Les Proies

le 07/05/2003 - par Jack Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Comédie dramatique de Don Siegel, avec Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman.
Musique de Lalo Schifrin

Les Proies Pendant la Guerre de Sécession, John Mc Burney (Clint Eastwood), officier nordiste est grièvement blessé et recueilli dans une maison de jeunes filles, en territoire sudiste. La question se pose alors de savoir s'il faut le livrer aux troupes sudistes ou bien le ramener à la vie. Finalement soigné, Clint Eastwood, met aux oubliettes son passé cruel et sanglant pour se donner des allures de gentleman en séduisant successivement la jeune libertine Carol, Edwina, qui rêve du grand amour, Miss Martha, la gérante du pensionnat. Il attise ainsi les passions et sème le trouble au sein de la communauté.

Don Siegel signe ici un film charnière dans sa carrière : il vient juste de réaliser un western (Sierra torride), et va bientôt se lancer dans l'aventure Harry. Le film semble prendre des allures de western crépusculaire ; sur fond de Guerre de Sécession, Clint Eastwood hésite entre son rôle d'ange exterminateur des westerns leoniens, et celui d'un homme affaibli, le tout sur le effets de percussion de Lalo Schifrin. Dans ce huis-clos, véritable conte gothique, Don Siegel exacerbe les sentiments, appuie chaque mouvement de son film sur le poids du passé. A chaque instant, le passé ressurgit sur chacun des personnages et le remet sur sa voie ; ainsi, les exactions passées de Clint Eastwood lui reviennent en mémoire pour lui éviter de faire sombrer le film dans un mélodrame.
On reconnaît ce qui a fait de Clint Eastwood un acteur hors norme. Loin de défrayer la chronique tels Robert Redford ou Warren Beatty, il s'est imposé comme l'homme sans nom, l'anti-héros d'une violence expéditive, celui qui tue parce qu'il juge cela juste ; mais sa justice n'est pas celle adoptée par tous. Ici encore, il se retrouve seul dans un univers que son esprit ne peut concevoir. D'où le conflit inévitable. De fait, le conflit vient de ce qu'il tente de modeler ce pensionnat selon ses désirs.
Dire que Clint Eastwood est le personnage principal du film est insuffisant : il serait plus exact de considérer l'acteur comme la trame du film, comme le fil directeur du scénario. Chaque mouvement, chaque scène se déroule parallèlement à l'évolution (positive ou négative) de cet anti-héros. La première partie tourne au ralenti, et hésite parfois entre le noir et blanc et la couleur, comme pour donner du poids au l'état entre la vie et la mort de l'officier nordiste. Sa convalescence et sa renaissance se déroule sur un mode psychologique, où les caractères s'affirment progressivement. Enfin, le film s'achève, particulièrement sombre, sur la violence extrême d'un bourreau que la compassion n'atteint pas.

Si le film, considéré à l'époque comme un film trop siegelien (commercial), où Clint Eastwood n'avait pas encore sa renommée actuelle, n'a pas eu le public qu'il méritait, espérons que sa ressortie sur les écrans saura faire oublier cette mésaventure.


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