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ESSEC en vue

Françoise Jacob : une ESSEC à Kaboul

Françoise Jacob : une ESSEC à Kaboul

Découvrez l'étonnant témoignage de cette ESSEC 89, qui a choisi de s'engager dans l'humanitaire partout où, sur notre planète, des populations ont besoin de l'aide internationale.


Comment définissez-vous votre activité ? Où et comment la situez-vous,
par rapport à ce thème ?


Depuis 10 ans, mon activité professionnelle consiste principalement à travailler avec des populations defavorisées qui vivent des moments ou dans des conditions particulierement difficiles, voire dangereuses (zone de conflit), pour leur permettre de construire ou reconstruire une vie plus décente et sécurisée. Les compos antes clées de cette action sont, en fonction des circonstances, l'assistance à la survie immédiate, la reconstruction d'un environnement viable, la création de compétences durables, le travail en partenariat et le transfert de connaissances, l'allègement des souffrances physiques et morales, la compassion.

Mes diverses fonctions jusqu'à présent ont été relativement "pratiques", avec la mise en oeuvre et la gestion de projets d'urgence ou de reconstruction physique dans des régions détruites ou très pauvres: mise en place de structures de santé, reconstruction de maisons après une catastrophe naturelle, développement de systemes d'irrigation en période de sécheresse, gestion de camps de refugiés, prévention des désastres, etc... toujours en impliquant les communautés ciblées. Aujourd'hui cette expérience d'une grande partie des problèmes affectant les pays du tiers monde me permet de travailler avec un gouvernement ou des bailleurs de fonds sur la formulation et la mise en oeuvre de politiques de développement soutenable, dans des contextes physiques et économiques difficiles, ou la sécurite reste precaire.


Pourquoi et comment vous êtes-vous engagée dans cette voie ? Dans
quelles circonstances ? Quelles ont été vos motivations ?


Pendant l'adolescence j'étais intéressée par les histoires, souvent romanesques, des médecins aux pieds nus, des médecins francais en Afrique... ça fait sourire, peut-être! A la sortie de l'ESSEC j'ai contacté plusieurs ONGs qui m'ont conseillé d'acquérir d'abord un minimum d'expérience professionnelle avant de revenir les voir. Au Canada, en bénévolat et en marge de mon activité professionnelle, j'ai travaillé pendant deux ans avec des communautés indiennes autochtones. A cette occasion, j'ai developpe un intérêt beaucoup plus concret pour l'action humanitaire, et dès mon retour en France fin 94, je suis partie en Ouganda pour l'ONG Action Contre la Faim. C'est un métier fantastique, ultra exigeant, mais risqué pour le développement personnel. On peut s'engager un an ou deux, pour une experience enrichissante, après, il faut faire un choix, pas forcement dramatique, mais en tous cas critique : l'engagement humanitaire, qu'il soit pour une fonction dans l'urgence ou un métier dans la coopération et le développement, demande une motivation profonde et des convictions personnelles sincères, une capacite à vivre, parfois sur du long terme, dans des conditions difficiles, voire dangereuses, une humilité certaine par rapport à la souffrance des autres, une totale acceptation de la différence culturelle. Il faut aussi pouvoir absorder une très forte dose de travail, en quasi permanence (7/7 pendant la premiere année en Afghanistan), dans un univers parfois très clos (camps de refugiés en pleine jungle Zairoise, conflit urbain en Sierra Leone, restrictions sociales et culturelles à Kaboul). En conséquence, il faut pouvoir accepter une vie extra professionnelle moins facile, et pour survivre, savoir ré-inventer, ou retrouver, une vie sociale et émotionnelle plus simple, mais souvent très profonde.

Je crois que c'est le contact extraordinaire que l'on peut avoir avec les populations locales dans le contexte de notre travail qui nourrit encore et toujours ma motivation, en même temps que la conscience aiguë d'un immense fosse entre plusieurs mondes qu'on ne doit jamais oublier (sans nécessairement s'apitoyer dessus).

Par votre formation et / ou votre expérience professionnelle, vous connaissez, voire vous avez pratiqué l'entreprise "classique". Quelles différences / ressemblances avec ce que vous vivez aujourd'hui ?

puce Différences

Une motivation infinie doublée d'une concentration intense pour un travail qui est aussi un hobby, une passion et une mission.
Des défis professionnels, émotionnels et physiques quotidiens et extraordinaires (au sens litteral du terme)
Le besoin d'une grande flexibilité et adapatabilité, à la fois dans le contexte professionnel mais aussi personnel, puisque dans la majorité des contextes, on doit travailler et vivre avec des collègues de toutes nationalités, gérer des hommes et des femmes de culture et formation complètement différentes, mais aussi construire des amitiés fortes, parfois temporaires
Une ré-organisation totale de ma vie personnelle, la nécessité de garder et développer un ou plusieurs jardins secrets et de maintenir une vitalite physique essentielle pour survivre au stress, le besoin impératif de garder une certaine fraicheur émotionnelle face à des désespoirs toujours renouvelés mais toujours différents
La capacite d'évaluer ses limites très clairement, pour confronter soit une situation professionnelle extrèmement exigeante, soit un danger physique (récemment le risque potentiel de kidnapping en Afghanistan, ou bien des interventions en zone de conflits, minées, etc..), il s'agit de survie dans ces contextes.
L'éloignement de la famille et des amis et l'absence de confort (logistique et communications difficiles qui peuvent compliquer les tâches les plus simples)
L'exigence de la qualité, et la necessité d'apporter des compétences techniques pointues : l'engagement humanitaire, dans sa forme la plus globale, a un devoir d'excellence. On travaille avec des hommes pour des hommes, et notre action peut avoir un impact critique sur la survie d'un ou de plusieurs centaines de milliers d'individus. Le compromis est difficile, et les obstacles immenses.

