Petit manuel du parfait rameur

le 04/04/2007 - par virginie Il y a 3 commentaires. Réagissez vous aussi !

Ou comment se préparer pour ses premières compétitions....

Petit manuel du parfait rameur et de la parfaite rameuse

 

 

Ou plutôt petit intellectuel du parfait rameur, car le propos est surtout théorique. Ceci est une note technique, qui a l'avantage de mettre au clair les rapides discussions que nous pouvons avoir avec Philippe ou entre nous après les entraînements sur la tactique d'une course.

 

  • Ø Préparatifs des compétitions

 

Pour toutes les compétitions, il faut transporter les bateaux sur la remorque et il faut donc les nettoyer, les démonter -ie enlever les portants, les coulisses et les planches de pieds et séparer la coque des 8 en deux- et enfin les charger sur la remorque. Cela ne demande pas beaucoup de temps -une petite heure la veille de la compète- si tout le monde y met du sien.

Le jour J, après une petite ballade en espace ou en mini-bus, on arrive donc sur le bassin de la compétition. Dés qu'on arrive, on remonte les bateaux rapidement pour être prêt dés que l'on connaît l'heure de départ. Ensuite, avant de partir sur l'eau on fait un bon échauffement pour assouplir tous nos gros muscles et les préparer à l'effort.

Ensuite on sort le bateau et en le mettant à l'eau on vérifie que tous les boulons, portants, dames de nage sont bien serrés. Message au barreur ou à la nage du bateau : prévoir toujours des clés de 10 et 13 au cas où....

 

 

  • Ø Les courses de 1000 mètres

                                      

La préparation du départ

 

            Avant le départ, il est important de s'échauffer au moment de monter vers la ligne de départ qui est souvent éloignée du ponton. Il est important de prendre son temps pour monter au départ pour éviter toute surcharge de stress. Les départs sont donnés à heure fixe et il faut donc être en avance sur l'heure pour se permettre d'avoir un très bon échauffement. Autour du départ, il est déterminant de rester dans les parages de la ligne de départ : il faut rester concentré pour être prêt à se diriger vers la ligne de départ. Enfin, pendant qu'on attend il est super important de ne pas rester sur place car il faut rester échauffé même si le départ se fait en retard.

            Les bateaux s'alignent sur les ordres du juge-aligneur et du barreur, ce qui peut s'avérer long et difficile s'il y a du vent ou si le juge est sénile et imbibé du gros rouge du déjeuner. Il faut donc être hyper concentré et obéir au quart de tour aux ordres du barreur. Exemple : le juge beugle « ESSEC recule ! » devra immédiatement être suivi de l'ordre du barreur « dénage 7 et 8 », immédiatement exécuté. Ce n'est pas le moment de bailler aux corneilles. A ce moment, les 6V premiers sont sur l'avant pelles au carré et couleurs bien noyées (si ce n'est pas le cas, vous risquez d'avoir de mauvaises surprises au départ). Seuls les 2 derniers rament ou dénagent par petits coups. Aux Championnats de France, la pointe arrière est tenue par un juge, ce qui nécessite un alignement encore plus parfait.

            Il est important d'être hyper concentré et de tous regarder la pelle de la nage car les arbitres ne préviendront pas pour le départ, surtout lorsqu'il est difficile d'aligner. Vous entendrez, au plus fort de voter concentration c'est à espérer, mais plus probablement au moment où vous vous y attendrez le moins, la phrase suivante : « Prêts...Partez ». Cette phrase est très courte donc il faut être tous parfaitement concentré(e)s. Quelque fois, le départ est signalé en même temps par l'abaissement du drapeau. C'est le drapeau qui prévaut sur le « Partez ! ». Chacun a son propre rôle à jouer et personne ne doit foirer. La nage est concentrée à 300% pour partir dés que le signal est donné -ou juste avant cf plus loin. Tous les autres derrière ont l'œil rivé sur la pelle de la nage pour partir ni avant ni après la nage mais parfaitement en même temps.

            Ici s'intercale une petite explication sur comment voler un départ. En effet, devant la difficulté d'aligner exactement les bateaux, les contraintes horaires des régates, les juges répugnent souvent à rappeler les bateaux en cas de faux départ. Ainsi, généralement, la nage essaie de voler le départ. Vous comprenez donc maintenant l'intérêt d'avoir les yeux rivés sur la pelle de la nage. Il faut partir dés que vous voyez la nage partir et non pas quand l'arbitre dit « Partez !». Cela étant dit, il ne faut pas trop gruger, notamment aux Championnats de France, où les arbitres n'hésiteront pas à sanctionner un faux départ par un avertissement (deuxième avertissement=disqualification).

