Universités et grandes écoles s'ouvrent aux associations LGBT
le 28/09/2006 - par Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Universités et grandes écoles s'ouvrent aux associations d'homosexuels Article paru dans l'édition du 24 Juin 2000 du Monde.fr
MANIFESTATION
Universités et grandes écoles s'ouvrent aux associations d'homosexuels Article paru dans l'édition du 24 Juin 2000 du Monde.frLe défilé annuel de la Gay Pride aura lieu, samedi 24 juin, sur le thème du refus de l'homophobie. Alors que la lutte contre les discriminations se renforce, l'essor des associations témoigne d'une banalisation de l'homosexualité en France
MANIFESTATION La Gay Pride, défilé annuel de la fierté homosexuelle, aura lieu samedi 24 juin à Paris. Son mot d'ordre est la lutte contre l'homophobie, « fléau social ». AVANT cette manifestation, Martine Aubry a annoncé, jeudi 22 juin, que la notion d' « orientation sexuelle » serait inscrite dans le projet de loi de modernisation sociale soumis au Parlement à l'automne. Cet ajout devrait permettre de mieux lutter contre les discriminations. LA MULTIPLICATION d'associations d'homosexuels dans les grandes écoles et les universités témoigne de la banalisation croissante de l'homosexualité en France. Toutefois, les étudiants se heurtent encore à des réactions homophobes. L'ORGANISATION de la première World Pride à Rome, du 1er au 9 juillet, a donné lieu à une polémique, notamment avec le Vatican. (Lire aussi notre éditorial page 19.)
SEUL AU MONDE. « Seul homo de la promo ? » Alexandre, vingt-trois ans, se souvient de son arrivée à l'Ecole centrale comme d'une période d'isolement pénible. « J'ai finalement eu l'idée de passer une petite annonce sur un site homo d'Internet, parce qu'en école d'ingénieur on fréquente beaucoup le Web. Ça disait "Elève homosexuel de Centrale recherche contact à Centrale". » Deux ou trois élèves se font connaître. Une annonce anonyme dans le journal interne de l'école, mentionnant un lieu de rencontre, lui permet d'identifier d'autres pairs. Ils sont désormais une quinzaine au Cercle gay de Centrale, qu'Alexandre a fondé il y a un an « pour épargner aux nouveaux [son] parcours du combattant ».
Depuis 1997-1998, les associations d'homosexuel(le)s, sous statut loi 1901, ou les groupes plus informels, fleurissent sur les campus et dans les grand! es écoles : à Paris-X Nanterre (l'association s'appelle Etudions Gayment), à Jussieu (Dégel), Orsay (HBO), Toulouse-Le Mirail (Jules et Julie), Rennes-II (Commune vision), Aix-en-Provence (Fag), Reims (Homozygotes), les étudiants homosexuels se sont regroupés, de même, côté écoles, qu'à HEC (In & Out), Sciences-po (Mousse), à l'Ecole normale supérieure d'Ulm (Homo Normalités), à l'Institut national des télécommunications, à Centrale Paris (CG), Centrale Lyon, Centrale Lille, et à Polytechnique.
BANALISATION DE LA QUESTION
Seul précédent, le Gage, né en 1983 à l'Ecole normale supérieure d'Ulm. Mais ses membres ne se réunissaient qu'à l'extérieur de l'école, de crainte d'être repérés... Quinze années plus tard, les étudiants, qui voyagent davantage durant leur cursus, ont pu constater qu'aux Etats-Unis, au Canada, et dans bon nombre de pays européens (Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Italie), il n'est plus un campus qui ne soi! t doté de son association gay. Moins préoccupés par le sida,! les étudiants ont pris conscience, avec le vote de la loi sur le Pacs, qu'il était tout à la fois nécessaire de militer contre l'homophobie et plus aisé de le faire, dans un contexte de banalisation de la question homosexuelle.
La réaction des directeurs d'établissements, comme celle des étudiants, en dit long sur le chemin parcouru dans le sens de cette banalisation, comme sur ses limites. Les étudiants gays d'HEC, qui craignaient « de se faire jeter », et avaient longuement hésité avant de fonder In & Out, en avril 1998, n'ont pas rencontré le moindre problème. L'association est domiciliée à l'école, attend son local, a été élue par les étudiants association la plus dynamique de l'année, voit ses effectifs croître régulièrement, jusqu'à atteindre une quinzaine d'adhérents cette année, « dont quelques hétéros ».
A l'Institut d'études politiques de Paris, l'association Mousse n'a que six mois d'existence, mais a obtenu aisément le statut! d'association étudiante - en recueillant une centaine de signatures d'élèves en deux jours. Elle a été reconnue par la direction, a même été encouragée par certains membres du personnels. « Cela a tout de suite pris, raconte Alex, le fondateur. Nous n'avons noté aucune réaction d'hostilité visible. Il y a une culture du politiquement correct à Sciences-po ! » Commune vision, l'association de l'université de Rennes, est déjà, avec ses quarante adhérents, l'une des plus grosses du campus, de même qu'Homozygotes, à Reims, qui revendique 116 adhérents.
