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Toutes les reprises

Viridiana

Viridiana

Drame mexicain (1961) de Luis Buñuel avec Fernando Rey, Silvia Pinal et Francisco Rabal


Viridiana, jeune et magnifique bonne soeur, jouée par Silvia Pinal, rend une dernière visite à son oncle, sa seule famille, avant de définitivement s'engouffrer dans les impénétrables voies de Dieu. L'oncle, retrouvant en Viridiana les charmes de sa femme il y a longtemps morte le soir de leur nuit de noces, souhaite la voir se réaliser, même à titre posthume. Le refus de la jeune femme et le suicide de l'oncle vont pousser celle-ci à renoncer aux ordres et à entretenir l'héritage de son oncle, tout en poursuivant ses intentions altruistes : faire de cette grande maison un refuge pour pauvres.

Si le film peut parfois passer pour une mise en images d'un roman campagnard de Zola, Bunuel sait lui donner un ton inimitable. Jouant à la fois sur les contrastes physiques et psychologiques de ses personnages, il crée un véritable opéra humain. Premier acte, introduction et mise en place des caractères ; Acte second, la vie en communauté ou les espoirs d'une fraternité transcendant les clivages sociaux ; Acte trois, apogée et décadence du monde de Buñuel.

Le deuxième acte, sorte de tentative de scission apparente des classes sociales, s'écoule lentement, au rythme de ces pauvres, hébergés ; une renaissance, reprendre goût à la vie. Buñuel met en place une communauté dont certains s'excluent ou sont exclus car ils n'y ont pas leur place (maladie contagieuse, inadaptation) ; une paix semble régner, et rien ne semble pouvoir la briser, Viridiana surveillant tout risque de dérive. Buñuel ne serait pas Buñuel s'il laissait les choses dans cet état, il brise donc tout et tente une nouvelle approche : l'appropriation du monde des riches par les pauvres, dans le cadre d'un dîner dionysiaque.

Sur fond de musique classique envoûtante, les verres se vident aussitôt qu'ils se remplissent, les panses se gonflent, les corps auparavant fatigués des mendiants se meuvent à outrance, les rires éclatent, les gros-plans sur les ruines crevassées d'une misère humaine succèdent aux vues d'ensemble d'un salon endiablé, d'un huis-clos infernal qui réduit à néant les espoirs posés dans le second acte par Viridiana. Les images s'émmêlent dans une sorte de danse macabre, ou la raison ne règne plus, et face à laquelle Viridiana ne peut qu'avouer son échec.

Après "Un chien andalou" et "L'âge d'or", Buñuel réalise un chef-d'oeuvre à la morale parfaitement malsaine : les hommes sont trop faibles pour résister à la tentation du luxe et de l'orgie, et les instincts matériels et primitifs prennent inévitablement le dessus ; l'entière dévotion n'a plus lieu d'être dans un monde où la conscience morale est bafouée. De là à voir ce film comme un éloge de la débauche matérielle autant que spirituelle, il n'y a qu'un pas.


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17/09/2003


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