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Editorial

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Qu’est ce qu’on doit dire au théâtre ? Quel doit être son rôle dans une société de plus en plus troublée ? Qu’attend le public d’une création contemporaine ? Comment trouver un langage vivant, contemporain et pertinent, qui corresponde à la sensibilité des spectateurs d’aujourd’hui ? Telles étaient les questions que je me posais quand j’ai découvert la pièce de théâtre Histoires de famille écrite par Biljana Srbljanovic.
C’est ce texte qui m’a apporté les réponses aux questions que je me posais depuis si longtemps.


A 27 ans, en 1998, Biljana Srbljanovic écrivait cette pièce pour montrer les failles d’une société post-communiste, livrée à la guerre.
Cinq ans ont passé. Et le sujet est toujours d'actualité
Que ce soit en Serbie, en Afghanistan, en Tchétchènie, en Irak ou en Israël, la guerre fait toujours la une de nos journaux !
Cependant, en n’étant pas limitée dans le temps et dans l’espace, la pièce transcende l'anecdotique. En effet, le texte n’est pas seulement le miroir d’une société postcommuniste, ravagée par la guerre, il questionne également des thématiques récurrentes. Il met en exergue des problèmes dits « sensibles » de notre société contemporaine tels que « la violence familiale », « le nationalisme », « la soumission de la femme », « l’émigration », « la discrimination », « la drogue », « la liberté de pensée », « le civisme »…


La pièce, de par sa complexité et la nouveauté de sa forme et de son langage repousse les limites d'un théâtre engagé. C’est l'objet de la pièce qui impose l’esthétique et le discours qui prime sur la théâtralité.
Et Biljana Srbljanovic trouve la solution idéale pour équilibrer ce parti pris. Il ne s’agit pas seulement d’une pièce politique ou démonstrative. Non ! Son propos est bien plus subtil.
Il s’agit d’un jeu ! Les personnages sont des enfants qui jouent aux adultes en imitant les gestes et les paroles du quotidien de leurs parents. Ils disent ce que les parents disent et pensent.
Ils croient que les « adultes » ont toujours raison.
Victimes de la guerre, de la discrimination et de la violence familiale, les enfants se lancent dans des jeux et des actions qui engendrent les mêmes délits et perversions.. Les victimes deviennent à leur tour les bourreaux.


L’ambition de notre création est de dépasser les limites du spectacle.
En s'attachant à l'aspect social de la pièce, il s'agit d'ouvrir un débat nécessaire sur les sujets les plus délicats qui hantent notre actualité
Ce projet sera non seulement une invitation à la réflexion mais également une tribune.
Et l’enjeu de notre travail est de réaliser un échange inter-culturel en formant une équipe internationale, confrontant ainsi des expériences, des cultures et des modes de pensée différents.
« Travailler » avec des comédiens français, roumains et polonais nous invitera aussi à partager des conceptions de jeu différentes susceptibles d'enrichir cette démarche, tout en étant en parfaite osmose avec la complexité du texte.
Les différences entre les styles de jeu et les expériences artistiques nous permettront ainsi de créer un nouveau langage nécessaire au traitement du texte.

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