 

 

  • Ø Composition d'une course

 

Le départ proprement dit

 

Le bateau est à l'arrêt et chargé. Il faut donc le faire avancer et pour ça soulever de la flotte. Pour ça, on fait déjauger le bateau sur les 5 premiers coups (¾ ; ½ ; ½ ; ¾ ; ¾). Il s'agit d'être très tonique, d'assurer un dégagé très rapide, et de donner 5 coups de plus en plus vite. C'est vital de ne pas bourriner le départ, sinon le bateau s'enfonce dans la flotte et du coup c'est impossible de partir vite. Comme le bateau est à l'arrêt et enfoncé, la précision du geste d'aviron est encore plus de rigueur que pendant toute la course, car il ne faut pas se planter et être tous parfaitement ensemble. Rater ces 5 coups équivaut à se retrouver déjà derrière le peloton. Or il ne faut pas être derrière, car on ne voit pas ses adversaires, d'où la difficulté de remonter, alors que quand on est devant, on peut moduler son effort pour conserver son avance et réagir immédiatement pour contrer les attaques des autres. Et puis c'est tellement motivant de partir devant...

BREF :

  • § Le départ est propre à chaque bateau, chaque équipage car il évolue au fil du temps et de l'expérience, mais voici la base qu'il ne faut pas oublier:
  • § Le départ doit être véloce, précis, il ne faut pas le rater, mais il ne faut pas oublier qu'il reste 900 mètres à ramer à 100%.

Après ces 5 coups, on passe dons en pleine coulisse en allongeant progressivement, tout en restant assez léger dans l'eau. Ensuite, une fois que l'amplitude est maximale, 4-5 coups après les 5 du départ, le bateau est pratiquement lancé. Il faut donc en profiter pour lancer une vingtaine de coups durs, c'est-à-dire avec le maximum de forces dans l'eau. C'est bien de lancer des coups durs très rapidement pour être les premiers à attaquer. En revanche, il ne faut pas chercher à les lancer avant que les bateaux aient atteint sa pleine vitesse et que le coup d'aviron ait son amplitude maximale. Le nombre de coups est à adapter suivant la place dans la course en gardant toujours cet objectif en tête : être devant. Le départ c'est donc les 5 coups plus les 10, 20, 30 coups derrière.

 

Le train

 

            Une fois qu'on est devant ou dans le peloton, la barreuse donne l'ordre de prendre le train, qui est en fait la vitesse de croisière à laquelle on fera à peu près la moitié de la course. Note : le barreur ou la barreuse a bien sûr un rôle déterminant et irremplaçable pour savoir quand est-ce que le départ est fini et il est temps de se lancer dans le départ de la course.

            La cadence est en pratique légèrement inférieure à celle du départ. En revanche, l'amplitude doit être maximale : long sur l'avant, long sur l'arrière, arrière rapide, retour lent (on laisse glisser le bateau, et donc on évite de se griller physiquement tout en avançant plus vite).

            Pendant la course le but est de rentabiliser la force que l'on donne sur la pelle. Voici donc une autre précision technique. Le but du coup d'aviron est de faire avancer le bateau en poussant sur l'eau. Pour cela, il faut que la pelle prenne de la vitesse quand elle est dans l'eau. Bien sûr, ce qui donne de la vitesse à la pelle, c'est la force que l'on met dessus. Sauf que le bateau ne réagit pas exactement comme la pelle : pour que le bateau avance, il faut que la pelle aille vite mais qu'elle accélère quand elle est dans l'eau. Donc, pour faire avancer le bateau, il faut forcer sur ses petits muscles mais il faut forcer progressivement. Le début du coup n'est donc pas très puissant. Pour compenser ce manque de puissance au début du coup, il faut donc chercher à faire un coup le plus long possible, pour pouvoir être progressif dans la force. Si on met une grande force à l'attaque, il faut être sûr qu'on ira encore plus fort et plus vite au dégagé -ie si on prend une grande quantité d'eau à l'attaque il faut être sûr de l'amener jusqu'à la fin du coup. Etant donné que dans un 1000 mètres on n'a jamais trop de force, il ne faut pas la gaspiller là où il ne faut pas. Sur chaque coup, on donne tout ce qu'on a au dégagé, et on ne bourrine pas à l'attaque. Le but de l'attaque est qu'elle se fasse très loin devant et qu'elle soit légère, rapide, mais que la prise d'eau soit puissante pour faire déjauger le bateau.

 

Pour éviter tout moment de relâchement mi-course (ie on ralentit la cadence, on ne tire plus dans l'eau...), il faut relancer et relancer encore. Dans un bateau sans barreur, il faut suivre l'attaque de la nage. En bateau narré, c'est le barreur ou la barreuse qui dirige le bateau, ses attaques, sa stratégie et les rameurs et rameuses suivent les attaques demandées. Le barreur s'égosille à motiver ses troupes. Quand il y a un bord à bord, on ne se pose pas de question, on double (sans regarder les vaincus, sinon on perd l'attention et ils nous rattrapent). Une attaque, c'est une batterie de coups qu'on lance, où on force plus que jamais pour rattraper ou doubler ou mieux encore ne pas se faire doubler.

 

BREF : Une attaque ?

Une attaque plus marquée

+ de bascule du tronc

+de poussée sur les jambes

+de concentration

+ de rapidité

            = don de soi à l'équipe du bateau.

 

NB : Ne jamais jeter un coup d'œil au bateau qui est à côté de vous, car c'est souvent la fausse pelle assurée, bateau planté, c'est fini. Il faut rester dans son bateau d'un bout à l'autre de la course. Même si ça ne donne pas une fausse pelle, ça fait forcément perdre de l'attention. Or sur un bateau si par exemple chaque rameur mate à droite ou à gauche, dans un 8 ça fait 80 % de la course où tout le monde n'est pas concentré.

