Les cicatrices
le 28/03/2006 - par Il n'y a pas de commentaire, soyez le premier à réagir !Les cicatrices sont inévitables, sauf si elles sont très superficielles. Toute plaie, toute brûlure, toute incision chirurgicale, toute infection, toute lésion qui détruit le derme, laissera une cicatrice définitive et indélébile
Même la chirurgie esthétique laisse des cicatrices, et il est actuellement impossible de faire disparaître une cicatrice, y compris par le laser ou par la chirurgie esthétique. Mais il est toutefois possible d'améliorer l'aspect d'une cicatrice dans certains cas.
La cicatrisation est un processus qui évolue pendant plusieurs mois.
Avant même de pouvoir juger de l'aspect définitif d'une cicatrice, et de la considérer comme stable, il faut d'ailleurs attendre de 6 à 36 mois selon les cas, car la cicatrisation de la peau est un processus évolutif et long. Elle évolue pour l'observateur d'une façon stéréotypée pendant plusieurs mois. Immédiatement après l'ablation des fils, la cicatrice est habituellement belle, fine, linéaire. Mais dans les 4 à 8 semaines qui suivent, elle devient progressivement dure, rouge, légèrement boursouflée, et elle s'accompagne de démangeaisons. Ce stade « hyperplasique » initial, parfaitement normal, passe par un maximum d'intensité variable vers le premier ou le deuxième mois. Ce n'est qu'après ce délai qu'elle commence à blanchir, à ne plus démanger, à s'aplatir et à s'assouplir, pour prendre progressivement son aspect définitif et stable au bout d'un an environ (parfois plus, parfois moins). L'évolution se termine alors en laissant une cicatrice définitive et indélébile, plus ou moins discrète, normalement souple, blanche, insensible et indolore. Il n'existe jamais de poils ni de glandes sudoripares dans une cicatrice. Finalement, la Nature prend son temps, et il faut avoir la patience d'attendre le résultat, car elle améliore généralement beaucoup les choses. Jusqu'à ce jour, aucune crème, aucune pommade, aucun produit, aucun procédé n'a fait les preuves de son efficacité pour accélérer le processus de la cicatrisation ou pour améliorer l'aspect d'une cicatrice.
La cicatrisation doit être protégée du soleil.
Que la cicatrice résulte d'une suture ou qu'elle résulte de l'évolution spontanée d'une plaie, elle doit absolument être protégée du soleil pendant tout le temps que dure son évolution, c'est à dire tant qu'elle est rouge ou rose, ce qui peut prendre de 6 mois à 3 ans selon les cas. Car une cicatrice fraîche peut bronzer ; et si elle bronze, sa pigmentation sera définitive, ce qui est inesthétique sur une peau qui a débronzé. La protection solaire doit donc se faire par tous les moyens possibles :
- éviter l'exposition au soleil,
- porter des vêtements (ou chapeau) qui cachent la cicatrice,
- et, plutôt que de cacher la cicatrice avec un pansement, la recouvrir avec une crème solaire écran total en cas d'exposition directe inévitable. Renouveler cette crème toutes les 2 heures.
La cicatrice reste un mystère.
En fait, l'aspect définitif d'une cicatrice est entièrement imprévisible. Le seul paramètre que le chirurgien contrôle est la méthode de suture, qui doit évidemment s'efforcer de laisser le moins de traces possibles. Mais la cicatrice, qui ne pourra être définitivement jugée qu'au bout de 6 à 36 mois, résultera de facteurs multiples et incontrôlables. Habituellement, certaines régions du corps cicatrisent de façon très discrète, en laissant des traces très fines. C'est souvent le cas des paupières et des joues. Dans d'autres régions du corps, telles que le dos ou les genoux, il existe des tensions importantes de la peau lors des mouvements, et les cicatrices y sont souvent très larges, malgré toutes les précautions prises lors de la suture. De façon générale, quelle que soit la région du corps, et en l'absence de complications, il est très fréquent d'observer sur une même cicatrice des zones fines qui alternent de façon incompréhensible avec des zones plus ou moins élargies ou boursouflées.
