La clôture de la tétralogie du Monstre est enfin sortie. Enki Bilal signe un dernier acte plus léger et déjanté que les précédents mais toujours aussi engagé.
La genèse d'une saga
1990, la guerre en Yougoslavie éclate. A l'époque, Enki Bilal sort de la réalisation de son deuxième film, Tykho Moon. Le Nouvel Observateur propose à l'auteur yougoslave de lui donner carte blanche pour couvrir l'événement. Seulement Bilal ne se sent pas l'âme d'un journaliste et entend couvrir l'événement à sa manière. Ainsi née une angoissante et magistrale saga. Bilal s'inspire de la guerre en Yougoslavie ; la fiction lui permet de se désenclaver de la réalité pour mieux la traiter.
Le héros, Nike Hatzfeld (notez l'anagramme avec le prénom Enki) est un trentenaire orphelin qui vit en 2020 et des poussières. Il est doté d'une mémoire hypertrophiée qui lui permet de se rappeler des moindres détails de sa vie dont les tueries de la guerre des Balkans. Surtout il se rappelle avoir vécu ses premiers jours en compagnie de deux orphelins. La réunion de ses trois orphelins nés à Sarajevo, Leyla, Nike et Amir, est le fil rouge de cette saga. La surprise dans Quatre ? vient du sort de Sacha, la moitié d'Amir.
D'une trilogie à une tétralogie
Le troisième épisode, Rendez-vous à Paris, devait également être le dernier. Seulement il s'est avéré beaucoup plus long que prévu. En effet, après la description très dure d'un monde dominé par des dictatures religieuses dans le premier acte, Le sommeil du Monstre, Enki Bilal allège le propos dans 32 décembre en effectuant une incursion dans le « happening blanc » de Warhole où des clones s'étripent sur une toile immaculée. Puis dans Rendez-vous à Paris, Bilal brosse un happy end en demi-teinte dans une atmosphère plus intime et par conséquent plus lâche, moins concentrée. Ce qui donne plus de légèreté à l'album contribue également à le rendre beaucoup plus long que prévu. Le dernier acte est donc divisé en deux : un an plus tard sort le dernier tome, Quatre.
Un album plus léger que les précédents...
Les héros sont ramenés dans un quotidien plus anecdotique. L'humour est également plus présent avec par exemple une « partouze spatiale » ou encore le couple Leyla/Nike qui nous fait un remake du Mépris de Godard en s'engueulant à cause d'une incompatibilité de sensibilité olfactive.
...mais toujours aussi engagé
« Vos signes ostentatoires de religion me donne la nausée » dit Amir aux médecins qui soignent Sacha. En outre la jeune femme médecin, voilée au point qu'on s'interroge sur la réalité de son visage, connaît une mauvaise fin. On ne peut être plus clair, Enki Bilal est contre le prosélytisme et la volonté d'imposer le voile ? Et il le fait savoir.
Bilal inclut en outre le sujet de l'écologie dans cet album. Pour fêter leur retrouvailles, Leyla et Nike se lance dans un voyage fusionnel et vont au Groenland voir les glaciers « avant qu'ils ne fondent ». De leurs vacances à Zanzibar, ils envoient une carte postale sur laquelle figure une déchetterie orbitale.
Quatre ? par Bilal
Casterman, 13,95 €
Quand Lira-t-on? vous a fait découvrir Quatre? Retrouver QLTO
31/10/2007
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