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Home > ESSEC Transaction > Evénements > Archives 2005-2006 > Retour sur la conférence avec Edouard Tétreau
Mercredi 25 mai, Edouard Tétreau était invité par Essec Transaction sur le thème « Hauts-lieux et bas-fonds de la finance ».
Edouard Tetreau, HEC, a commencé sa carrière par trois années de banque d'affaires à Londres. En 1998 il revient en France au début de la folie Internet au Crédit Lyonnais en tant que analyste financier sur le secteur TMT (Technologies Médias Télécoms). Il est aujourd'hui conseiller en communication financière de grands patrons du CAC 40 et publie un livre Analyste : au cœur de la folie financière sur son expérience passée dans la finance.
• En quoi consiste le métier d'analyste financier ?
L'analyste financier a pour rôle d'émettre des opinions sur les valeurs de son secteur. Il fait ensuite connaître son analyse aux vendeurs qui sont chargés de conseiller les clients. Le métier consiste comporte ainsi beaucoup de relationnel couplé avec de l'analyse fondamentale. Il est ainsi à la fois observateur et acteur sur les marchés.
• Quels sont les problèmes inhérents à cette fonction qui ne bénéficie pas de « chinese wall » chez les brokers ?
Les clients n'ont pas toujours des services adéquats de recherche et d'analyse financière, les analyses des brokers sont ainsi leur seul point de vue sur la valeur. L'avis de l'analyste peut ainsi avoir une importance qui, si elle est mesurée à l'aune des mouvements financiers enregistrés à la parution des notes, peut se chiffrer en Milliards d'euros. D'autant plus que pour certains analystes réputés, leur simple opinion sera auto-réalisatrice. Qu'il conseille la valeur A et tous les investisseurs en achèteront, le cours montera et l'analyste passera pour très fort. Par contre c'est aussi vrai dans l'autre sens, ce qui peut aboutir à un véritable massacre, chacun voulant se débarrasser de la valeur ainsi dévoyée.
Le problème, c'est est que l'analyste n'est soumis qu'à un seul contrôle : celui du broker, son employeur. Que son analyse soit totalement décalée par rapport à la santé financière de l'entreprise n'a que peu d'importance pourvu que les clients fassent des transactions (et donc du chiffre d'affaires et de la marge pour le broker) et restent fidèles. Or comme nous venons de l'évoquer le broker rémunère son analyste si il apporte une valeur ajoutée au business, i.e. s'il incite les clients à multiplier les transactions (car le broker touche une commission sur le transactions de ses clients). Ce conflit d'intérêts entre analyse (qui devrait être indépendante) et mode de rémunération des analystes rend le métier moins intéressant du fait de la pression exercée par l'employeur pour inciter à ne pas publier une mauvaise opinion par exemple. De plus l'analyste a tout intérêt à changer souvent d'opinion car à chaque transaction qu'effectue le client le broker encaisse une commission. Ca peut paraître un peu fort mais c'est ce qu'on peut ressentir au quotidien.
• Quelle évolution pour un analyste ?
L'analyste peut aussi s'orienter vers un côté plus commercial. Dès lors il se transforme en VRP pour mener des road-shows et aller proposer ses analyses aux grands clients investisseurs autour du monde (fonds de pension…). Le métier peut alors paraître grisant. Les sommes dont on parle se comptent en milliards d'euros. C'est le côté « strass et paillettes » de la finance, voire « Golden Boy ». Mais ce n'est pas pour tout le monde et on n'y reste pas souvent longtemps.
• La finance, tous pourris ?
Plus largement que le seul monde de l'analyse financière, c'est tout le secteur de la finance qui, aujourd'hui, tourne un peu en rond. Tout le monde se connaît, un peut trop bien d'ailleurs. Qu'est ce que cela veut dire quand Goldman Sachs, une des premières banque conseils du secteur pétrolier, émet une note affirmant que le pétrole pourrait se stabiliser autour des 100 dollars ?
Alors qu'auparavant la finance était au service de l'industrie (financement de grands projets de recherche, de développement international…), aujourd'hui la finance se suffit à elle-même. Les grands hedge funds jouent à fond la carte de la spéculation en bénéficiant d'effets de levier de plus en plus inquiétants (10, 20, voire 30 fois leurs fonds propres).
La pression sur les résultats des portefeuilles ne permet plus de penser à long terme. Quand un gérant est noté non plus une fois par an ou par trimestre mais chaque mois ou chaque semaine, il est fortement incité à chercher la performance la plus immédiate. Alors qu'il y a dix ans les plus grands fonds restaient en moyenne deux à trois ans sur une ligne de valeurs aujourd'hui la moyenne est de six mois. Confrontés à une telle volatilité de leur cours de Bourse, les patrons deviennent à leur tour adeptes du court terme et favorisent les projets industriels donnant les résultats les plus rapides car ils savent qu'ils peuvent être débarqués du jour au lendemain.
• Vos conseils pour investir ?
Cette stratégie que je viens d'évoquer ci dessus n'est pas durable. A y regarder de plus près on remarque en effet que les entreprises les plus performantes sur la durée (en terme de progression de cours de Bourse et de dividendes) sont celles qui réussissent à s'affranchir de la contrainte de la Bourse et des investisseurs spéculatifs. A savoir les entreprises familiales qui, sur 3 ans, sur-performent les géants du CAC 40. A savoir les entreprises possédant une structure de capital solide (EADS…). La réussite du fonds de Warren Buffet, dont une action vaut aujourd'hui plus de 80 000 $, montre bien que l'investissement long terme est rémunérateur. La performance de Berkshire Hathaway est en moyenne de 23% par an sur 40 ans.
Sans vouloir jouer les Cassandre, le système parait au bord d'une crise salutaire. Pourquoi ? Parce que la bulle est partout !!! Après la bulle Internet de 1998- 2002, les liquités disponibles se sont redirigées vers d'autres secteurs comme les matières premières (surtout le pétrole du fait d'un contexte politique tendu), l'immobilier, les obligations ou même le Private Equity… Cet afflux de capitaux dans ces secteurs a entraîné une survalorisation de certains actifs qui n'étaient pas prêts à recevoir autant de liquidités (et donc qui n'avaient pas la rentabilité suffisante). Même les dividendes connaissent un bulle incroyable. Cette année les sociétés du CAC ont redistribué 22 Mds d'euros !!! Les entreprises ne trouvent plus de projets industriels dont la rentabilité est suffisante pour satisfaire les actionnaires.
• La corporate governance, c'est quoi ? vous y croyez ?
Après les scandales Enron, MCI-Worldcom… les investisseurs ont exigé une meilleure information en ce qui concernait les comptes des entreprises cotées. D'où la corporate governance. Ce concept, ancré dans la nouvelle loi Sorbanes-Oaxley et les normes comptables IFRS, veut que les entreprises rendent leurs comptes plus lisibles aux actionnaires. Ceci paraîtrait louable si, au nom de la corporate governance, les gérants des plus grands fonds de pension ou autres n'en profitaient pas pour renforcer encore leur pouvoir de contrôle sur les entreprises. La transparence demandée permet aux actionnaires de tout connaître sur l'entreprise, de s'inviter au Conseil d'Administration…
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je cherche le mail d'Edouard Tetreau pour un témoignage sur les changements de vie, si vous pouvez m'aider à le pister...
21/05/2007 15:56:00 - aline fauvarque