Cette incertitude concernant le résultat esthétique d'une cicatrice existe pour chaque intervention. En particulier, lorsqu'une cicatrice jugée inesthétique est reprise dans le but d'en améliorer l'aspect, le résultat final de l'intervention est aussi incertain. Même en l'absence de complications, il est malheureusement possible que la cicatrice finale soit aussi visible que la cicatrice initiale...
Lorsque la cicatrice est anormalement boursouflée, on parle de cicatrice « hypertrophique » et de cicatrice « chéloïde ».
La phase hyperplasique initiale d'une cicatrice récente peut être pathologique par son intensité et/ou par sa durée, ce qui caractérise les cicatrices hypertrophiques et chéloïdiennes. Ces cicatrices sont très boursouflées et volumineuses, rouges, dures, et démangent beaucoup. C'est l'évolution dans le temps qui permet de distinguer :
- une cicatrice « hypertrophique », qui s'améliore spontanément en 2 ou 3 ans,
- et une cicatrice « chéloïdienne » (ou « chéloïde »), qui n'a aucune tendance à l'amélioration spontanée et qui reste stable ou même s'aggrave avec le temps.
On ignore encore actuellement pourquoi surviennent ces cicatrices hypertrophiques et chéloïdiennes. Parmi les facteurs de risque connus qui favorisent leur survenue, il faut citer :
- Les races noire ou jaune, qui sont beaucoup plus souvent atteintes que la race blanche
- L'âge jeune. Très fréquentes chez les enfants, les cicatrices hypertrophiques sont rares chez les personnes âgées.
- Certaines parties du corps : région du sternum, des épaules, cou, lobules d'oreilles (un simple percement de lobule pour boucles d'oreilles peut entraîner de très volumineuses cicatrices chéloïdes), partie inférieure du visage.
Le traitement
Il n'est évidemment pas seulement chirurgical. Puisqu'on ignore pourquoi la cicatrice hypertrophique est survenue, il n'y a aucune raison pour qu'elle ne récidive pas après une reprise chirurgicale simple de la cicatrice. La chirurgie peut certes diminuer le volume de la cicatrice lorsqu'il est trop important, mais il est alors nécessaire de la faire suivre aussi rapidement que possible par les 2 méthodes suivantes, qui peuvent souvent aussi être employées seules :
- « Pressothérapie », réalisée avec des vêtements compressifs élastiques confectionnés sur mesure. Elle est très efficace, à condition d'être permanente (jour et nuit) pendant 6 mois environ, ce qui n'est pas toujours réalisable. Dans le cas très fréquent des cicatrices hypertrophiques du lobule d'oreille, la compression peut être réalisée par des clips d'oreilles dont les plateaux ont été élargis. Dans le cas des cicatrices étendues de brûlures, la pressothérapie est très efficacement réalisée par des douches filiformes sous très haute pression, dans des stations thermales spécialisées (Saint Gervais, La Roche-Posay).
- « Corticothérapie » par injection à l'intérieur de la cicatrice de produits cortisonés à effet prolongé. En raison de la grande dureté habituelle de ces cicatrices, la meilleure méthode pour injecter le produit sous pression dans la cicatrice est d'utiliser un appareil sans aiguille (« dermojet »). Il faut éviter de mettre des pommades aux corticoïdes, en raison du risque d'atrophie progressive de la peau saine voisine de la cicatrice, car il est difficile de ne mettre de la pommade que sur la cicatrice.
- Quant à la radiothérapie, qu'elle soit pratiquée par voie externe ou par curiethérapie intra-cicatricielle, elle peut parfois être très utilement associée à la chirurgie de réduction. Cependant elle comporte un risque de cancérisation à long terme de la peau irradiée. Même si ce risque est faible aux doses d'irradiations qui sont habituellement pratiquées, il doit certainement être considéré avant d'entreprendre cette méthode, surtout chez des sujets jeunes, et surtout sur les parties du corps exposées au soleil.

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