement le nombre de chiens qu'il a dû tuer au cours de la guerre du Liban, au début des années 80 !
Le lendemain, Ari, pour la première fois, retrouve un souvenir de cette période de sa vie. Une image muette, lancinante : lui-même, jeune soldat, se baigne devant Beyrouth avec deux camarades.
Il éprouve alors un besoin vital de découvrir la vérité à propos de cette fraction d'Histoire et de lui-même et décide, pour y parvenir, d'aller interviewer à travers le monde quelques-uns de ses anciens compagnons d'armes.
Plus Ari s'enfoncera à l'intérieur de sa mémoire, plus les images oubliées referont surface.
Critique
Si Valse avec Bachir a une forme totalement novatrice, le documentaire d'animation, c'est qu'il propose une nouvelle forme d'exploration cinématographique : le documentaire intérieur. L'année 2008, à travers des films comme Redacted (de Brian de Palma), Diary of the dead (de George A. Romero) ou Les plages d'Agnès (de Agnès Varda), l'a assez montré : l'image documentaire n'est jamais objective, elle est toujours mise en scène, résultat d'un point de vue, d'une position sur le monde. La frontière entre fiction et réalité est d'autant plus mince et si on veut trouver une ligne directrice dans le cinéma de 2008, nul doute qu'il faudrait chercher de ce côté-ci, interroger les images et le rapport qu'elles instaurent entre l'auteur de ces images et le spectateur. L'image n'est donc jamais parfaitement documentaire, même si elle semble vraie. Valse avec Bachir franchit avec conviction le fossé apparent entre fiction et réalité. Avant, un documentaire prenait comme preuve erronée de son objectivité la réalité, voire le réalisme des images qu'il nous présentait. Ari Folman ose construire son documentaire avec des images « fausses », dessinées, animées. Alors, documenteur ? Pas forcément. En faisant ce choix, le réalisateur israëlien souligne que la recherche de la vérité, de l'essence du documentaire, n'est pas forcément liée à la forme utilisée.
L'image cinématographique peut paraître vraie mais elle est toujours manipulée. Ici, le réalisateur rompt l'artifice : il expose dès le départ que son image est manipulée : c'est un dessin. Une fois ce pré-requis admis, une fois cette vérité exposée avec plus d'honnêteté que dans tout documentaire formellement réaliste, le spectateur est prévenu : l'image n'est qu'une vision de la réalité, le documentaire est replacé dans sa perspective forcément subjective. Grâce à cette forme novatrice, grâce à cet aveu d'impuissance à recréer la vérité, le réalisateur va pouvoir aller beaucoup plus loin dans la retranscription de celle-ci, montrant des choses qu'aucune caméra n'aurait jamais pu capturer : ses souvenirs, ses fantasmes et ses rêves.
Dans Valse avec Bachir, le réalisateur peut donc traquer ses souvenirs et s'offrir une psychothérapie de luxe. Le film, au-delà de sa forme qui remet en cause l'essence même du documentaire, traite alors deux sujets fondamentaux, l'un d'ordre personnel, la recherche de soi, et l'autre d'ordre sociétal, la guerre.
Pourtant, ces deux sujets ont un point commun : leur universalité. Il est tout aussi passionnant de comprendre le parcours intérieur de l'homme que l'attitude de l'humanité face à la guerre. On est entraînés dans le tourbillon de l'inconscient, de la mémoire, de ce qui fait l'identité d'un homme, le film prenant alors la forme d'un thriller personnel où les méchants traqués sont les démons intérieurs. On est aussi engloutis dans la folie meurtrière d'une guerre absurde où de jeunes adolescents, inconscients de leur place dans cette valse avec la mort, tirent sur tout ce qui bouge et sur tout ce qui ne bouge pas, juste par réflexe, par peur, par absurdité. Aucun sens, aucune valeur. Aucun film n'a jamais démontré avec tant de brio l'absurdité absolue de la guerre.
Alors Valse avec Bachir, un film d'animation ? Un documentaire ? Un film de guerre ? Un thriller ? Un autoportrait ? Ce qui est troublant avec ce film, c'est qu'il interroge chaque genre qu'il aborde. Qu'il détruit toutes ces barrières pour tendre à l'universel et finir pourtant en un point très précis. Les massacres de Sabra et Chatila. Et finir, comme Redacted, sur une image filmée, pour rappeler à tous ceux qui verraient mécaniquement moins de vérité dans l'image dessinée que tout ça est réel. Que l'horreur est réelle. Que l'absurde est réel. Aussi réel dessiné que filmé. On n'est plus dans le récit. On revient sur l'image, mise au service d'un propos, comme toute image.
Le film tire sa puissance de sa vocation universelle, encore renforcée par l'utilisation du dessin. Il fait d'un destin particulier une quête de l'humanité sur sa propre mémoire, sur son devoir de mémoire, une quête d'identité dans laquelle l'être humain doit remettre à jour tout ce qu'il s'est appliqué à enfouir. Refaire surgir les démons de l'Histoire, les questionner, essayer de comprendre l'absurdité de l'attitude de l'homme, pour enfin pouvoir construire à nouveau, avancer. Le film transforme une représentation mentale personnelle en de la poésie pure. Valse avec Bachir est un film magnifique, porté par une image, une musique et un propos forts. Par des purs moments de cinéma. Documentaire ou de fiction. Peu importe finalement. Valse avec Bachir, c'est juste du vrai cinéma, qui transcende son sujet par sa forme, et touche du bout du doigt l'absolu en révélant au spectateur une vérité qui ne se trouve pas sur l'écran, mais une vérité enfouie au plus profond de nous, une vérité qu'on ne peut ni filmer, ni dessiner.
CineQuaNon vous a fait découvrir Valse avec Bachir de Ari Folman
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