Tout n'est pas aussi idéal, pourtant, dans le meilleur des mondes étudiants. Les animateurs d'Homo Sorbonne, association créée à Paris-I en 1998, ont fini par baisser les bras faute d'avoir jamais obtenu de l'administration une domiciliation, un local fixe, ou même une simple salle de réunion. « Au service de la vie étudiante, on nous a dit que nous entachions le nom de la Sorbonne », se souvient, amer, Xavier. L'histoire d'Etudions gayment, l'ass! ociation de Jussieu, aurait pu être aussi courte, la présidence ne voulant entendre parler ni de domiciliation ni de local. « Question d'image, raconte Céline, en maîtrise de lettres. C'était "Pas de ça chez nous !" » Mais l'association, qui compte aujourd'hui 60 adhérents, s'est présentée en 1997 aux élections du conseil d'administration de l'université, est arrivée troisième sur une dizaine de listes, et a finalement obtenu gain de cause.
A la table de campagne, « beaucoup de gens s'arrêtaient pour discuter, intrigués, nous témoigner parfois de la sympathie, se souvient Céline . C'est aussi là que nous avons reçu nos premières claques, nos premières réactions homophobes ». Il y en a eu d'autres, tel cet « Au four les homos ! », récemment inscrit sur le panneau d'affichage. L'association Dégel, à Jussieu, s'est vu refuser une domiciliation par l'UFR de géographie-histoire-sciences sociales « qui ne voulait pas de "ghetto de groupes marginaux"! », rappelle Isabelle, en licence d'histoire. L'administration centrale de la fac a refusé elle aussi, de reconnaître une « association à part », traitant de « problèmes de vie privée ». Sa soixantaine d'adhérents se réunissent dans le local de l'Unef-ID.
RÉAGIR CONTRE L'HOMOPHOBIE
A l'Ecole normale supérieure d'Ulm, Homo Normalités, créée en 1997, a bataillé une année entière avant de décrocher, pour un colloque, une salle... en travaux à la date prévue. Le colloque n'a eu lieu, en décembre 1998, que grâce à une pétition de soutien des élèves et professeurs. « La direction ne voulait pas que l'image de l'école coïncide avec celle de l'homosexualité », analyse Louis-Georges Tin, l'un des fondateurs. Les centraliens et les polytechniciens n'ont, quant à eux, pas été plus loin que la création de groupes informels. « L'administration nous a fait comprendre qu'elle ne voyait pas d'utilité à ce que nous fondions une vraie association, ! explique Alexandre, centralien. Mais elle est consciente qu! 'elle ne peut pas interdire le groupe si elle veut attirer davantage d'étudiants américains... » David, vingt-trois ans, qui ne veut pas faire carrière dans l'armée, créera à Polytechnique une association à la rentrée. Le bureau des élèves a donné son accord. « Dans ce milieu assez conservateur, j'entends régulièrement des remarques homophobes. Et je ne trouve pas très glorieux de ne pas réagir. »
Réagir à l'homophobie à coups de tracts, organiser conférences, débats, et projections de films ; faciliter les « sorties du placard », surtout, grâce à une présence associative de proximité, et grâce aux sites Internet qui permettent une prise de contact anonyme : tels sont les objectifs qu'affichent ces associations, qui se veulent ouvertes aux hétérosexuels afin de contrer les critiques sur le caractère communautariste d'une telle démarche. « Le simple fait que des gens se disent homos et ne se sentent pas malheureux est d'une grande aide. Cela donn! e une image dédramatisée de l'existence homosexuelle, souligne Louis-Georges Tin, d'Homo Normalités. Il y a plein de non-adhérents qui se sont sentis libérés uniquement en sachant qu'une association existait. » Dans le « vase clos » d'HEC, explique Christian Bouzaïd, « trois ou quatre personnes qui n'avaient parlé de leur homosexualité à personne, nous ont contactés et ont fini par faire leur coming out . On les sent maintenant plus à l'aise avec elles-mêmes... » Elles défileront à la Gay Pride sur un énorme char sponsorisé par une start-up. « PEU À PEU, ON ASSUME »
Grand, costaud, le cheveu en brosse, Laurent, qui étudie à Nanterre, raconte combien « franchir la porte de l'association » fut pour lui un « enfer » : « Quand je me suis enfin décidé à entrer, je tremblais, j'ai même renversé une table. Cette association m'a permis de me sentir normal. Sans s'en apercevoir, peu à peu, on assume. Un jour, j'ai fini par en parler à mes parents! , et par me dire que si je me réincarnais en pédé, ce serait ! tant mieux ! » Christian, d'HEC, se demande le plus sérieusement du monde s'il ne mentionnera pas ses activités militantes dans son CV. « Aux Etats-Unis, certains cabinets conseils ou banques d'affaires encouragent bien la création de clubs gays en leur sein, pour attirer les jeunes diplômés. Les mentalités évoluent. Irréversiblement. »





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