puce Ressemblances

Dans toutes les vies, une forme de routine existe.... et je me lève tous les jours à 6 heures, ce que je déteste en hiver quand il fait encore nuit ! Par contre, je ne me suis pas dit une seule fois depuis 10 ans : « Zut, il faut aller au boulot ! »


Comment percevez-vous le "regard" des autres sur cette modalité,
relativement peu répandue, d'exercice de vos compétences ?


Il faut relativiser. Ma vie parait souvent extraordinaire, voire romantique ou aventurière, à la grande partie de ma famille ou de mes amis. La réalité est plus brutale, et j'essaie parfois de l'expliquer. Nous ne sommes pas des héros. Pour moi, le plus extraordinaire est de pouvoir toujours travailler pour l'amélioration de la vie d'autres hommes, et de retrouver si souvent une fascination dans la rencontre de gens qui vivent dans un autre monde, parfois dans une autre bulle de temps. Le plus difficile en rentrant en France, est d'être à la fois extrèmement sollicitée pour "raconter" mon expérience, et en même temps de ne pas pouvoir vraiment communiquer sur la realité de cette vie. Aller au travail dans un bimoteur de 10 places ou à dos d'âne, c'est ma réalité, mais il y a des moments de grand isolement quand on est depuis 3 ans en Afghanistan, et qu'on a vu tant de gens vivre terriblement sans pouvoir ameliorer leur vie en 15 jours, et en ayant un cercle social sans cesse en mouvement. Il n'est pas vraiment possible de partager des sentiments de tristesse, de frustration ou de fatigue avec les siens quand on rentre en France, car soit on n'est pas compris, soit on inquiète trop. De même, il y a des moments extraordinaires qui sont impossibles a raconter, comme la journée des élections présidentielles en Afghanistan, ou j'étais observatrice dans les montagnes centrales : entre les larmes d'émotion et les rires des femmes, j'ai appelé ma mère au moins 4 fois dans la journee, ainsi que d'autres amis, car l'instant était trop fort pour garder pour moi toute seule l'enthousiasme et l'émotion que je ressentais. Je crois que de l'autre côté de la ligne téléphonique, certains ont dû se dire qu'il serait peut être temps que je change de carrière!

J'essaie encore de temps en temps, de casser un peu cette image d'aventurière qu'on me colle un peu sur le dos. Les sujets sur lesquels je travaille sont trop serieux, et de plus en plus complexes. La reconstruction d'un pays presque entierement détruit comme l'Afghanistan, ou la gestion des 11 milliards de dollars qui sont annonces pour le tsunami, demandent des compétences très techniques et ultra-professionnelles. Et quand je rentre en France, ce qui fait du bien d'un seul coup, et peut-être de facon tres égoïste, c'est de devenir anonyme, de se fondre dans la foule, et justement, d'oublier un instant cet autre regard, celui qui vous suit partout dans un camp de refugiéés, celui qui sait que vous, en tant qu'étrangère, avez l'éternel privilège de pouvoir sauter dans un hélicoptère, et vous échapper pour un week-end ou pour toujours, d'un univers de misère et de souffrance.


Pouvez-vous nous donner quelques détails sur la structure au sein de laquelle vous travaillez ?

UNOPS, United Nations Office for Project Support: agence des Nations Unies pour la mise en oeuvre de projets de reconstruction ou de développement commandités principalement par le gouvernement, ou par les bailleurs de fonds institutionnels / Banque Mondiale. En Afghanistan, UNOPS emploie plus d'une centaine d'expatriés, 600 afghans, et sous-traite une partie des activités de construction à un secteur privé naissant, mais en expansion. UNOPS travaille conjointement avec plusieurs ministères, principalement sur des programmes nationaux de reconstruction d'infrastructures, comme la mise en place du réseau des douanes, la construction d'écoles et de cliniques, de cours de justice, le réseau routier secondaire et rural. Depuis 2003, UNOPS est aussi en charge de l'installation et du déploiement logistique nécessaire à la tenue des élections présidentielles (en octobre 2004), et parlementaires (été 2005), un énorme defi dans un pays ou la moitié des regions ne sont accessibles qu'à dos d'âne! Une partie des programmes contribue au renforcement institutionnel des ministères techniques et au développement de compétences de management et de mise en oeuvre, à la fois dans le secteur public et privé.

