Le 30 Mars, Le Monde a publié un article sur la présidentielle vue par les détenus. Cet article a pu être réalisé pendant un atelier revue de presse du Genepi à Poissy comme vous le constaterez en lisant l'article!!! Le voici donc si vous l'avez manqué .
La présidentielle vue de prison C'est la fin de l'après-midi à la prison de Poissy. Dans une des salles au fond de la cour de promenade, une dizaine de détenus sont attablés autour de plusieurs coupures de presse. Au menu : un article de Courrier international, tiré du Financial Times, titré "Une petite odeur de naphtaline". "Ségolène a été élue en s'opposant aux éléphants du PS. Maintenant elle les reprend. Elle proposait le changement et, là, elle fait un pas en arrière. C'est pareil avec Sarkozy et les chiraquiens, alors ça fait monter Bayrou, qui surfe sur les divisions", explique un détenu corse.
La discussion a lieu dans le cadre d'un atelier organisé par l'association étudiante Génépi. "Le niveau du débat nous déçoit, affirme le détenu. On en est toujours aux promesses." Il ne votera pas. La présidentielle et la Corse ne sont pas pour lui forcément compatibles. "C'est pareil pour l'écologie, renchérit un autre. On a l'impression qu'ils ont signé un pacte et c'est fini." La plupart des membres de ce groupe font aussi un atelier d'écriture. Ils travaillent sur une pièce, inspirée des Blues Brothers : Association de bienfaiteurs.A la maison centrale de Poissy, l'élection présidentielle est bien suivie. "On a beaucoup de temps pour ça", constatent la plupart des détenus. Ils préfèrent les émissions politiques à Prison Break, la série américaine, qui donne selon eux une image caricaturale de la prison. Dans la leur, entre l'abbatiale et le Musée du jouet, au cœur de cette ville des Yvelines, les détenus purgent de longues peines. Le nombre des années s'égrène par dizaines jusqu'à la perpétuité. Sur 230 détenus, 57 ont écopé de la condamnation maximale ; 17 sont des détenus particulièrement signalés.On peut voter en prison. C'est un parcours du combattant mais c'est possible. Pour certains, du moins. Plus de 70 prisonniers ont pris des renseignements, 50 ont fait des démarches. Ils ne seront finalement que 25 à pouvoir participer au scrutin car, dans un établissement comme Poissy, beaucoup sont déchus de leurs droits civiques. C'est le cas de Stéphan (les prénoms des détenus ont été changés) : "J'ai fait toutes les démarches pour m'inscrire. Je croyais que c'était bon. Mais, après vérification, on a trouvé un truc qui traînait d'une précédente condamnation. Et je ne peux pas voter. C'est trop tard pour cette élection, mais je vais continuer les formalités pour participer aux prochaines."Les services pénitentiaires ont accompagné les détenus dans les démarches administratives, explique la directrice de l'établissement, Nadine Picquet : "Nous avons décidé de les inscrire sur les listes électorales de Poissy. La mairie nous a aidés. J'aurais aimé qu'on ait un bureau de vote sur place, mais ce n'est pas possible, pour des questions de délais. Symboliquement, cela aurait été important.""Il a fallu retrouver leurs papiers, explique Aurore Espérance, conseillère d'insertion et de probation, on est allé à la "petite fouille" (surnom de la petite greffe où sont placés les objets des détenus) pour trouver des justificatifs d'identité." "Ce n'est pas toujours évident, renchérit son collègue Faustin Négoce, car certains ont détruit leurs papiers pendant leur cavale, avant leur arrestation. Mais en prison on découvre tous les jours des astuces pour les démarches administratives.""Ceux que je suis allé voir pour remplir le formulaire avaient le sourire aux lèvres, explique Aurore Espérance. Ils ne savaient pas qu'ils pouvaient voter. C'est important pour eux. Le fait d'être privé de liberté donne encore plus de poids à la possibilité de donner sa voix."Ils voteront par procuration. L'association des amis de la centrale de Poissy et celle des visiteurs de prison cherchent des volontaires.Tout est prévu pour assurer la confidentialité. Les prisonniers mettront leur bulletin dans une enveloppe qui sera elle-même placée dans un pli, fermé sous le contrôle d'un officier de police judiciaire."C'est une façon d'être reconnu, explique l'aumônier de la prison, le Père Roger Devaux. L'un des détenus m'a montré son papier d'inscription avec fierté et m'a dit : "J'ai fait une connerie de taille, mais je reste un citoyen." Il y a des débats spontanés. On ne parle pas que de la Bible, à l'aumônerie. On peut dire qu'ils n'ont qu'un espoir, c'est que l'ancien ministre de l'intérieur ne soit pas élu."Nicolas Sarkozy est à leurs yeux le symbole des lois de plus en plus sécuritaires qui alourdissent la détention. "On n'a qu'une crainte : c'est que Sarkozy soit élu", confirme Georges, qui affiche "dix-huit ans d'expérience carcérale" : "Entre les détenus, il y a beaucoup de tchatche. On se souvient qu'en 1981 il y a eu un grand moment de libération dans les prisons. On est passé du XIXe au XXe siècle. Depuis que la droite a repris le pouvoir, il y a un resserrement. La gauche est incarnée par l'image de Badinter. On sait qu'il essaie de réformer les prisons depuis vingt-cinq ans, même s'il n'a pas toujours réussi. Voilà pourquoi la gauche est importante pour les gens de notre génération, celle de 1968. J'étais en prison en 1981. Je me souviens des explosions de joie, de l'arrivée de la culture, de la fin de la censure.""Il faut remonter à 1974, intervient David, qui affiche une expérience carcérale encore plus longue. L'administration s'est réveillée quand les prisons ont explosé. J'ai vécu tout ça. Les détenus, mais aussi le personnel, ont bénéficié de ce mouvement. C'est sous Giscard qu'on a eu le droit de retrouver nos habits civils, d'avoir une montre. J'étais à Clairvaux à l'époque. Quelle rigolade quand on a retrouvé nos pantalons pattes d'éléphant !"Ce jour-là, une table ronde a été organisée par la direction, sur la base du volontariat. "Nous suivons les élections moins en tant que citoyens attentifs à tous les détails des programmes qu'en tant que détenus cherchant ce qui va améliorer leur position, explique Paul. Sarkozy veut créer de nouvelles prisons, faire plus d'incarcérations. Les peines s'alourdissent, les durées de détention s'allongent, la réponse pénale est de plus en plus forte. Mais tous ces gens vont ressortir de prison. Il faut s'y préparer. Ce n'est pas un point de vue égoïste de détenu qui pense à sa sortie. C'est une question de société. On traite la prison comme si les détenus y restaient toute leur vie. C'est faux. Ils redeviennent citoyens. Le coût social de la récidive est plus important que celui de la réinsertion."Alain Salles (le 30 Mars 2007)
16/04/2007
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