Petite chronique sur l'immense réalisateur Takeshi Kitano à l'occasion de la sortie de son dernier film Zaitochi.
Ce qu'il est intéressant de savoir avant de se pencher sur la filmographie de Kitano, c'est que ce dernier est d'abord issu de la télévision. Plus précisément il anime depuis des années une émission comique quasiment aux antipodes de la dureté de ses films. Pourtant dans la plupart de ses films l'humour a sa place et leur confère une aura supérieure. Le tour de force de Kitano est d'élever ses films en teintant le tragique de ses films de Yakusas par des pointes d'humour ou des parenthèses joyeuses, un peu de légèreté dans un monde de brutes en somme !
Au premier abord il semble que la vocation de Kitano est de de faire des films « de Yakusas ». (pour les novices, les yakusas sont l'équivalent japonais de la mafia). Or pour être plus juste il faudrait dire que Kitano réalise (et écrit) des films « avec des Yakusas ». La différence est significative car elle renferme tout l'art du maître Kitano.
Ainsi à l'exception de ses deux films les plus poétiques (A scene at the sea et Dolls) les Yakusas sont au centre de l'intrigue (comme dans Violent Cop, Sonatine ou Aniki mon frère) ou bien simplement évoqués (Kitano est un ex-Yakusa dans l'été de Kikujiro et l'un des deux jeunes héros de Kids Return décide d'en devenir un). Kitano utilise leur codes de conduite et d'honneur pour mieux faire ressortir l'humanité et la chaleur de ses personnages. Attention âmes sensibles, il n'hésite pas pour autant à les montrer avec toute la violence dont ils peuvent (doivent) faire preuve. Ainsi Violent Cop et Aniki mon frère interpellent d'abord par la brutalité de leur personnages. Ultra violence et mélancolie deviennent ainsi les maîtres mots de l'oeuvre du réalisateur japonais.
Le passage des plateaux de télé aux plateaux de cinéma est d'ailleurs presque un heureux hasard puisque le réalisateur engagé pour Violent Cop s'est désisté à la dernière minute mais en recommandant Kitano aux producteurs. Ceux-ci, à la vue de ses performances télévisuelles pour le moins burlesques restent dubitatifs mais n'ont pas vraiment le choix. Ils ne savaient pas que Kitano allait accoucher à partir d'un scénario de polar classique d'un film à la puissance rare et qui a vite fait de lui conférer une réelle crédibilité comme metteur en scène très prometteur. Plutôt que de refaire un film similaire Kitano surprend avec ses deux films suivants deuxième film qui restera sans doute le plus déconcertant et le plus proche du burlesque de ses prestations télévisées. Puis vient Sonatine, sélectionné à Cannes en 1993, film majestueux ou comme d'habitude il nous livre une oeuvre étrange jouant sur des contrastes de violence et de calme, bercé par une musique inoubliable de Joe Hisaishi. Dans cet univers violent, Kitano ménage des plages d'une infinie délicatesse, faisant ainsi se côtoyer le pathétique, la mélancolie et la cruauté la plus extrême. En témoigne Hana-Bi (1997), qui, Lion d'Or à Venise, l'impose définitivement au plan mondial. Personnellement il reste pour moi son film le plus fort et le plus caractéristique de sa filmographie. L'histoire d'un flic qui plaque tout et vole des Yakusas pour pouvoir embellir les derniers jours de sa femme malade et la vie de son meilleur ami et partenaire en siège roulant par sa faute est servie par une réalisation éblouissante.
Il est également capable de signer des oeuvres débarrassées de toute violence, comme A Scene at the Sea (1992) film mystique dont le personnage principal muet entretien un rapport spécial avec la mer et le surf. Il poursuit dans la même veine avec L'Eté de Kikujiro (Kikujiro) (1999), son film le plus « bon-enfant » et léger qui raconte le périple d'un jeune garçon à la recherche de sa mère et accompagné d'un ex-Yakusa bourru et arnaqueur. En réelle rupture avec Kikujiro, Kitano réalise ensuite aux Etats-Unis un film qui réintroduit la violence et les Yakusas au centre de son oeuvre mais Aniki mon frère reste un de ses films les moins convaincants. Avec le très pictural Dolls inspiré du théâtre de marionnettes japonais bunraku il réalise son film le plus romantique, accordant pour une fois une grande attention aux personnages féminins habituellement absents de ses films.
Pour être complet on n'oubliera pas de préciser qu'hormis pour la plupart de ses films, Kitano passe souvent devant la caméra et prend alors son nom de scène de télé : « Beat Takeshi ». On citera par exemple le beau Tabou de Nagisa Oshima que devait réaliser à l'origine Violent Cop et le plus malheureux Johnny Mnemonic. Par ailleurs en plus d'être réalisateur, scénariste et acteur de la plupart de ses films, Kitano rajoute parfois au coeur de ceux-ci des dessins qu'il a lui même esquissés, notamment dans Hana Bi. On notera aussi que Kitano s'entoure de collaborateurs fidèles. Ainsi le compositeur Joe Hisaishi, également fidèle au maître de l'animation Hayao Miyazaki, retrouve-t-il Kitano pour la septième fois après A Scene at the Sea, Sonatine, mélodie mortelle, Kids Return, Hana-Bi, L` Ete de Kikujiro et Aniki, mon frère (Brother). Mêmes collaborations pour le chef opérateur Katsumi Yanagishima, auxquelles se rajoute Getting any ?, alors que le créateur des costumes Yohji Yamamoto retrouve le réalisateur trois ans après Aniki, mon frère (Brother).
Pour plus d'infos, rendez-vous sur l'excellent site : www.takeshikitano.net
Filmographie Kitano réalisateur: 1989 : Violent Cop 1991 : Jugatsu 1992 : A scene at the sea 1993 : Sonatine 1994 : Getting any ? 1996 : Kids Return 1997 : Hana Bi 1999 : L'été de Kikujiro 2001 : Aniki mon frère 2002 : Dolls 2003 : Zatoichi
Beat Takeshi(filmo sélective): 1983 : Furyo de Nagisa Hoshima 1994 : Johnny Mnemonic de Robert Longo 1998 : Tokyo eyes de Jean-Pierre Limosin 1999 : Tabou de Nagisa Hoshima 2000 : Battle Royale de Kinji Fukasaku
14/11/2005
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