Enfin, quel est votre parcours depuis vos études à l'ESSEC ?

Après un échange ESSEC / York University MBA à Toronto, puis une traversée épique du pays en train, je suis tombée amoureuse du grand ouest Canadien, et j'y suis partie d'abord pour un an (90), puis deux autres années (93/94). A Calgary, au pied des Rocheuses, je travaillais pour une petite société de production de films de sports d'aventure, mais aussi pour le service culturel de la municipalité de Calgary, et en bénévolat, pour une ONG qui gérait des programmes sur des reserves indiennes. En 91/92, je suis rentrée en France, et j'ai passé les deux annees chez Cerruti 1881 pour Femme, comme assistante du directeur général.
Fin 94 je suis de nouveau rentrée en France, et me suis definitivement tournée vers l'humanitaire, en devenant administratrice financière chez Action Contre la Faim. Je suis d'abord partie en Ouganda, puis Rwanda, Sierra Leone et Congo Kinshasa. En 97 j'ai passé 6 mois à New York pour y monter le bureau ACF, puis suis repartie 3 ans sur le terrain comme chef de mission, d'abord au Sri Lanka, puis au Timor oriental. Apres un second passage à New York, j'ai quitté ACF pour rejoindre le bureau des affaires humanitaires de la commission européenne (ECHO). Je suis tout de suite partie en Inde, pour gérer les financements d'urgence et de reconstruction sur les grosses catastrophes naturelles (tremblement de terre du Gujarat, inondations de l'Orissa), et les programmes de prévention et mitigation des désastres sur l'Inde et le Nepal. Je commencais à peine à apprécier le pays quand 911 est arrivée, et j'ai été transferée temporairement, puis de facon permanente, sur le Pakistan puis l'Afghanistan.
Je suis restée deux ans dans ce pays, de nouveau pour gérer l'allocation des financements européens pour la reconstruction, en travaillant en partie avec le gouvernement, en partie avec les ONGs pour commencer à développer les politiques sociales. A l'automne 2003, un peu saturée, je suis partie avec mon compagnon pour 4 mois de trek en Asie Centrale, Hindu Kush, Karokoram et Himalaya, un vieux rêve de marche sans fin. Nous sommes rentres à Kaboul à la fin de l'hiver, et j'ai pris un nouveau poste chez UNOPS, comme coordinatrice d'un des programmes prioritaires du gouvernement, pour reconstruire les infrastrutures de production du pays (routes, irrigation, etc..)


17/02/2005


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Commentaires

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Bonjour, ESSEC 97, je suis de retour de 2 ans de mission humanitaire (avec Action Contre la Faim!). Serait-il possible d'avoir les co-ordonnées de Françoise? Je crois que nous aurions beaucoup à échanger. Cordialement, Agnès Le Leuch agnesleleuch@yahoo.fr PS: c'est assez etonnant le nombre d'ESSEC qui sont passés ou sont encore chez ACF

02/03/2005 10:31:00 - Agnès Le Leuch

bonjour je suis EIDE en 2ème année. Je travaille sur le retour en France après une mission humanitaire (comment se sent on lorsqu'on rentre en France? Comment se réinsérer dans la profession infirmière?...). J'aurai aimé discutée avec Françoise. Merci d'avance.

30/03/2005 20:29:00 - amandine

Bonjour, je suis ESSEC 03, actuellement en poste à Kaboul depuis 1 mois pour l'ONG ACTED. Je suis tout à fait interessé pour echanger autour d'un verre. A bientot.

07/07/2005 11:30:00 - Loïc

bonjour Francoise, I met you in `1990 in Canada , Yoho Nat.Park, sorry lost almost all of my french but just wanted to tell you that I am not too surprised but still very impressed by your work and your attitude; I could not get enough of the mountains either and live now in the biggest contrast to your situation, in switzerland...take care

12/12/2005 20:48:00 - Martin

Bonjour Françoise, Promo 89 sous le nom de NGUYEN. Suis pas sûre que tu te souviennes... Un grand coup de chapeau ! Je suis admirative. Inutile de te dire que ma vie ne ressemble pas franchement à cela ! Hanh

13/06/2006 23:57:00 - Hanh GUZELIAN

Bonjour Françoise, ESPCI 90 - Je gère un Centre de Formation Jeunes pour Jeunes et Femmes en difficulté en République du Vanuatu. Je serais honorée de pouvoir entrer en contact avec toi. Je suis autant engagée dans l'humanitaire que dans la politique que dans la religion. Bravo pour tes engagements. Que Dieu te bénisse, Diaconesse Wendy-Myriam. Courriel:himford@vanuatu.com.vu

20/06/2006 07:36:00 - wENDY himford

je voudrai savoir sil ya du travaila kaboul bien payee unpeu risquer je suis pres a tout jai besoin dargent;j espere que vous aller preter attention a ma question;merci jesuis debonne famille mais ruiner;cest chaud merci je lavoue jaiun profond respect pour vous

22/06/2006 19:08:00 - vincent

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