FAIRE LA FETE !

le 17/06/2006 - par Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !

Chrétien ou fêtard, faut-il choisir ? Le père Frédéric Louzeau nous aide à y voir plus clair

Le père Louzeau a réalisé une thèse de philosophie politique. Il enseigne aujourd'hui la doctrine sociale de l'Eglise et la question philosophique de Dieu au séminaire de Paris.

Pourquoi ce sujet de la fête ?

Vicaire pendant 5 ans dans le 16ème arrondissement parisien, il a vu cette question revenir souvent chez les étudiants : « chrétien ou fêtard, faut-il choisir ? ». L'objectif de ce petit exposé est que nous nous rendions compte des désirs profonds qui nous poussent à faire la fête et ce qui nous manque pour « bien » faire la fête.

Quelques remarques préliminaires :
1- C'est à nous de discerner sur la justesse de nos attitudes ! L'Eglise nous donne simplement des instruments de discernement.
2- La fête dépasse très largement un comportement d'étudiants en grande école : toute la société est concernée par ce sujet.

Essayons d'abord de réfléchir à ce qui suscite notre enthousiasme :
Chez les jeunes, le plus souvent, c'est : la vie relationnelle, le sport et la fête. Les sociétés reflètent nos propres désirs et notre manière d'appréhender la réalité : à Athènes, les jeunes auraient répondu « faire la guerre ».


I- Les raisons profondes qui nous poussent à faire la fête.

Il faut sans cesse se poser la question «Quel est le bien que nous recherchons derrière ces dérapages ?». En effet, il n'y a pas de mal absolu. (St François d'Assises disait au démon. « tu ne crées rien. »), mais le mal détruit le bien.
Par exemple, la fête peut déraper avec la drogue, l'alcool et le sexe. Ces trois dérapages naissent d'une recherche d'expériences plus profondes et en même temps, nous empêchent de trouver ce moi plus profond. Il faut, avant la fête, se poser la question « Que cherches-tu ? » et après la fête, « As-tu trouvé ce que tu cherchais ? »

Plus les pays sont pauvres, plus les fêtes sont longues et solennelles, plus elles engagent beaucoup de monde (cf La cité de la joie de Dominique Lapierre). L'acceptation de la souffrance a ainsi quelque chose à voir avec la fête : plus la vie est dure, plus les hommes ont besoin d'en sortir et la fête est un moment de défoulement, un échappatoire, mais ce n'est pas non plus que ça.
Chaque personne fait l'expérience du côté fastidieux de la vie quotidienne, mais on est obligé de passer par ce moment. Par exemple, dans le mariage, le travail, la famille, il y aura forcément des blocages, des moments répétitifs. Le cœur humain a besoin de sortir de sa condition quotidienne. (Ainsi le problème des personnes âgées est souvent qu'elles ne peuvent souvent pas sortir de la vie quotidienne.)
Les mécanismes sous-jacents aux dérapages (sexe, alcool, drogue) sont que l'on cherche à expérimenter un état de conscience qui nous sort de notre état ordinaire. Il y a une tentation de perdre le contrôle de soi qui trouve sa force dans notre volonté à sortir de nous-mêmes. En grec, le mot pour dire « sortir de soi-même » est extasis. Or ces trois types de fragilité ne nous donnent que l'impression que nous sortons de nous-mêmes. Au contraire, elles nous font rester dans la solitude et ne provoquent qu'une altération de la conscience, elles ne sont qu'un acte manqué. Il faut donc nous demander ce que l'on ressent après la fête, pour voir si elle est « réussie » : une joie intérieure et profonde, une paix durable ou bien de la tristesse? Est-on plus fort ou plus fragile qu'avant ? Normalement, une fête bien vécue transparaît au travers d'un apaisement.

La plus grande souffrance de l'être humain, c'est la solitude. La joie jaillit de l'unité. L'amour, célébré par la sexualité, célèbre l'unité. Perdre le sens de la fête est redoutable pour la société. Les personnes qui ne sortent pas d'elle-même peuvent tout juste communiquer, mais sans jamais communier ensemble. : Elles n'atteignent pas ce que qu'elles veulent.
Il y a deux types d'amour : l'eros et l'agape. «l'eros veut nous élever en extase vers le divin » (cf citations de l'encyclique « Dieu est amour » n°3 à 8). De même, la fête est le signe humain de cet au-delà qu'est la vie divine, que le cœur humain aspire à l'éternel.


II- La fête devrait être célébration d'un événement

Dans l'Ancien Testament, on remercie pour un événement historique où la puissance de Dieu s'est manifestée. Une fête était liée à l'histoire et à la tradition d'une communauté. C'est peut-être ce qui manque à nos fêtes aujourd'hui.
La définition de la fête pour Jean Vanier, fondateur de la communauté de l'Arche est « acte spécifique d'une communauté humaine par lequel les personnes se réjouissent de vivre ensemble ». Lorsqu'elles sont croyantes, elles rendent grâce à Dieu pour ce « vivre ensemble ».

Les termes sont nombreux pour désigner les dérapages des fêtes : « se lâcher, s'éclater, se mettre une mine », tous révélant la volonté de ressentir que l'on est aux frontières de l'extrême. Cela peut traduire un manque relationnel et convivial.
La multiplication des fêtes est relayée par le marketing, qui fait que les fêtes sont de plus en plus indépendantes des événements. Elles ne créent pas de lien social. La fête doit célébrer un événement fondateur, et pas un état de conscience dégradé comme elle le fait aujourd'hui.



III- Des petites pistes toutes simples pour retrouver le vrai sens de la fête

1- Fêter des événements ou des personnes

2- L'importance du lien intergénérationnel >> créer des événements où elles peuvent communiquer réellement.

3- L'importance du repas : tout repas est un acte communautaire important : joie de se rencontrer et joie de bien manger sont mêlées !

4-La préparation de la fête.
Elle demande beaucoup de soins, ainsi qu'un « discernement » de l'objectif recherché pendant la fête. Qu'est ce que je veux célébrer ? Qu'est ce qui est important ?

5-La nécessité d'inviter tout le monde à la fête.
Il ne faut pas oublier le plus pauvre et le plus fragile, qui ne doivent jamais être exclus. Cela peut par exemple passer par l'organisation de jeux ou d ‘activités auxquels tout le monde peut participer. Jésus dit « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas de riches voisins, mais des pauvres, et tu seras heureux, car ils n'ont pas de quoi te rendre. »

Questions
- Quelles sont selon vous les raisons profondes qui font que la société est dépressive ?
La faillite de la communication en famille ou à l'école, l'isolement qui entraîne la dépression.

- Comment éclairer une conscience : comment faire comprendre à quelqu'un que ce n'est pas le bon moyen de faire la fête ?
Lui parler seul-à-seul, pour éviter tout sentiment d'humiliation, et après la fête. Peut-être nous les chrétiens devons nous nous former dans ce sens ?

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