 

La préparation de l'enlevage

 

            Ca peut apparaître un peu bizarre de découper ainsi la course en 4 phases et pourtant c'est important de prendre conscience des 4 phases de la course. Entre le train et l'enlevage, il n'y a pas beaucoup de différences sur le fond.

            Pendant la préparation de l'enlevage, il est important de garder toujours la même longueur sur le coup d'aviron. Pendant le train, on lance une ou plusieurs attaques selon le besoin et la préparation de l'enlevage constitue la dernière et la plus longue attaque. Alors que la fatigue commence à poindre, il faut garder la même pêche dans l'eau (pêche mais pas bourrin) pour ne pas se faire griller par les bateaux qui sont partis molo. Il faut toujours garder la même cadence à 30-32 rapide dans l'eau. Peu à peu, vers la fin de cette longue attaque, on va accélérer la cadence et alléger le coup progressivement pour passer à la cadence 40-42 de l'enlevage.

 

L'enlevage

 

            Il doit être lancé environ à 250, 300, 350m (ou avant) de l'arrivée, selon la situation de la course. S'il y a un bord à bord par exemple, il est très intéressant de lancer le premier enlevage pour passer très vite devant l'autre et gagner un avantage moral et réel qui ne pourra être rattrapé si on tient physiquement. Même chose si on est en retard sur tout le monde : on peut rattraper tout le monde grâce à un enlevage réussi.

L'enlevage consiste à alléger encore plus l'attaque, augmenter la cadence (si on est à 30-32 pendant le train) on passe à 40-42 et donner tout ce qu'on a dans le corps (« défoncez vos barres de pied ! »). Pour passer en cadence 40-42, il faut accélérer mais rester léger dans l'eau et c'est au dégagé qu'on donne la pleine vitesse. Subtilité : l'enlevage doit se faire par paliers, ainsi, sur un enlevage de 300m (environ 30 coups d'aviron), on peut faire 10 coups à cadence 38, 10 à 40 et 10 à 42.

            L'arrivée est souvent signalée par une trompe sonore au moment où la pointe avant passe la ligne. Mais ce n'est pas toujours le cas, aussi vaut-il mieux ramer trois coups de plus et être sûr d'être passé que de s'arrêter avant en ayant cru reconnaître le son de la trompe qui était en fait le signal d'arrivée pour l'arrivée du bateau qui nous devançait d'une demi-longueur (d'autant plus qu'à cadence 42 après 1000m de course vous ne pouvez être sûr de vos sens.

            L'état physique de chacun dans le bateau est celui-là : barreur aphone à force d'avoir encouragé et lancé des attaques ; pour les autres : crampes d'estomac, les jambes font mal, la tête tourne, on n'arrive plus à respirer. Cette description est tout à fait objective et n'est pas exagérée. Elle est le symptôme d'une course où on s'est bien donné, où on a bien tiré. Toute personne pouvant parler distinctement après la course reconnaît implicitement qu'elle n'a pas participé à 100% à l'effort commun.

            Enfin, pour apponter au ponton d'honneur, c'est une autre histoire, vous trouverez la méthode tout seul.

 

 

  • Ø Dernière partie nécessaire, la récupération

 

Quelque soit la course, l'enjeu, le niveau, le résultat, l'heure de la journée, les concurrents, le temps, il faut toujours faire une récupération après chaque course. Ca permet tout simplement d'éviter les courbatures, les crampes et donc d'être moins fatigué après une course. Même si c'est la dernière course d'une compète il faut absolument penser à la récupération.

            Une récupération c'est d'abord ramer calmement, normal, vu qu'il ne reste plus rien dans les jambes et qu'il faut essayer de reprendre son souffle. C'est important de ramer 10-15 minutes pour se décontracter, physiquement et aussi moralement. Après avoir ramené le bateau, il faut continuer la récupération : ne pas lésiner sur tous les étirements qu'on maîtrise désormais parfaitement et terminer par un footing tout doucement pendant 15-20 min et encore quelques derniers étirements.

            La récupération est très importante en général mais elle devient vitale pour une course intermédiaire : bien récupérer pour la première course permet de péter la forme pour celle du lendemain ou de l'après-midi ou de celle qui aura lieu 2 heures plus tard....

 

Bon courage !! J

 


3 commentaire(s)

très belle description, on se croirait dans la course. Je n'ai qu'une hâte: tester tout ça à toulouse.
par hadrien , le 2011-03-09 23:06:00

Hélas on n'a pas eu le temps d'arriver à la fatigue extrème décrite ci-dessus... mais on va se rattraper !!
par Jacques, le 2011-03-20 18:32:00

Est-ce qu'il est coutumier de jeter le barreau à l'eau tout habillé après une compète ? Mon père ancien rameur de huit au Sport nautique de la Meurthe après guerre, nous a souvent raconté cet anecdote. Merci.
par DONNY Jean-François, le 2011-10-06 19:41:00

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